VINGTIEME SERIE
Bien cher frère,
Je suis grandement édifié de votre admirable ouverture de cœur : vous ne reculez devant rien et vous vous exprimez avec tant d'abandon! Votre âme est toute à Dieu, et vous voulez la faire toute de Dieu. « Vous aimez en haut? vous êtes en haut », dit le P. de Ravignan, et il ajoute : « Pour arriver à la sainteté, il faut 1° du courage; 2° du courage; 3° du courage. »
Vous me permettrez de prendre du temps pour prier, avant que je passe à des conseils précis. Je ne veux vous dire aujourd'hui que mes sentiments d'estime et d'affection; ils sortent tout seuls de mon cœur. Si je ne vous avais pas répondu dès ce jour, j'aurais eu du remords : vous auriez, pu souffrir!
Bien cher confrère,
II me tarde à moi aussi, je vous l'assure, de vous voir et de vous témoigner mon affection. Vous n'êtes déjà plus un étranger pour moi, mais je veux que vous me deveniez un ami. Quoique plus âgé que vous, je vous paraîtrai trop jeune pour avoir droit à autre chose qu'à une confiance fraternelle, et c'est cette situation d'égalité que je vous supplie d'accepter : je ne saurais vous être utile que par mon cœur.
Mon bien cher ami,
Votre chère lettre m'est arrivée en retard, et ma réponse, hélas! n'est pas plus fidèle! Savez-vous que je trouvais le temps bien long depuis votre départ? A peine nous étions-nous quittés depuis quelques jours, que j'éprouvais ce mélange de contentement et de tristesse qui suit une visite aimée. Puis, le temps s'écoulant, je me demandais si vous étiez brave. Vous dites ne l'avoir pas été, je ne vous crois qu'avec réserve.
Vous ajoutez que vous vous sentez toujours le même. Oh ! sur ce point je vous crois sans réserve. La nature ne se refait pas si vite. Vous avez posé le principe de sa réforme : confiance filiale en Dieu; abandon à notre Sauveur bien-aimé, confiance et abandon quand même! C'est ce quand même qu'il faut prendre pour devise Vous ne vous découragerez jamais, vous aurez de la douleur sans tristesse, vous vous supporterez, puisque Notre-Seigneur non seulement vous supporte, mais vous aime !
Faites- vous toujours content et faites-vous un visage content. Voulez- vous connaître un moyen de ne pas vous laisser abattre? C'est de ne pas désirer votre sainteté pour vous ni pour elle, mais pour que Dieu soit content.
Or, quelle qu'ait été votre journée d'hier, celle d'aujourd'hui peut plaire à Dieu, cette action peut lui être agréable, faites- la. Moins vous aurez été fidèle la veille, moins vous serez content de vous, et plus ce que vous ferez de bien sera fait purement et par amour.
Ne laissez pas votre âme dans l'attitude de la tristesse, car l'habitude s'y jiourrit. Ne pensez même pas trop pourquoi ni jusqu'à quel point vous êtes triste. Sortez de là, puisque c'est résolu, et faites à votre nature ce bon tour de vous réjouir, malgré son penchant.
S'il est vrai que je puisse vous encourager et si vous sentez vraiment combien je vous aime, n'hésitez pas à m'écrire, dès que vous en aurez envie; n'attendez pas les époques. Donnez-moi cette sécurité de savoir que si vous ne m'écrivez pas, c'est que tout va bien et que si vous m'écrivez, c'est pour que tout se remette à aller bien.
Bien cher confrère et ami,
Vos petits mots me sont toujours de grandes joies et vos souffrances me font peine et joie! Habituez- vous donc à vous voir en double : celui qui veut et celui qui sent. Le premier seul est responsable, l'autre se fait traîner. C'est un frère infirme dont le vaillant frère aîné rougirait trop volontiers, et pour lequel il n'aurait pas assez de bonté compatissante. Qu'il le supporte et le porte, qu'il ne lui dise jamais de dures choses, mais l'encourage et l'aime ! C'est un frère, il ne peut faire qu'il ne le soit pas; c'est un frère infirme, il doit être un peu mère pour lui. Les nerfs ne se détendent point par la violence.
Oui, continuez votre examen particulier sur la paix, ou plutôt vers la paix. Choisissez le mode le plus selon votre attrait : ou l'amour de vos infirmités, ou l'expression plus fréquente de votre amour envers Notre-Seigneur, ou l'abandon confiant, ou le contentement intérieur. Je le répète, choisissez selon votre attrait. Je vous
montre seulement le but : la paix; c'est voire plus grand besoin et ce sera votre auxiliaire universel pour tous les autres.
Puisque le bon Dieu ne vous retient pas aux méditations ayant pour objet Notre-Seigneur, mettons-nous résolument aux probations avec l'année prochaine.
Cher frère et ami,
Je me sens plus content de vous; vous paraissez moins souffrant, plus calme et plus abandonné à Dieu. Vous méritiez assurément beaucoup, quand vous étiez accablé, mais vous ne mériterez pas moins quand, déchargé du poids de vous-même, vous marcherez de progrès en progrès et de joie en joie.
Croyez-moi, songez plus à Dieu qu'à vous; avancez plus en regardant en haut qu'en examinant devant vos pas : « Oculi mei semper ad Dominuin, quoniam ipse evellet de loqueo pedes meus. »
Quoique vous alliez mieux, je ne veux pas du tout de contention, même pour penser très souvent à Dieu par effort. Soyez bien vraiment tout à Lui sincèrement et loyalement, et tout ce que produira la vie lui appartiendra. Ce sentiment qu'on est bien à Lui se présente tout seul si souvent, et il suffit.
Oh ! par exemple je vous veux tout à Dieu par rapport à vos supérieurs. Soyez sans fiel et sans orgueil, aussi petit enfant que possible. Demandez-vous ce que ferait et dirait saint François de Sales dans votre position. Après cela, s'il vous arrive de manquer à cette résolution, il n'y a pas lieu de se désoler, mais de se mieux tenir ensuite.
Je sais combien il est facile dans un petit séminaire de se monter la tète pour le bien général et je. sais aussi que rarement nos plaintes répandues ont porté remède aux abus. Si le Supérieur est. capable de comprendre et de bien prendre un avis, même d'un tout petit professeur,
allez à lui finalement. Sinon, méritez par votre pàfienoe et. votre inviolable charité que Dieu fasse ce que; vous ne pouvez. Je ne sache pas qu'on doive jamais manquer à la charité pour aucune autre vertu; mais je sais clairement que chacune des vertus lui emprunte ce qu'elle a de meilleur. Vous savez le mot de saint François de Sales : « La vérité qui n'est pas charitable procède d'une charité qui n'est pas véritable. » La vérité et le bien demandent parfois la représentation et l'avertissement, mais la charité en doit être et l'inspiratrice et la forme.
Mon cher ami,
Tenez- vous toujours de bonne humeur autant que vous pourrez; les saules pleureurs, vous savez, ne produisent point de fruits. Donnez pour fondement à cette disposition la certitude d'être un enfant chéri de Notre-Seigneur. Les parents aiment parce qu'ils sont parents et non pas en proportion des qualités de leurs enfants : ainsi fait Notre-Seigneur, surtout pour ses prêtres.
Ne cherchez pas une union à Dieu trop tendue et guindée. Ne lui faire jamais de peine volontairement, se décider de bon cœur à toute chose qui lui est plus agréable, garder son cœur paisible à la vue de ses misères que l'on regrette, n'est-ce pas vivre pour Dieu et de Dieu?
Rappelez-vous sans cesse à la confiance et à la dilatation; il surgira de cette disposition plus d'actes d'amour que de toutes vos tristesses.
Vraiment si quelqu'un était pour vous, proportion gardée, ce que vous voulez être pour Dieu, est-ce que vous ne l'aimeriez pas? Et Dieu est meilleur que vous !
Vous avez mille fois raison, mon bien-aimé frère, de vous décider à de nouveaux essais en faveur de l'âme de
vos élèves. Oui, il faut leur montrer qu'on est prêtre, qu'on les aime, qu'on attend d'eux quelque chose de grand. Oui, il faut se servir des récréations pour les former aux motifs surnaturels et les dépouiller de tout ce qui est. grossier et trop humain dans leur nature. Quelquefois une réflexion les frappera, un reproche enveloppé dans beaucoup d'affection les corrigera. Comptez beaucoup sur le respect que vous leur témoignerez, et sur la bonne opinion que vous prendrez soin de leur manifester. Ils seront portés à faire ce dont vous les croirez capables.
Vous n'attendez vraiment pas des succès immédiats; vous ne prétendez pas non plus yous trouver dès le premier jour pourvu de cette autorité morale qui s'impose. Posez-vous bien, sans cela vous ne ferez rien. Sacrifiez d'autres biens à celui-là.
Employez de préférence l'éloge et l'encouragement au bien. Gagnez les cœurs. Pas trop de zèle ! Vous savez dans quel sens je parle, c'est-à-dire, faites cela sans qu'on le remarque, et allez peu à peu davantage avec les élèves. Laissez croire que c'est par goût. Ne blâmez pas les autres professeurs. Patience! vous semez; ne comptez pas sur la moisson encore, mais comptez que sûrement vous In préparez.
Mon cher frère,
Je suis content de voir votre attention portée sur l'examen particulier. Vous vous étonnez peut-être de ce sentiment en le comparant à la ligne habituelle de conduite que je vous conseille. Je vous recommande, à la vérité, de ne pas vivre d'examen et d'une trop grande attention sur vous, mais je concilierai facilement les deux choses, en vous conseillant de faire votre examen particulier justement sur cette voie de dilatation qui exclut la préoccupation de conscience.
Examinez- vous sur votre fidélité à remplacer les regards trop fréquents sur vous par des regards très
confiants vers Dien. Veillez à ce que ces rapports avec Dieu restent pénétrés d'amour. Vous pourriez marquer l>ar exercice et par heure : tel exercice a-t-il été fait avec dilatation, avec plus de pensées vers Dieu que sur moi? En dehors des exercices : de telle heure à telle autre, de 7 à 8, de 8 à 9, etc., ai-je vécu dans cette disposition? Vous marqueriez autant de fois que d'exercices et d'heures non pénétrés de cet esprit.
Prenez simplement le repos qui vous semble bon et les distractions qui le favorisent. Ne vous forcez pas à lire beaucoup. La présence affectueuse de Dieu peut suppléer à tout, et, dans votre état, c'est le seul point sur lequel j'insiste.
Priez pour moi; je voudrais être moins mauvais; ne fût-ce que pour être utile aux âmes et à la vôtre.
Mon bon et cher frère,
Vous parlez si bien de votre intérieur et de ce que vous devriez faire, que je n'aurais rien à vous dire, si ce n'est de remplir le rôle de la conscience qui dit « bien » quand c'est bien, et « mal » quand c'est mal. Je veux être une force qui vous rassure en vous parlant au nom de Dieu.
Tout va bien sauf votre santé, car vous supportez généreusement les résultats de cet état. Persuadez-vous que, parmi ces résultats, le mécontentement de vous est un des plus méritoires à supporter. Ce mécontentement n'est en soi ni bien, ni mal, il est un état de vos nerfs.
En bonne vérité, vous faites pour Dieu ce qu'il demande, et quand je vous porte à le faire doucement et simplement, c'est un desideratum que je vous propose et pas un ordre que je vous donne : parfois vous ne pourriez pas l'accomplir. Soyez calme en voyant que vous ne pouvez pas le réaliser.
Si maintenant vous voulez me faire un plaisir, vous ne chercherez, dans votre prochain compte rendu, que le
bien; vous no me direz que cela, vous remercierez Notre- Seigneur de ce bien, si petit qu'il soit, vous vous appliquerez à en être heureux. Assurément la pensée de ce qui est défectueux vous envahira, mais vous l'éeartefez autant que vous pourrez, et si cette vue s'impose malgré vous, vous vous imposerez de la soutenir avec calme et de vous en affranchir par la persuasion que Notre-Sèigneur vous l,e demande.
Quel profond détachement ne produiront pas toutes ces peines ! Quel amour humble et confiant aussi !
Courage ! cher et bon frère, ne cherchez pas le sensible dans la piété et ne prenez pas pour un manque d'amour un manque de consolation. Si vous pouvez douter de votre cœur, ne doutez jamais de celui de Notre-Seigneur pour vous ; or ce cœur vous est acquis comme prêtre voulant être fidèle. Adieu et tout vôtre.
Continuez, mon bon et cher frère, à faire votre panégyrique le mois prochain, et appliquez-vous à voir en vous habituellement, plus le bien que Dieu y met que le mal qu'il y laisse. Allez à l'aveugle, s'il le faut, pour faire ainsi : tel est mon désir formel.
L'enthousiasme que vous inspirez ne m'étonne pas... parce que, comme vous le dites, il est un peu facile à ces gens du monde, peut-être un peu aussi parce que vous avez au moins le désir d'être un bon périt serviteur de Dieu et que cela se voit.
Venons à l'affaire capitale. J'y ai pensé sérieusement.
Je me suis demandé s'il ne vous serait pas plus avantageux de quitter l'enseignement et de prendre du ministère. J'ai toujours vu les vicaires se remettre, et raremen t les professeurs. Le ministère, quoi qu'on en pense, tend beaucoup moins les nerfs. Rien en vous ne m'alarme pour une telle situation.
Si vous étiez de cet avis, vous n'auriez pas l'ennui de refuser les surveillances ou le grave dommage d'y suc-
rnn»ber, si vous les acceptez. Dans le cas où vous sauriez que l'on ne tiendra pas compte de vos réclamations, le mieux me paraîtrait être de demander tout bonnement du ministère pour essayer d'arriver à une détente des nerfs. Ne vous effrayez pas de cette proposition inattendue. Consultez une ou deux personnes prudentes.
Le mal n'est pas très grand, cher ami; c'est affaire de surprise; ces âmes qui vous sont confiées vous ont tant préoccupé ! Concilier l'activité et la vie intérieure n'est point si facile; raison de plus pour s'y résoudre avec volonté et profiter de ses écoles. Vous voilà un peu à sec parce que vous avez moins tenu le verre sous la fontaine. Vous remarquez déjà que la fécondité ne tient pas exactement à l'activité. Portez donc maintenant votre attention principale sur vous-même. Servez-vous de l'examen particulier pour vous y tenir; prenez-le par exemple sur l'esprit de prière.
Dès le matin, renouvelez vivement votre résolution de vivre dans l'esprit de prière, de vous mettre tout entier à chaque exercice de piété et de retourner vers Dieu dans les intervalles. Durant le jour, vivez avec ce saint désir, parfois formulez-le nettement. Vers midi, puis le soir, suivez votre journée à ce point de vue. Ne vous étonnez pas des manquements et des retards. La Sainte Vierge est là pour vous faire pardonner et vous relever...
XTI
Vous savez, cher frère, que je ne crois pas à votre lâcheté, mais pas du tout. Quant à l'agitation, c'est autre chose, mais ce n'est point chose absolument dépendante de vous. Vous remettre doucement dans le calme, supporter les moments où vous ne le pouvez pas, faire quand même tous vos exercices, affirmer quand même
tous les sentiments que vous voulez avoir... et prendre Soin île votre santé.
Faites deux parts de vos exercices de piété. Gardez coûte que coûte l'oraison, l'examen et la présence de Dieu, ainsi que les moyens -qui les assurent, comme la préparation, et l'exactitude au lever. Soyez plus coulant sur l'omission passagère des autres : il n'y aura jamais grand mal si vous'y mettez la garantie de me le faire connaître toujours très clairement sans estimation des détails.
Vous avez terriblement à lutter pour faire la chose la plus naturelle : agir avec Dieu comme avec une Bonté infinie qui vous aime; comme avec un frère qui a tout intérêt comme toute affection à notre bien. Vous vivez dans V habitude contraire, et c'est elle qui vous retient dans son ornière, quand tout doit vous en faire sortir : ce que vous savez de Dieu et des moyens d'aller à Lui, ce que vous en dites aux autres, ce que je vous conseille toujours.
Oui, vous êtes victime d'une tendance passée en habitude et qui domine tout le mouvement de votre âme. Appuyé sur l'obéissance, rompez cette tyrannie et ne vous étonnez pas de voir que c'est si simple. Vous y maintenir le sera peut-être moins. Vous éprouverez mille envies de redevenir triste, vous appuierez ce retour de mille raisons apparentes... mais croyez-en davantage l'obéissance et tenez-vous dans la position indiquée, quelque gênante qu'elle vous paraisse, jusqu'à ce qu'elle vous soit devenue naturelle et aisée:
C'est l'œuvre d'une vraie bonne volonté appuyée de prières. Je joindrai les miennes aux vôtres, et rien ne m'est plus doux, car j'entends bien vous aimer et être aimé de vous particulièrement en Notre-Seigneur.
Mon bien cher ami,
Vous avez donc beaucoup souffert de ces pauvres nerfs et vous n'avez pas eu pour eux justice et pitié.
J'admire votre générosité à ne vouloir vous rassurer dans votre ministère que sur des évidences. Que deviendraient à ce compte les meilleurs missionnaires ? J'ai remarqué souvent que le bien se produit mieux sans nous que sous une action intense. Laissons donc à Dieu plus de part et trânquillisons-nous.
Votre gouvernement personnel est d'une exigence égale. Vous voulez le bien d'une façon trop raide et vous voulez en avoir conscience d'une façon trop mathématique. Aimer Dieu et être à Lui me semble bien plus simple que cela et je voudrais vous voir content d'être bien sûr qu'au fond vous êtes à Lui. On aime beaucoup ses parents sans le sentir souvent; c'est là, au fond, bien sincère et bien vivant et très efficace dans les occasions. Cela est le mieux pour vous.
N'allez pas vous rendre malade par la préoccupation; vous priveriez le bon Dieu d'un serviteur fidèle, et moi d'un excellent fils.
Bien cher ami,
Votre acte d'accusation contre vous-même, si effrayant qu'il soit, n'a pu que me faire sourire. J'ai pensé aux devoirs de rhétorique où l'on amplifie, à l'aide de l'imagination, sur quelques données fort différentes de l'œuvre littéraire qui en sort. Vous avouez le procédé, passons.
Ce que je retiens, c'est que vous avez du calme. Retenez le calme et les moyens qui l'ont produit. S'il n'est pas de la nature la plus parfaite, tout votre effort doit tendre
— 42 fi —
à le perfectionner sans changer rien d'essentiel, laissez dormir le trouble.
Voici les points sur lesquels je ferai des remarques : 1° Ne réglementez pas tout, je vous en prie, et laissez, en bonne conscience, beaucoup à la disposition du moment. Réglez certains points qui assurent un certain ordre, mais pas trop. Dans cette réglementation, soyez large. Ainsi j'approuve volontiers le retard du lever, même pour tous les jours, si rien n'en souffre. Six heures I c'est encore matin, et les journées sont assez longues.
2° Je maintiens jusqu'à nouvel ordre la suppression des examens. Je regarde cette mesure comme préférable, et, en vous y conformant, vous ferez ce qui est plus parfait. Je permets un coup d'œil seulement et dans le sens de reprendre courage.
En suivant ces conseils, vous n'avez pas à vous inquiéter, je prends la responsabilité. Plus tard nous verrons ce qu'il y aura à modifier, mais nous tenons une paix quelconque, gardons-la et améliorons l'état général sans perdre ce bien.
Mon cher ami,
J'arrive comme le médecin chez un malade- qu'il connaît parfaitement et je dis : allons, allons, nous n'avons rien de sérieux; ne pensez pas à votre mal et il sera vite guéri.
En effet, mon pauvre cher ami, vous avez tous les organes spirituels en bon état : la volonté de rester à Dieu est absolue, le désir d'être parfait est sincère. Il n'y a pas d'illusions en cela, je vous l'assure.
Je ne vais pas jusqu'à dire que vous êtes arrivé à toute la perfection que Dieu vous demande, j'affirme que vous y marchez. Les accidents qui surviennent sont euxmêmes utiles à votre perfectionnement; ils vous tiennent dans l'humilité, vraie situation de notre misère; ils nous la rendent sensible et par là même efficace. L'im-
pression renouvelée de notre misère augmente la force de notre humilité et la dispose à bien accepter les humiliations qu'elle discerne mieux d'ailleurs.
Oui, mon cher ami, de la régularité, mais pas d'esclavage; l'habitude des heures fixes, mais avec des tempéraments, et surtout pas de confession contre des manquements qui sont de simples manquements de perfection.
Quand vous remarquez que vous pensez trop et trop amèrement à vous, imposez-vous de penser immédiatement à Dieu et d'y déposer vos misères... mais après cela, n'y pensez plus.
Mon cher frère,
Quel aveu! Vous êtes un peu content de vous! Je compte que depuis votre lettre vous aurez eu des remords et que vous avez su retrouver vos idées noires. S'il en était ainsi,' il faudrait vous résigner tout de nouveau à vous faire content, et comme dit la chanson : content de tout, content de peu.
De grâce, en effet, laissez votre mal en repos; c'est tout seul que notre corps se guérit. C'est beaucoup de la sorte que notre âme se remet. Une plaie qu'on fouillerait sans cesse ne guérirait jamais. Croyez bien que cette conduite est pour vous maintenant le plus parfait, car notre parfait est relatif.
Oui, des examens courts, électriques si vous voulez, pourvu qu'ils fassent jaillir un peu de lumière. Examinez surtout le bien que Dieu vous a donné dans cette journée et mettez-vous dans un bon état moral : contentement et décision.
J'espère que vous mortifierez le Carême; c'est une nécessité physique et morale. Je ne vous vois obligé à rien en fait de jeûne, et si vous m'en donnez l'autorité, je vous défendrai d'en faire. Sans dont»! vous jeûneriez et vous vous diriez: « Tiens, je le pouvais donc.» Sans doute, vous le pourriez d'abord sans inconvénients notables,
mais il en serait tout autrement plus tard. Or, il ne faut pas le risquer, et je prends sur moi la décision que je viens de vous conseiller.
Félicitations pour votre petit groupe. Je vous crois capable de leur dire même ce que vous ne faites pas, et s'ils ont besoin d'être exhortés à la confiance et à la simplicité, je suis assuré qu'ils trouveront auprès de vous mieux que nulle part. Or, s'ils vous écoutent, écoutezmoi et persuadez-vous que votre conscience est mieux dans la main d'un autre que dans la vôtre.
Mon bien cher ami,
J attendais pour vous écrire d'avoir la confirmation de la grave nouvelle que vous m'annonciez. Je n'avais pas à intervenir et je ne pouvais qu'approuver votre obéissance et la sagesse de votre Évêque. Je prie, moi aussi, pour que votre nomination soit agréée, et j'espère que vous n'avez pas été un homme politique qu'on puisse refuser.
Je me réjouis de la consolation que le bon Maure répand dans votre âme; c'est une préparation à la peine de quitter votre troupeau si chéri et aux travaux plus grands de votre nouveau bercail..
Sans doute soyez fidèle à vos exercices de piété, mais ne soyez pas formaliste. C'est votre cœur que Dieu veut, avant tout, et c'est dans la paix qu'on le lui assure. N'exigez pas le « summum jus » de votre pauvre âme, mais contentez-vous qu'elle soit bonnement fidèle. Quand elle l'a été moins, rèlevez-la par la confiance en la miséricorde qui n'est pas la stricte justice.
Je n'envisage pas sans peine le déchirement de votre cœur quand il faudra l'arracher à cette population qui a eu les prémices de votre ministère et qui, peut-être, restera votre idéal perdu. Oh ! oui, confions-nous dans la volonté de Dieu et n'en sortons jamais, ni par un regret amer, ni par une espérance frivole.
Mon cher ami,
En attendant l'issue de la grande affaire, habituez-vous à la sainte indifférence. Renoncez, soit au vain contentement qu'éprouve l'amour-propre en face d'une position plus élevée, soit à l'inquiétude au sujet des charges nouvelles. Acceptez les déchirements de votre cœur et de celui de beaucoup d'âmes pour le bien de celles qui vous attendent. C'est plus que jamais le moment de vivre dans l'abandon sans trop voir ce que nous sommes. Contentons-nous de savoir que nous voulons être à Dieu et faire sa volonté.
Soyez fidèle à vos exercices de piété, mais avec liberté. Reprenez ceux que des occupations passagères vous ont fait omettre, et quand ces occasions se présentent, veillez à être plus attentif à la présence de Dieu.
Que le Dieu de paix nous maintienne dans l'abandon malgré nos misères et nos dégoûts. La paix c'est l'ordre, et entre un être infiniment pur et un être infiniment misérable, l'ordre, c'est l'humble abandon.
Mon bien cher ami,
Vous devez souffrir de tous les détachements qu'a opérés votre changement. Il y avait sans doute à S... bien des âmes qui vous étaient chères et vous aviez peut-être dans quelque famille votre Béthanie. J'ai admiré votre abandon à la volonté de Dieu; votre ministère sera béni et vous allez croître en sainteté.
A L... vous paraissez entrer dans ce pauvre inonde en quittant la fhébaïde : vous y trouvez des incroyants, des enfants sans Dieu et des tiraillements, parmi les gens d'Église. Hélas ! c'est la vie, et il ne faut pas espérer tout
arranger; on doit y travailler sans cesse et en réussir une partie.
Le conseil que je vous donne, c'est de pencher toujours vers l'indulgence et la bonté : c'est presque justice et c'est toujours plus efficace. Si nous ne parvenons pas à aimer Notre-Seigneur par nous-mêmes, comme nous le voudrions, cherchons à le dédommager en l'aimant dans le prochain et en le faisant aimer.
Ce n'est pas le temps de vous effacer, mais c'est celui de vous montrer. Vous êtes investi de l'autorité, et l'autorité est un besoin pour les autres comme un devoir pour vous. Prenez donc simplement la place et le rôle qui sont les vôtres.
Pas d'essais gauches, d'effarements intempestifs. Quand Notre-Seigneur sort de l'obscurité de Nazareth, il parle en maître. Voyez pourtant comme la douceur et l'amabilité sauvegardent les droits des autres.
Montrez-vous et intervenez en toute sagesse, mais ici la sagesse n'est pas de ne rien faire.
Imaginez- vous qu'il y a deux hommes en vous : l'homme privé et l'homme public. Que l'homme privé reste bien petit et bien humble, mais que l'homme public se mette à sa place.
Bien cher ami,
Je comprends ce que vous éprouvez en face d'une population peu sympathique : vous vous sentez raide; au lieu de fils égarés, vous voyez des ennemis.
Eh bien 1 il faut réagir. Cette raideur ne serait pas dans le cœur de Notre-Seigneur. Elle ne fut jamais dans celui de saint François de Sales. Elle est simplement naturelle. Il faut qu'un amour surnaturel la remplace. Il faut que cet amour ferme les yeux sur ce qui irrite et les tienne ouverts sur ce qui apaise.
Considérez que ces pauvres gens sont si à plaindre; qu'ils sont tels parce qu'on les a faits tels; qu'à leur
place nous serions devenus comme eux; qu'au fond il y a chez eux des sentiments capables de bons retours; que la grâce peut les changer et qu'enfin le seul moyen de l'espérer, c'est de se sentir un cœur de père, car nos sentiments transpercent et se lisent aussi bien sur notre visage qu'ils se sentent au ton de notre voix. Donc réaction prolongée à coups de prières et d'essais.
Pour votre vie intérieure, je voudrais auusi une voie plus pitoyable envers vos torts qui ne sont souvent pas des fautes. Considérez que vous êtes un cœur trop sensible, voulant trop de bien, et d'autre part assez rempli d'impuissance. Soyez-vous donc miséricordieux comme Dieu l'est infiniment pour vous. Il vous connaît mieux que vous-même, et pourtant il vous aime avec tendresse et confiance. Il sait que vous êtes et serez toujours à Lui. Soyez donc à son égard confiant, dilaté, demandez ces dispositions et entretenez-les. Combattez celles qui leur sont contraires.
Tout tranquillement pensez à Dieu, et avec douceur, dites-lui que vous désirez beaucoup l'aimer, être meilleur, le bien servir. Dites-lui toutes sortes de bons sentiments sous forme de désir ou de demande. Je désire... Je vous prie de me rendre... Vous savez que le désir est le premier pas, c'est le sourire qui précède la bonne parole, soyez homme de désirs.
Oui, oui, courage ! mon cher ami. Dieu n'a pas besoin d'instruments parfaits, il est assez habile pour se servir de tout, mais il a besoin d'instruments confis nts qui le laissent faire sans mettre entre ses mains l'obstacle de notre raideur et de nos craintes.
Cultivons avant tout la disposition à aimer. C'est Dieu d'abord, notre père, notre frère, notre Eucharistie. Puis, c'est le pauvre prochain, qui ne nous connaît pas pour ce que nous sommes, qui est raide et hostile, mais qui peut à la longue prendre une tout autre impression.
Un clou n'entre pas dans du bois dur avec un seul coup de marteau.
Pour être bon et aimable, il est essentiel d'être en paix au dedans. Cultivez la paix, la paix abandonnée, la paix du petit enfant, naïf. Dieu n'a que faire de nos désolations qui nous délabrent.
Allez à la crèche. Goûtez-y la simplicité et la douceur. Pourquoi Jésus est-il venu sur terre et ainsi tout petit? N'est-ce pas pour nous donner confiance et nous marquer pour notre ministère ce qui donne confiance aux âmes : beaucoup de simplicité et d'affection.
Soignez votre santé très sérieusement. C'est un devoir, et surtout, c'est aussi une vraie mortification. Vous êtes un objet qui appartient à Dieu; il ne vous est pas permis de le détériorer.
Mon cher frère et ami,
Votre lettre m'embarrasse fort. Ce ne sont pas en effet les principes généraux qui peuvent suffire à tracer une règle pratique. Tel moyen sera bon s'il peut prendre et déplorable s'il fait constater un échec; c'est la connaissance de la situation qui seule peut guider. N'auriez-vous pas à consulter quelques confrères voisins ou ayant exercé dans le pays?
Il faut voir ce qui a le plus de chances de réussir dans le pays, et très souvent ce sont des œuvres ayant un large côté humain.
Par exemple, ce que je ne conseillerais pas facilement, ce serait l'état de lutte avec les autorités. Voyez comme agit le Pape avec les gouvernements. Devant les attaques, soyez calme, justifiez-vous, affectez de conserver de la charité pour les personnes, laissant voir toujours le cœur du prêtre qui ne se ferme à personne.
Pas de raideur dans les rapports. Grande facilité de rester en bons termes avec ceux-là même qui font le mal ou qui vivent dans des conditions irrégulières. Il fau-
drait néanmoins agir autrement, s'il y avait lieu de craindre le scandale; mais le plus souvent, on s'en explique avec deux ou trois personnes; je les salue parce que je veux laisser subsister un lien qui un jour ou l'autre les ramène.
Pour vous, mon cher ami, tâchez d'aoquérir deux qualités essentielles et qui ne sont pas trop dans votre nature : le calme intérieur et la bonhomie extérieure. Cultivez tout ce qui développe ces précieuses qualités sans lesquelles on ne saurait avancer et faire du bien.
Mon cher ami,
Vous me dites que vous avez la tête moins fatiguée, je m'en réjouis, vous aurez plus de facilité pour vos exercices spirituels et pour vos œuvres, mais ne vous fatiguez pas.
L'examen particulier serait encore un cauchemar; vous ne seriez pas content de la manière dont vous le feriez. Je vous permets simplement de le faire brièvement et quand cela vous paraîtra aisé; sinon, laissez-le. La pensée dirigée vers Dieu vaut plus encore pour vous, et appliquez-vous à le chercher doucement et à vous en abreuver de temps en temps.
Ne croyez pas qu'il soit besoin, pour bien instruire en chaire, de mettre- un ordre très logique dans ce qu'on dit. Les gens n'avalent que des morceaux. Songez donc à ce qui peut leur être le plus utile; ne soyez ni savant, ni étendu; restez peu en chaire; parlez à l'imagination et à la sensibilité : les yeux du monde sont plus ouverts par là. Quelques traits bien racontés sont souvent la seule chose qui frappe et qu'on retient. Je vous approuverais de bien préparer cette partie-là pour dramatiser et entourer de détails un fait qui, dit sans cela, sera insignifiant. A la rigueur, quand même il ne se rattacherait que par un faible lien à votre sujet, cela peut suffire. L'auditoire
aime qu'on l'intéresse, et il pardonnera le manque de logique.
Mon cher ami,
C'est en haut qu'il nous faut jeter notre ancre, car la terre n'offre pas de points d'appui solides. Non, ce n'est pas même dans nos progrès ou nos succès que nous pourrions nous reposer, mais aussi nos lenteurs et les insuccès de notre ministère ne doivent pas nous troubler. L'homme des champs, après la grêle, reprend la charrue et remue de nouveau la terre. Rien n'est perdu auprès de Dieu de nos pauvres labeurs, et la résignation à un moindre bien peut devenir une semence de succès futurs.
Dieu vous donne quelques belles âmes à diriger; c'est le sel de votre population peu chrétienne, c'est le paratonnerre de la paroisse et le petit jardin où le pauvre curé va respirer le parfum des fleurs du bon Dieu. Puisez-y du courage et de l'émulation.
Mon bien cher ami,
Vous me demandez une direction générale pour votre retraite. Je vous dis volontiers : cherchez Notre-Seigneur. En Lui vous trouverez toute lumière et, ce qui est plus : toute vie. Méditez-le. Exercez votre cœur à lui exprimer ce qui, au fond, le remplit. Ne tenez pas compte de vos misères; renoncez-les, désavouez-les, mais souriez encore à Notre-Seigneur, car il vous aime en dépit de tout cela, comme vous l'aimez vous-même en dépit de toutes ces apparences.
La recherche de l'amour de Notre-Seigneur, les expressions renouvelées de vos désirs et de votre tendresse,
la confiance quand même ef le calme : voilà ce que je désire de vous.
Dans votre dernière lettre, vous me disiez le malaise que vous éprouvez en face des œuvres extérieures qui semblent tenir lieu de pratiques religieuses. Il y a bien, je crois, quelques raisons de s'attrister, car trop souvent ce qui ne devrait être qu'un moyen, demeure le seul objet atteint. Cependant, pour vaincre l'indifférence, il faut user de ces moyens, mais avec la constante préoccupation de semer quelque chose dans les âmes, d'amener à la confession et à la communion, sans quoi le vent dispersera bientôt les quelques bonnes impressions religieuses reçues au contact du prêtre. Soyez donc très surnaturel sous un aspect suavement humain.
Combien je désirerais que vous trouviez autour de vous quelques prêtres pouvant faire partie de notre chère société! Ce serait pour vous une consolation et pour eux un soutien.
Votre premier -besoin, mon cher ami, c'est de chercher toujours la poitrine du Sauveur pour y reposer votre tête. Que rien n'arrête votre confiance. Sa miséricorde n'est-elle pas faite pour les Apôtres qui se sont endormis et qui ont fui devant le danger? Nous ne sommes pas des amis dignes de l'Ami venu du Ciel, mais ne disons-nous pas aux autres que sa bonté, son amour, sont au-delà de nos misères?
Quand vous reposez sur cette douce poitrine du Sauveur, aimez à lui redire ces paroles si vraies de saint Pierre : « Vous savez bien que je vous aime. »
Oh ! oui, il faut le savoir pour y croire, n'est-ce pas, quand les froideurs et les négligences voilent et ensevelissent notre pauvre amour, quand nous ne sentons rien devant l'offense de Dieu, devant la damnation des âmes. Nous ne sentons rien, mais que refuserions-nous à Dieu pour lui épargner ces douleurs, pour lui donner la gloire de retourner ces âmes?
En fait d'exercices de piété, n'exigez pas trop de votre fatigue. Demandez-vous bonnement ce que vous conseilleriez à un autre.
Je ne sais vraiment que vous conseiller pour votre retraite; voyez ce que l'expérience vous dit et aussi ce que vous désirez comme bon pour votre état actuel. Peut-être un long repos près de Marie vous réussira mieux que des exercices réguliers. Je serais porté à le croire; je craindrais même pour vous en ce moment ce qui serait un peu rigoureux et formaliste. Ce qui vous ditatera sera le meilleur...
Mon cher ami,
Je suis touché des humbles aveux de votre lettre et, profitant de cette belle disposition d'humilité, je vais avoir la cruauté de confirmer l'un des reproches que l'on vous adresse et que vous reconnaissez mérité. Peut-être cependant n'en êtes-vous pas assez convaincu.
C'est vrai que vous avez dans l'extérieur, sans le vouloir, quelque chose de dur : physionomie, parole, accent. Vous dirai-je que j'en avais souffert et que j'en ai gardé la pénible impression? Cet extérieur est en complet désaccord avec vos lettres si bonnes, si fraternelles, plus encore avec votre cœur.
Il s'agit donc de virer de bord et d'entrer dans les eaux calmes et lumineuses de l'affabilité. Il faut vous bien surveiller et vous encourager doucement. Il faut surtout alimenter la source qui est la filiale confiance en Dieu. Que votre cœur le premier s'épanouisse en Lui et que votre visage, comme une surface polie, reflète le Ciel. Aimez à vous représenter la physionomie de Notre-Seigneur sur terre; aimez à la reproduire en celui qui l'y représente. Le bien est à cette condition, et aussi le bonheur de l'âme.
Mon bien cher ami,
Je suis tout heureux de voir l'accueil que vous avez fait à ma fraternelle observation. Grâce à Dieu et à votre humilité, vous voilà mieux orienté que jamais et tout décidé à être exceptionnellement ouvert, confiant, aimable.
Je ne sais si vous l'avez remarqué comme moi, les hommes qui réussissent sont ceux qui ont une confiance parfois excessive et toujours affranchie de constatations pessimistes. J'en ai connude téméraires qui ont confirmé la règle.
Poussant plus loin l'observation, j'ai cru voir dans ceux qui agissent ainsi comme une certaine puissance d'illusion ! oui, d'illusion heureuse. Ne pensez-vous pas que les parents seraient trop à plaindre s'ils voyaient, comme les étrangers le voient, les lacunes et les défauts de leurs enfants? Dieu les a pourvus de cette intime persuasion que leurs petits sont les plus beaux... Or, en cherchant la cause de ces bonnes illusions, nous la trouvons dans l'amour même. Il serait juste alors de ne plus laisser à ce mot illusion son sens ordinaire qui marque de la défectuosité. L'amour entoure, pénètre son objet de sa flamme qui le réchauffe et finit par créer ce qu'il désire. Pourquoi les saints aiment-ils tant les âmes et les croient-ils facilement bonnes? C'est qu'ils les voient enveloppées de ce qu'ils aiment : de Dieu et de sa grâce, de ses désirs du moins. Ce n'est pas une illusion, c'est une substitution.
D'autre part, ce qui agit sur les hommes, c'est la confiance manifestée. Ils se croient capables de ce dont on les croit capables. Tout sentiment d'estime les touche. S'ils résistent à cette force durant un temps, ils finissent par céder à sa manifestation persévérante. L'homme apostolique qui voit principalement ce qui manque est fort à plaindre et ne fait pas grand bien. S'il laisse voir son
impression, il glace tout. Il n'a de chaleur ni pour réchauffer son zèle, ni pour rayonner sur les autres.
Devenez donc un homme de sainte illusion, même à votre égard. Vous avez de vous une idée trop pessimiste, de vous, dis-je, et de vos moyens d'action. C'est la confiance qui vous manque pour faire beaucoup. La terre est sans fécondité en cette saison, parce que la chaleur lui manque. Elle a cependant tous ses sucs et tous ses germes.
Courage ! mon bon et cher ami. Sachez élever votre température et la maintenir au degré qui développe la vie. Voyez en beau, et votre persuasion sera féconde.
Mon bien cher ami,
Béni soit le cœur adorable de Jésus qui vous fait enfin comprendre le vice de votre direction spirituelle ! Oui, le manque de dilatation vous perd et dans votre essor de piété et dans votre action de curé. Il y a des prêtres qui vont à l'excès opposé et qui sont téméraires. Eh bien! ceux-là finissent par remuer quelque chose. La confiance est mère de l'élan. Elle est la chaleur qui seule porte la vie.
De grâce, mon bien cher ami, maintenez ces dispositions nouvelles que la retraite vous laisse. Ne mettez plus en question si Dieu vous aime tel que vous êtes. Oui, oui, et c'est en vous sachant aimé que vous deviendrez encore meilleur. Laissez l'amour divin dominer votre vie. Ne regardez vos impressions que comme une occasion où Dieu trouve l'exercice de sa puissance. Vous ne faites pas assez large la place à son action. Quand vous ne vous voyez pas capable d'une chose, vous jugez qu'elle ne réussira pas, même si Dieu vous la demande.
Méfiez-vous du retour de votre âme à des habitudes de tristesse qu'elle a profondément contractées. On juge et on agit trop d'après sa nature. Réagissez surtout pour
votre vie intérieure. Ce principe vital, ranimé en vous, exercera normalement son influence sur les autres.
Vous vous laissez tromper et mener par votre nature quand vous croyez bien juger votre conduite et la diriger raisonnablement. Vous n'êtes pas assez surnaturel pour être assez confiant. Oubliez- vous le plus possible.
Attendez-vous à de brusques retours des impressions passées, ainsi qu'à une dépression morale à la suite de quelque sécheresse particulière, de quelque déconvenue, de quelque insuccès. Tout cela est l'épreuve, et l'épreuve est disposée providentiellement de telle sorte qu'elle vient de Dieu, quoiqu'elle ait sa cause dans nos souffrances ou dans nos maladresses. Dieu qui la permet la fait entrer dans son plan. Son plan dans ces épreuves est de nous exercer dans la confiance aveugle. Habituez-vous à espérer contre tout espoir, du moment que Dieu vous demande telle vie intérieure ou telle vie d'action.
Oui, mon cher ami, c'est par l'union à Notre-Seigneur que tout se renouvelle. C'est le sang des veines qui fait vivre, c'est la sève qui donne les fleurs, c'est l'eau qui fait reverdir le gazon.
Ayez confiance en l'amour. Croyez au vôtre : Jésus le sent. Il vous manque un peu d'audace. Vous êtes de ces enfants aimants, mais craintifs, qui n'osent pas se jeter dans les bras de leurs parents pour peu qu'ils les voient préoccupés ou qu'ils se croient en faute.
Vous ne donnerez vos parfums que le jour où vous vous transplanterez dans un pays chaud. Il me tarde de vous y savoir. L'hiver actuel ne s'y oppose pas. Rompez avec vos habitudes de resserrement; ne vous étonnez pas de les rencontrer encore et d'en sentir l'impression froide. N'en tenez nul compte. Exprimez à Dieu ce que vous voudriez sentir, faire pour Lui, obtenir de Lui.
Je vois ici quelques bons prêtres qui sont pleinement entrés dans cette voie et qui font merveille. Je les vois
souvent les yeux pleins de larmes quand il est question de l'amour de Jésus. Ils font ainsi beaucoup de bien dan? leurs paroisses... « Ne pourrai-je pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles-là? »
Courage et joie ! -~
Mon bien cher ami,
Que je vous plains de vous voir dans un pays froid qui resserre votre cœur ! Vous feriez tant de bien à des âmes qui s'ouvriraient à vous! Il faut en effet qu'on vous fasse les avances, car votre timidité se replie dans sa coquille trop facilement. Faites contre cela tout ce que vous pourrez et acceptez humblement de ne pouvoir encore que peu.
Peut-être les souffrances causées par cette disposition pourtant combattue vous procureront-elles un jour des grâces d'action surnaturelle. Vous n'avez peut-être pas encore assez souffert, assez prié; assez offert à Dieu votre impuissance et vos désirs. Moins votre paroisse répond à votre zèle, plus vous devez accumuler les mérites de vos vertus et de vos sentiments.
Cherchez aussi dans l'intimité avec Jésus une consolation pour vous, un secours pour les autres. Il faut vivre, et l'on peut toujours vivre avec intensité. Les uns vivent de zèle, d'autres d'activité, d'autres enfin de courageuse et confiante résignation. Mais vivre, c'est respirer, renouveler ses forces, agir de quelque manière au dedans ou au dehors. Il ne suffit pas d'avoir la disposition de résignation; par exemple il faut l'affirmer souvent, en élever les motifs, la rendre agissante par un effort sur la prière toujours plus humble, plus abandonnée, plus sûre du bon résultat final qui sera la gloire de Dieu, s'il n'est pas toujours ce que nous nous proposons directement.
Oh ! mon cher ami, ne chercher et ne désirer que la gloire de Dieu, ne se régler que sur sa volonté, telle que nous pouvons la connaître, quelle ligne de conduite sûre
et haute ! Que ce soit celle de mon cher fils que j'aime et que je bénis tendrement !
Mon bien cher frère,
Une hardiesse totale envers Dieu, une hardiesse prudente envers les paroissiens. Il y a certainement quelque chose à faire. Prenez par un bout, comme dans la fable du champ à défricher. Quel dommage que vous n'utilisiez pas davantage vos grandes ressources de cœur et de piété 1
Les visites sont le moyen le plus efficace de gagner les sympathies. Visiter toutes les familles ou quelques-unes seulement? C'est affaire de prudence. Dans votre pays le curé serait-il bien reçu partout? C'est à vous d'en préjuger. De la hardiesse, en cas de doute.
Quelques prêtres font cela peu à peu et à. la faveur de diverses occasions, comme première communion de l'enfant, deuil dans la famille, etc.
Ne portez donc pas ce cœur gêné avec Dieu et craintif en face du devoir. Oubliez-vous. Faites ce que ferait saint François de Sales à votre place.
Mon bien cher frère,
Il faut que ce Carême marque un mouvement décisif hors de votre nature. Vous êtes un grand timide. Vous l'êtes aussi bien auprès de Dieu qu'auprès des hommes. Cette disposition vous arrête ou vous raidit. Vous ne parviendrez peut-être pas à la transformer en simplicité et en aisance, mais vous la forcerez à vous laisser agir selon ces deux modes nécessaires.
Il ne faudra pas vous décourager si, tout en agissant ainsi, vous ne parvenez pas à mieux réussir. L'insuccès
peut tenir soit au manque d'habitude de votre part, soit aux difficultés des circonstances. Soyez persévérant. Après une nuit d'infructueux labeur, jetez encore le filet. S'il se remplit, vous crierez au miracle, et si Dieu permettait qu'il revînt tout vide, vous vous trouveriez avoir fait tout autant, c'est-à-dire tout ce que le bon Dieu vous demandait. Le moine qui, chaque jour, arrosait un morceau de bois mort accomplissait l'ordre de son supérieur et donnait à Dieu la gloire d'une belle obéissance. Or, c'est à Dieu de choisir le genre de gloire qu'il entend recevoir de nous : à nous de la chercher par toutes les voies ouvertes. Cette recherche seule est déjà d'un prix éternel, mais finalement la bénédiction la suivra tôt ou tard.
De grâce ! réunissez régulièrement vos chers confrères : jamais il ne fut plus nécessaire de s'encourager mutuellement.
Mon bien cher ami,
Vos deux résolutions conviennent parfaitement à votre état : « Aller à Dieu plus filialement », voilà la vie, « aller aux hommes plus fraternellement », voilà l'expansion de cette vie. Le premier devoir rend le second facile : mettez-y une vraie application et ténacité. Je crois que l'examen particulier que je vous conseille vous fera grand bien.
Hélas ! mon cher ami, les temps malheureux qui se préparent ne changeront pas par eux-mêmes les conditions de notre ferveur, pas plus que ne le fait le changement d'habit quand on entre en religion; mais la gêne et les nécessités nouvelles contiennent de quoi se faire plus généreux et plus attaché à Dieu...
Rapprochons-nous de Dieu, restons humbles et dociles à l'Église. Ayons l'ambition filiale de consoler le divin Maître.
Mon bien cher ami,
Je sais parfaitement que, dans votre nouvel honneur, vous ne vous croirez ni meilleur, ni en réalité plus grand et que vous estimeriez bien davantage un degré d'amour que-vous donnerait le Cœur de Jésus. Usez de cet honneur pour prendre un peu plus d'assurance aisée et bienveillante toujours.
Je vois avec grand plaisir votre bonne impression à votre nouveau poste. Profitez de l'expérience acquise. On peut gagner beaucoup en changeant de lieu, parce qu'on s'affranchit de manières de faire et de manières d'être dont on n'oserait pas sortir sur place.
Maintenez jalousement votre vie intérieure; elle est la source du vrai bien. Sans elle, c'est le « cymbalum tinneiens », On attire peut-être, mais on ne retient pasv
Vous me paraissez comprendre la puissance des groupements. Les personnes pieuses de diverses catégories peuvent former des centres ayant leur vie propre et leur but spécial. Cultivons la générosité sainte des femmes. Si celle-là s'arrêtait, que deviendrait l'avenir?
Bien cher ami,
Je n'ose être trop sévère pour un proscrit, cependant je dirai franchement au pasteur qu'il doit sortir de ses goûts et de ses habitudes pour se livrer aux âmes. Vous auriez dû (mon jugement est peut-être sévère), vous auriez dû avoir vu déjà un très grand nombre de vos paroissiens, et j'ose dire que vous avez manqué aux désirs du divin Maître. Ne serait-il pas sorti lui-même à la recherche des brebis égarées? Ne vous a-t-il pas donné mission de le remplacer?
Beaucoup de familles vous auraient bien accueilli, et c'eût été un lien plus fort entre ces familles et l'Église. Si d'autres vous avaient mal reçu, c'eût été le profit de l'abbé A..., et cette acceptation paisible aurait attiré des grâces sur ces gens plus ignorants que coupables.
A notre époque, il faut toujours se remuer et ne pas se décourager. C'est la persévérance dans le combat qui fait remporter la victoire à une armée : « Insta opportune, importune. » Simplifiez votre ministère afin de vous réserver assez de temps pour les visites. Que vos visites soient courtes. J'ai connu un curé qui ne restait pas plus de cinq minutes dans chaque maison, mais qui s'y présentait à toutes les occasions de maladie, de mort, de deuil ou d'événements heureux. Il était aimé et avait une grande autorité dans sa ville, qui était, comme la vôtre, un chef-lieu d'arrondissement.
Quand on prolonge ces visites, on s'épuise, on s'embarrasse. Il vaut mieux se faire désirer. Parlez toujours des enfants, ou plutôt laissez les parents en parler. Savoir faire parler est un talent plus utile que l'éloquence.
Vous aurez peut-être à passer dans les maisons pour des souscriptions. Quel avantage si vous avez déjà fait une visite désintéressée! Je vous crois donc obligé, en conscience, à employer ce moyen de gagner les âmes et je vous recommanderais volontiers de marquer chaque soir le nombre de visites que vous aurez faites, en vous demandant quelles seront celles du lendemain.
Bravo 1 mon bien cher ami, allez de l'avant. Les âmes, sans le savoir, vous attendent. Ne vous laissez pas refroidir ni intimider par quelque déception ici ou là. Il faut toujours voir les choses dans leur généralité.
Et surtout oubliez-vous. Qu'il n'y ait plus l'être timide qui n'est qu'un homme, qu'il y ait surtout l'envoyé de Dieu.
Parlez beaucoup aux parents de leurs enfants : c'est le
chemin de leur cœur. Ne vous lassez pas de le faire. Apprenez à être bien libre dans vos mouvements et vos paroles, mais avec cette douce réserve qui rend cette liberté toute surnaturelle. C'est en aimant beaucoup qu'on s'oublie.
Il me semble qu'enfin vos gémissements se convertissent en résolutions. Oui, oubliez-vous et lancez-vous, tête baissée, dans toute l'activité du ministère. Puisque vos paroissiens vous accueillent avec plaisir, votre devoir est impérieux. Aucun prétexte ne vous en décharge, pas même celui de réserver du temps à vos études, je dirai même (passagèrement) à vos exercices de piété.
Quant aux instructions, habituez-vous à parler sans avoir écrit. Ici encore, oubliez-vous, ne regardez que vos auditeurs et la vérité que vous voulez leur inculquer. Parlez comme un père et sachez bien que les choses les plus simples sont les plus goûtées si elles sont dites avec cœur et relevées par quelques images ou traits.
Dans toutes vos prières et élévations vers Dieu, demandez la grâce de cet exode; plus aucune préoccupation de timidité. Dieu vous emprunte pour parler et agir. Ce n'est qu'une afl'aire de temps, vous vous habituerez à cette nouvelle manière d'être. Plus tard, elle vous sera naturelle.
Que l'amour si tendre du cœur de Jésus, qui vous a prévenu depuis si longtemps et vous presse de plus en plus, trouve enfin en son cher privilégié toute l'ardeur d'un amour agissant ! Vous vous plaignez souvent de vous sentir froid pour Lui I Qui sait s'il ne vous réserve pas dans la vie d'action ce qu'il donne parcimonieusement à notre vie trop retirée!' tJn petit feu se conserve à l'abri du vent, mais un plus grand feu en est au contraire alimenté. Votre feu ne craint pas le grand vent de l'action, il est bien pris et ne demande qu'à donner des flammes.
Bien cher ami,
Je me réjouis de voir votre santé s'affermir, mais il faut que votre vailkrtfce fasse les mêmes progrès. Vos paroissiens vous font un bon accueil; ils se plaignent de de pas vous voir assez ! Quelles bonnes conditions pour le succès de votre action auprès d'eux !
Oui, prenez l'habitude de faire beaucoup de visites courtes. Peu à peu les gens conçoivent pour le prêtre de l'estime, de l'affection. Alors commencent sérieusement les tentatives pour l'amélioration de l'esprit paroissial et pour les œuvres. Sans ce fondement préalable, on expose tout cela à un échec difficile à réparer.
Si vous croyez qu'en effet notre divin Maître demande que vous le portiez ainsi dans les familles, puisqu'il ne peut s'y présenter lui-même, voudriez-vous tromper son attente et laisser dans l'indifférence à son égard des âmes qui pourraient le connaître et l'aimer?
Gardez-vous bien de calculer un à un les résultats de chaque visite. Ne vous attendez pas non plus à voir la moisson surgir rapidement. Allez avec la certitude que Dieu vous dit d'aller et avec la confiance que vos efforts seront bénis.
Vous avez à vous défier du penchant qui vous porterait à une vie retirée et au soin personnel de votre âme. Défendez-vous de regarder même cette hypothèse. Il vous faut toutes vos forces; ces pensées les diminueraient. Le prêtre est essentiellement la continuation de Jésus. On désirerait mourir les armes à la main. Vous ne savez pas combien on souffre de ne pouvoir s'occuper directement des âmes.
Mon bien cher ami,
Depuis quelques mois les forces ont un peu repris, j'ai pu dire la messe plus souvent, et poursuivre le travail entrepris des méditations qui demanderaient bon nombre de volumes.
Vous au contraire, mon cher ami, vous vous élancez au dehors, et pour atteindre plus vite les âmes, vous accaparez les moyens nouveaux fournis par la science. Puisque l'effçt ne paraît pas devoir être fâcheux sur la population, vous faites très bien d'agir ainsi.
Suivez fidèlement votre programme : confiance filiale en Dieu, zèle confiant des âmes. Je ne cesserai de vous le dire, un peu de témérité réussit, ce qui répond à la devise de Danton : « De l'audace, encore de l'audace. » La psychologie confirmerait au besoin ce conseil.
Je ne sais si cette remarque s'applique à votre région, mais il me revient de plusieurs endroits que les populations s'adoucissent à notre égard et que plusieurs se -rapprochent même de nous. On voit des retours consolants surtout chez les hommes qui réfléchissent. L'Église est le bataillon carré qui tient bon et laisse passer la tempête des charges. Elle est le seul organisme parfaitement organisé et uni au milieu de la désorganisation de tout le reste, foules et sociétés. Nous sommes encore dans la nuit, c'est vrai, mais déjà quelques lueurs paraissent.
Il me semble (mais on se fait tant d'illusions !) il me semble que, si j'étais à votre place, je brûlerais d'aller vers mes froids paroissiens saùs tenir compte du peu de résultat visible et immédiat. Semer un peu de ciel dans une âme toute terrestre, donner quelque idée de Jésus à tant de pauvres gens qui l'ignorent, que tout cela me semblerait doux ! Puisque vous le pouvez, ô mon cher fils, réalisez ce qui n'est de ma part qu'un rêve. Ne croyez pas que votre action soit inféconde. Voyez ce qu'a fait celle de Jésus en
Judée. Ce qui tombe sur une terre même ingrale a chance de prospérer quand la prière l'accompagne.
Dilatez votre pauvre cœur qui aurait tant besoin d'amour et qui n'ose pas croire à celui qu'il porte à Jésus et à celui dont il est l'objet. Vous le connaissez bien pourtant ce Cœur si indulgent et qui se contente de si peu. Vous êtes plein d'amour sous forme de tristesse, et vous ne vous en apercevez pas. Oh ! « croyez à l'amour ». Que votre foi en lui soit téméraire, s'il le faut. Vous n'épuiserez pas son trésor de miséricorde !