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A Montréal, le 17 septembre 1759.
J'ai l’honneur de vous adresser une lettre que j'ai reçue et que j'ai décachetée, J'ai reçu celle que vous m'avez écrite en route, J’avois, dès hier, fait partir les bateaux pour vous porter les balles et outils que nous avons pu ramasser, J'ai envoyé un commis à Saint- Jean pour vous faire passer de suite quatre cents pioches. Les pelles que.je vous envoie sont de bois, n’en ayant pas d’autres. J’y ai joint trente milliers de balles, dont vingt de petites. Je ne sais pas le sort de notre artillerie ; mais je suppose tout perdu, J'ai écrit à M. de Louvicourt pour mettre en état les affûts des pièces de 18 et de 12 pour campagne, et que, s’il manque de charpentiers et de forgerons, on les lui fera passer afin que le tout soit prêt le 20 octobre. Je pense qu'alors les Anglois auront renvoyé leurs vaisseaux et se seront restreints à la simple garnison de Québec, savoir même s'ils ne le raseront pas. Je le croirois assez, et, s'ils ne le font pas, je crois que pour ménager les vivres, nous serions forcés de tenter une entreprise sur cette capitale, s’ils ne laissent que trois à quatre mille hommes. Nous pourrions faire alorsle siège. Quand ils ne seront plus secondés de leur marine, nous ferons ce que nous voudrons. En réussissant, nous trouverions des vivres et nous renverrions la garnison par Saint-Frédéric. S'ils vouloient s’en aller, cela vaudroit bien mieux. Nous ne
serons jamais en état de fournir un corps pendant l'hiver, pour s'opposer aux incursions que pourroient faire les garnisons de Québec et de Saint-Frédéric.
Je vous envoie l’état des vivres de l’Ile-aux-Galops. Il faut que vous fassiez décider Monsieur le général sur le nombre d'hommes qui y resteront au premier octobre, sans quoi la subsistance ne pourra leur être fournie, Je pense qu’alors quatre cents hommes au fort, deux cents pour les barques, seroient assez jusqu’au 15 ou 20 d'octobre, et alors de réduire le tout à trois cents au plus pour la garnison, On va commencer à mettre des farines en quarts pour l'approvisionnement, ne pouvant y envoyer des farines brutes qui seroient perdues,
Je crois que l’armée aura eu une grande joie de vous voir, Quel malheur que v :; n’y ayez pas été! La colonie seroit à présent , point d’être débarrassée, Je ne sais qui de nos iuessieurs commande l'artillerie ; je pense que c’est M. de Montbeillard. Je ne sais même s’il nous en reste, n'ayant pas reçu un mot de lettre d'aucun, Ce n’est pas le moyen que le service se fasse, s'ils ne me rendent pas de comptes. Ils y avoient sans doute été accoutumés par feu M. de Montcalm.
Je désirerois bien pouvoir être de quelque utilité à l’armée et être à même d’y servir avec vous. Je compte que vous vous serez retiré à Deschambault, pour vous ôter l'inquiétude d’être tourné par les frégates angloises, que vous aurez fait sonder le passage du Richelieu, que vous en aurez rétréci le passage, et peut-être fait établir une batterie sur une des îles du Richelieu pour n'avoir
point d'inquiétude sur les derrières. Continuez-moi, je vous supplie, votre amitié.
Je suis avec un très respectueux attachement, etc,