LETTRES DE M. DE RIGAUD
AU
Montréal, le 20 août 1759,
Monsieur l’intendant mande à M. Martel que l’armée n’a des vivres que jusqu’au 15 ou 20 du mois prochain, qu’ainsi il est d’une nécessité indispensable d'accélérer la récolte dans le gouvernement de Montréal, d’y faire battre et moudre les blés pour les envoyer incessamment à l’armée, et il lui ajoute de me demander par écrit deux cents hommes, ce que ce commissaire vient de me faire.
Il n’y a point de différence pour la maturité entre les blés d'automne et ceux du printemps; les uns et les autres étant mûrs au point de s’égrener, Cette considération, avec la nécessité de pourvoir promptement au besoin de l’armée, m’a déterminé d'arrêter deux cents hommes des Trois-Rivières, arrivés hier sous les ordres de M. Couterot, et de les remettre à
* M. de Rigaud était le frère du marquis de Vaudreuil, gouverneur du Canada.
M. Martel pour qu'il en fasse une égale distribution dans les paroisses de ce gouvernement, en sorte néanmoins qu'on puisse, suivant vos intentions, les réunir aisément au besoin.
Les cent cinquante hommes que vous aviez destinés pour cette opération, ont déjà été mis en ouvrage par ce commissaire, et je ne doute point qu'avec l’empressement naturel qu'ont tous les habitants à sauver leurs moissons, les précautions que j'ai prises et les attentions qu'y porteront ceux que j'ai chargés de ce détail, la moisson ne soit bientôt faite dans ce gouvernement.
J'ai, suivant vos ordres, remplacé à M. de Bourlamaque lés cent vingt hommes devant et derrière que vous lui avez demandés, et qu'il a envoyés à M. de Vassan.
M. de lieauclair, avec le reste de son détachement, partira, je pense, demain de Lachine pour vous aller joindre. Si cependant vous jugez avoir besoin des deux cents,hommes du détachement de M. Couterot, vous n’avez qu'à donner vos ordres et ils seront exécutés.
J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.
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A Montréal, le 31 août 1759.
Je viens de recevoir une lettre de mon frère qui me marque qu’il ést de la dernière conséquence de faire faire toutes les récoltes ; que l’armée de Québec est au
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moment de n'avoir plus de vivres; que pour cela il faut que je mette tout en œuvre, non seulement pour faire récolter les blés, mais imême pour les faire battre tout de suite, pour pouvoir leur envoyer promptement des farines, n'ayant des vivres pour la subsistance de l'armée que jusqu'au 11 septembre, quoique tout le monde réduit à trois quarterons de pain; et, supposé que je n’aie pas assez de monde, de prendre tout celui qui est nécessaire des Rapides et même de l’Ile-aux- Noix. Mon frère me marque qu'il a l'honneur de vous écrire, sans doute à ce sujet; mais, n'ayant pas vu cette lettre, je pense qu’il l'aura oubliée sur son bureau.
Il y a longtemps que je marque à mon frère qu'il sera bien difficile avec aussi peu de monde qu'il y a dans ce gouvernement de pouvoir récolter tous les blés, et encore plus impossible de pouvoir les faire battre avec deux cent cinquante hommes qui ont été remis à M. Martel pour cela, dont partie est malade et déserté, et que deux hommes ne battent par jour que deux minots. 1len faut pour un mois de vivres à l’armée de Québec dix mille minots. Je lui ai annoncé que, non seulement il se perdra quantité de blé, mais qu'il ne doit pas non plus se flatter que l’on puisse fournir les vivres nécessaires à son armée au temps marqué,
Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien pour accélérer cette besogne qui est de la dernière importance, m'envoyer trois à quatre cents hommes promptement, pour les distribuer dans ce gouvernement ; sans quoi l’armée de Québec va se trouver au 15 de l’autre mois sans une livre de farine. Si vous avez la bonté de m'envoyer le monde que j'ai l'honneur de vous demander, je vous prie
d'en donner la conduite à un officier pour le remettre ici avec le rôle, et, autant que vous le jugerez à propos, de prendre de préférence des hommes de ce gouvernement, de toutes les paroisses, parce que ceux du gouvernement de Québec et des Trois-Rivières désertent journellement à ne pouvoir pas les tenir.
Les Abénaquis de Saint-François ont arrêté le 24 de ce mois deux officiers anglois et sept Loups, qui leur ont présenté des paroles de la part du général Amherst pour rester sur leurs nattes. Mais le principal objet de la mission de ces officiers étoit de porter des lettres de M. Amherst au général Wolfe, On n’a pas pu avoir ces lettres ; les officiers ainsi que les sauvages, à ce que l’on dit, se voyant arrêtés, ont mangé leurs lettres,
M. de Bourlamaque m'a envoyé hier au soir un officier de Rogers, qui commandoit un parti de sept hommes (sic) qui ont été défaits par de nos sauvages. Cet officier dit que les Anglois font un fort sur la hauteur de Saint- Frédéric, et qu’ils construisent un brigantin de dix-huit à vingt pièces de canon.
J'ai l'honneur d’être avec respect, etc,
Montréal, le 1‘ septembre 1759.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30 août. Le sieur Blondeau m'a remis le prisonnier anglois,
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Si vous ne pouvez pas m'envoyer les trois à quatre cents hommes que j'ai eu celui de vous demander par ma dernière lettre, conformément à ce que mon frère m'a marqué, nous sommes ici dans l'impossibilité de pouvoir envoyer à Québec de quoi faire subsister l’armée, faute de monde pour faire battre le blé, Je lui en ai rendu compte ; c’est sur cela sans doute qu’il m'a marqué d’en tirer ce qui seroit nécessaire des Rapides et même de l’Ile-aux-Noix, Mais M. de Bourlamaque m'écrit qu’il est toujours incertain si le général Amherst viendra l’attaquer ou non, et qu'il n’est déjà que trop fuible de monde pour résister à dix ou onze mille hommes qui en peu de temps peuvent être sur lui.
M. Martel m'a envoyé demander la déposition de plusieurs prisonniers que des sauvages ont faits près du Moulin-à-Foucault, pour en tirer copie et vous l’envoyer, comme je comptois le faire.
Ila fallu envoyer ces jours-ci trois cents quarts de farine à Québec. Nous n’en n'avons presque plus ici pour la subsistance journalière, J'ai donné:ordre qu'il vous fût envoyé cent vingt-six quarts de farine et quarante-cinq de lard qui étoient à Lachine, lesquels partiront demain et seront conduits par les quarante-huit hommes que vous avez envoyés pour cela.
J'ai l'honneur d’être avec bien du respect, etc.
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A Montréal, le 6 septembre 1759,
Je vous envoie, mon cher chevalier, une lettre que mon frère me marque de vous faire passer par une occasion expresse,
Je pense que vous avez tout le temps de vous bien ennuyer à votre Ile-aux-Galops ; je ne le crois pas un fort joli séjour; mais il vous faut de la patience ; et songez à conserver votre santé.
J'ai l'honneur d'être parfaitement, etc.