‹ Lettres de directionChapitre 81 sur 163 · I. Ephes., IV · texte numérisé non relu

I. Ephes., IV

fois que vous ne seriez point attiré à l'oraison; et vous feriez céder la lecture à l'oraison toutes les fois que l'oraison vous donnerait quelque attrait pour elle.

Enfin, il faudrait un peu d'entretien avec quelqu'un qui eût un vrai fonds de grâce pour l'intérieur. Il ne serait pas nécessaire que ce fût une personne consommée, ni qui eût une supériorité de conduite sur vous. Il suffirait de vous entretenir dans la dernière simplicité avec quelque personne bien éloignée de tout raisonnement et de toute curiosité. Vous lui ouvririez votre cœur pour vous exercer à la simplicité et pour vous élargir. Cette personne vous consolerait, vous nourrirait, vous développerait à vos propres yeux, et vous dirait vos vérités. Par de tels entretiens, on devient moins haut, moins sec, moins rétréci, plus maniable dans la main de Dieu, plus accoutumé à être repris. Une vérité qu^on nous dit nous fait plus de peine que cent que nous nous dirions en nous-mêmes. On est moins humilié du fond des vérités que flatté de savoir se les dire. Ce qui vient d'autrui blesse toujours un peu, et porte un coup de mort. J'avoue qu'il faut bien prendre garde au choix de la personne, avec qui on aura cette communication. La plupart vous gêneraient, vous dessécheraient et boucheraient votre cœur à la véritable grâce de votre état. Je prie notre Seigneur qu'il vous éclaire là-dessus. Défiez- vous de votre ancienne prévention en faveur des gens qui sont toujours raisonneurs et rigides ^ C'est, ce me semble,

I , Les Jansénistes.

sans passion que je vous parle ainsi. Je vis bien avec eux, et eux bien avec moi en ce pays ; mais le vrai intérieur est bien loin de là.

Pardonnez-moi, mon bon duc, tout ce que je viens de vous dire. Si vous ne le trouviez pas bon^ j'aurais tort de l'avoir dit ; mais je ne saurais croire qu'après m'avoir écrit avec tant d'ouverture 'de cœur, vous n'approuvassiez pas mon zèle sans mesure. Quand même je me tromperais, mon indiscrétion, en vous mortifiant, vous ferait du bien, pour\-u que vous la reçussiez avec petitesse. Mille respects du fond du cœur à M""^ la duchesse. Jamais, mon bon et cher duc, je ne fus à vous, au point que j'y suis. (VII, 221.)

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