LE CHEVALIER LE MERGCIER
P.S. — Je vous prie de remettre cette lettre à M. des Méloises,
A Montréal, le 27 septembre 1758.
Je n'ai rien eu de si pressé, après la réception de votre lettre, que de sonder Monsieur le général sur ce qui vous convenoit; mais il me paroît dans l’idée que les Anglois iront cet automne à Carillon, ce qui fait qu'il vous verroit avec regret partir de Carillon. Je ne suis point étonné du mouvement que vous avez ressenti à la nouvelle que les Anglois ne sont plus à Chouaguen et que les barques sont brûlées ; vous devez ces sentiments à la colonie, par ceux que ses habitants ont conçus pour vous.
- Monsieur le général me paroît si persuadé que les Anglois attaqueront à Carillon, qu’il dit que, quand même on lui diroit qu’ils s’en retournent à Lydius, il ne le croira que quand on les verra se retirer de ce dernier fort. Il s’est donné tous les mouvements qu’il a pu pour avoir des sauvages dans l’occasion ; mais il en étoit parti un gros parti pour le fort Bull, avant que M. Duplessis eût reçu ses intentions à cette occasion,
Je prévois que la saison sera bien avancée lorsque vous aurez du positif sur les desseins des Anglois, et que avant que vous soyez ici, ce seroit un voyage dur que d’aller à Frontenac. D'ailleurs on n'aura personne à vous-donner pour vous y faire aller convenablement ; il seroit difficile que vous pussiez tirer parti d’un voyage aussi pénible. ;
Pour ce qui est de la connoissance du local, vous êtes, Monsieur, de ces hommes qui ont une notion assez
LETTRES DE DIVERS PARTICULIERS 103 dre inenmllirsnpolihiiherienestaisrsmmsataens grande de nos frontières pour n'avoir aucune inquiétude de ce côté. Vos lumières vous mettront à même d'opérer partout où on vous enverra, aussi bien pour le moins que d’autres qui croiroient avoir l'avantage d'avoir vu sur vous (sic). Pour moi, partout où vous irez, je serai très flatté de vous accompagner, de servir
-sous vos ordres et de partager avec vous les hasards, soit
en hiver ou en toute autre saison, et je suis persuadé que partout où vous commanderez, nos armes prospèreront, ou tout au moins que nous y servirons avec honneur. Adieu, Monsieur le chevalier, soyez bien persuadé que s’il dépendoit de moi de faire naître des occasions à Monsieur le général, je les saisirois; mais il les désire si sincèrement que je suis convaincu qu’il en enfantera pour vous.
Continuez-moi, je vous prie, votre amitié; je la mérite par les sentiments du sincère attachement et du respect avec lequel je suis, etc.
A Montréal, le 29 septembre 1758.
Je réponds à la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 27, J’ai vu le déserteur et sa déposition, Il a subi devant M. de Vaudreuil une nouvelle interrogation. Ilne s’est en rien coupé qu’en mettant un bataillon de plus au lac Saint-Sacrement, Il circonstancie d’ailleurs tant de particularités que Monsieur le
général n'ose douter sur leur mouvement. Il dit que plus il y réfléchit et plus il se voit dans l'obligation de faire un effort pour faire passer des secours à Carillon sans attendre d’autres nouvelles, Il fait partir demain pour mettre en mouvement les hommes du gouvernement des Trois-Rivières, et va de suite faire marcher ceux de celui-ci. Il est vrai qu’il n’en pourra tirer une grande quantité, Il fait également ses efforts pour vous faire passer le plus de sauvages qu'il pourra; mais la plus grande partie est actuellement du côté du fort Bull. | . Je lui ai fait part de votre lettre, ainsi que vous me le marquez ; mais, malgré cela, il persiste toujours dans sa religion (sic). Il aime encore mieux faire un faux mouvement que de faire parvenir du secours trop tard.
Nous serons, comme vous l’observez très bien, Monsieur, dans quinze jours plus savants qu'aujourd'hui. Je souhaite bien qu’ils ne viennent pas; mais, s'ils ont à le faire, que ce soit avant la mauvaise saison tout à fait. Il ne fera pas bon sous la toile dans un mois,
Peut-être le retour de nos deux partis nous donnerat-il du positif, M. Abercromby me paroît un maître homme, s’il leur fait faire la guerre pendant l'hiver. Si les dépositions sont vraies, il y a bien des vivres. Ils en charroient encore ; on raccommode des bateaux ; on construit des galères; et les glaces vont se former sous six semaines ; on amène du canon de 24; on a vingt à vingt-cinq mortiers ; il est évident que toutes ces choses donnent à présumer qu’ils ont encore envie de se mesurer, Je serois déjà parti pour vous aller joindre,
si Monsieur le général eût voulu me le permettre ; mais à la confirmation, je renouvellerai mes instances.
Je vous remercie, Monsieur, de la confiance que vous voulez bien me témoigner; je n’en abuserai jamais et je mettrai tout en usage pour vous convaincre des sentiments d’attachement et de respect avec lesquels je suis, etc. \
Montréal, le 15 septembre 1759.
Au moment de votre départ, nous avons reçu des nouvelles d’Oracointon. Il me paroît que le fort de Lévis étoit déjà à cinq pieds de hauteur partout ; conséquemment en état de se défendre. Vous verrez tous les détails, ainsi je ne vous en parle point. MM. Desandrouins et Beauclair ne pensent pas devoir être attaqués, Despinassy me marque que notre canon est en batterie ; cela nous donnera le temps de partir si l'ennemi y vient; mais nous ne ferons point de fausses démarches, Je vais m'occuper de tous les objets que vous m'avez ordonnés. J’ai décacheté une lettre de Monsieur l’intendant. pour vous, dans laquelle il y en avoit une pour M"° Chabert que je lui ai remise moi-même.
Je suis dans une grande impatience de savoir des nouvelles de votre jonction et de la position de notre armée.
Je suis avec un très sincère et très respectueux attachement, etc.