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Lettre revue sur l'original

2. Le duc de Chevreuse venait de perdre le chevalier d'Albert, son fils, tué le 9 juillet 1701, au combat de Carpi sur l'Adige, à la tête d'un régiment de dragons qu'il commandait. Le pieux duc écrivit au cher directeur de conscience ses angoisses et ses inquiétudes : son fils avait-il remis son âme à Dieu ?

AU DUC. DE CHEVREUSE l6l

les volontés de Dieu. Je vous plains seulement de cette plaie secrète dont le cœur demeure corpme flétri. Mais la souffrance est la vie secrète des âmes d'ici-bas ; car ce n'est que par un sentiment de mort que se forme en nous le principe d'une nouvelle vie. Tout ce qui semble faire pourrir dans la terre le grain semé, le fait germer et croître pour la moisson. Au reste, il ne faut point se laisser aller à des pensées trop affligeantes. Les fragilités d'un âge si tendre et d'une vie si dissipée n'ont pas un aussi grand venin que certains vices de l'esprit, que l'on raffine et que l'on déguise en vertus dans un âge plus avancé. Dieu voit la boue dont il nous a pétris et a pitié de ses pauvres enfants. D'ailleurs, quoique le torrent des passions et des exemples entraîne un peu un jeune homme, nous pouvons néanmoins en dire ce que l'Eglise dit dans les prières des agonisants : // a néanmoins j ô mon Dieu, cru et espéré en vous. Un fonds de foi et des principes de religion, qui dorment au bruit des passions excitées, se réveillent tout à coup dans le moment d'un extrême danger. Cette extrémité dissipe soudainement toutes les illusions de la vie, tire une espèce de rideau, ouvre les yeux à l'éternité, et rappelle toutes les vérités obscurcies. Si peu que Dieu agisse dans ce moment, le premier mouvement d'un cœur accoutumé autrefois à lui est de recourir à sa miséricorde. Il n'a besoin ni de temps, ni de discours pour se faire entendre et sentir. Il ne dit à Magdeleine que ce mot: Marie^;Qt elle ne lui

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