‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 9 sur 54 · NA · texte numérisé non relu

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fait manquer la troisième, s’en étant chargé et ayant oublié de la remettre à Lusignan. Je crois que les occasions pour France sont à présent à Batiscan; je voudrois bien savoir quelque chose à cet égard pour avoir mes pièces préparées à temps.

Le soldat Dorseval, pour lequel M. Boileau m'écrit de votre part, est un être qui m'est inconnu, et toutes les recherches que j'ai faites ne m'ont rien découvert,

J'ai reçu ce soir vos lettres, et ce matin j'avais pris un permis pour l'enlèvement de mon équipage qui m'a été accordé très gracieusement, avec liberté d’emporter toutes sortes de provisions. Excédé de fatigues et de dégoût, je n’aspirois qu'à m’aller ensevelir dans une case et y rêver philosophiquement, Mais je vais suspendre cette résolution pour quelques jours, quoique je ne vois plus de nécessité pour moi à rester ici, On est ferme de part et d'autre sur les malades entrés du 13; l'hôpital est bien approvisionné, au bois près, et il fant attendre les gelées. Nous n'avons plus ici [que] vingt malades à la ration du Roi, les officiers exceptés. Quant aux difficultés qui pourront survenir, je crois que j'y serai de peu d'utilité, à moins que pour cet hiver on ne fit quelques arrangements pacifiques et de tranquillité,

Depuis le départ de M. Monckton, j'ai eu les difficultés de changement d'opinion. C'étoit peut-être la nouveauté du commandement, Mais les choses, peu à peu, se sont beaucoup mieux humanisées, et je crois que, de notre côté, nous devons continuer sur les mêmes principes. J'aimerois mieux avoir une heure d’entretien pour m'expliquer que toutes les lettres du monde,

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J'ai donné à Crèvecœur deux cent quarante livres ; je ne pouvois moins faire pour nous en débarrasser, D'ailleurs, il ne seroit et ne pouvoit partir sans ce secours, Il m'a laissé un état de ses dettes actives et passives.

Le vaisseau espagnol a touché si rudement à Saint- Augustin, qu’en arrivant ici il a été condamné ; sans quoi on l’auroit laissé aller sans molestation. On lui a donné vingt charpentiers pour essayer de le radouber, mais en vain ; M. Murray eu est très fâché ; ces Espagnols lui sont à charge.

Demain, je donnerai un mémoire * pour proposer la liberté de nos messieurs du 13, en remettant la décision de leur sort à ce qu’en décideront les commissaires des deux couronnes pour la balance et l'échange des prisonniers, … mais je doute qu’il ait quelques succès.

Je remettois à mes premiers moments de liberté hors d'ici à mettre mes papiers en ordre; cependant voici la date de la mort des officiers dans cet hôpital +.

Mes lettres ci-jointes à M. de Vaudreuil et Monsieur l'intendant vous rendront compte, mon général, de mes autres détails, Tous nos messieurs se rétablissent à vue d'œil. Les soldats, À mesure qu'ils guérissent, prennent la clef des champs.

J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.

* Voir plus loin, pièce XV.

t Pièce suivante,

État des officiers morts à l’Hôpital- Général

Régiments :

Languedoc : M. de Marillac, capitaine, le 20 octobre, M. Cornier, capitaine... 5 octobre.

M. De Grave, capitaine. 24 octobre.

M. Dupont, lieutenant... 16 septembre.

M. Fouquet, lieutenant. 11 octobre.

Béarn : M. de Maubeuge... 12 octobre.

Guyenne :

COPIE DU MÉMOIRE ADRESSÉ À M. MURRAY PAR M, BERNIER, LE 6 NOVEMBRE 1759

Le commissaire des guerres a l’honneur d'observer : Son Excellence :

1° Que M. de Braux et les autres officiers du 13 septembre tombent dans le plus grand malheur qui puisse arriver à un officier, Leurs cadets vont leur passer sur le corps, et ils perdront leur avancement, peut-être pour bien des années, suivant la constitution du service francois qui ne permet pas de passer d’un régiment dans un autre, ni d'acheter des grades et des emplois.

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Ils sont encore peut-être dans le cas de rester sans appointements, suivant la rigueur de l'ordonnance, soit qu'on les considère comme prisonniers ou comme absents de leur corps.

2° Son Excellence les sauve de ce malheur en leur rendant leur liberté, et remettant la décision de leur sort à ce qu’en décideront les commissaires des deux couronnes lorsqu'ils règleront la balance des prisonniers réciproques.

3° La dernière guerre offre plusieurs exemples où les généraux ont rendu la liberté à des officiers, uniquement par considération pour leur fortune. Le sieur commissaire en a vu un exemple en Angleterre sur un officier dans la position de M. de Braux, lorsque les deuf couronnes étoient en différend sur le sort de ce qui étoit pris avant la guerre déclarée; cet officier demanda sa liberté à la cour britannique et l'obtint.

4 Si Son Excellence adopte ce tempérament, le sieur commissaire, en vertu de ses pouvoirs, dressera un acte pour laisser aux deux cours la décision du sort de ces officiers, quoique déclarés libres par Elle, et il espère que cet acte ne pourra que plaire à la cour britannique lorsqu'il ne roulera que sur une action de générosité.

5° Cet arrangement d’ailleurs est dans l'esprit dès articles 2, 19 et 26 du cartel, où ceux qui l'ont rédigé ont mis toutes les faveurs possibles pour l'officier.

6° Le sieur commissaire a l'honneur d'observer à Son Excellence que quelques officiers ne décident point pour l'avantage des armes ; on les remplace facilement. Eux seuls en souffrent, tandis que le cas des soldats est bien différent,

7° Que M. le marquis de Vaudreuil ne peut absolument pas changer de terme. Il poutroit donner la liberté de son plein mouvement à vingt officiers, comme , il en a usé envers Messieurs les garde-marine, plutôt que de se prêter à un autre tempérament pour un seul: officier. Son Excellence connoît toute la différence qu’il y a entre une action noble et une qui porteroit un caractère de foiblesse,

8° Le sieur commissaire, chargé par état et par ordre exprès de travailler à éloigner le malheur où ces officiers vont tomber, ne sauroit trouver d’autre medium où Son Excellence puisse agir d’une manière agréable à la cour et plus conforme à la bonté de ses sentiments.

(Sans signature).

6 novembre 1759.

Je viens d'envoyer au général anglois le mémoire dunt j'ai parlé. Je ne traite rien que par écrit, et j'en joins ici la copie, par laquelle vous verrez sur quel pied je travaille *.

Cette affaire seroit peut-être terminée sur ce medium, si ces messieurs n’avoient pas été s’ingérer dans leur affaire et tenir des propositions dont ils ne sentent pas la conséquence.

* Pièce précédente.

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M. de Braux, qui est celui qui y est le plus intéressé, me touche d'autant plus qu’il le sent le moins, parle d’une façon peu louable : tantôt c’est plainte sur celui-ci, tantôt sur celui-là; tantôt il veut quitter le service pour n'avoir plus de supérieurs, En général, je n'ai qu’à me plaindre de toutes leurs inconséquences.

Messieurs les généraux anglois paroissent donner une facilité extrême auprès d’eux, sans paroître y entendre finesse, et on est la dupe, si on ne se réserve pas d'autant,

Je serois fâché, mon général, que vous fissiez d'autre usage de ceci que de me plaindre dans ma mission; et je ne désire me tirer de l'hôpital que pour ne pas entendre davantage mille propos qui ne décideroient pas une affaire. Je l'ai dit: l’oisiveté est un grand vice, et la maladie rend chagrin.

(Sans signature).

P. S.—Je n'aurai peut-être pas réponse à mon mémoire de deux jours ; c’est l'usage ici,

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