LETTRE DU CHEVALIER DE MONTREUIL
AU
À Jacques-Cartier, le 15 septembre 1759,
Vous n’ignorez pas le danger évident où est la colonie, la perte d’une bataille et de notre géuéral de terre le 13 de ce mois, Votre présence, Monsieur, est indispensable dans cette partie, quand même celle des Rapides seroit dans le plus grand danger.
Les ennemis débarquèrent le 13 à quatre heures du matin à l’Anse-au-Foulon, On avoit annoncé à tous les postes l’arrivée d’un convoi de vivres pour cette nuit, Nous avions cinquante hommes à un petit poste près de Samos, sous lequel passèrent dix-neuf berges à portée de pistolet. On les laissa passer, comptant que c'étoit le convoi. Nous avions cent hommes aux ordres de M. de Vergor à l’Anse-au-Foulon; il les laissa
* Le chevalier de Montreuil était capitaine des grenadiers au régiment de la Reine. Plus tard il devint lieutenantcolonel et aide-major général.
débarquer sans opposition, Mais ce poste, ayant reconnu l'erreur, tira quelques coups de fusil en s’enfuyant, L'ennemi se forma sur la hauteur. Il avoit un corps d'environ quatre mille hommes de leurs meilleures troupes. Il s’empara des environs de la côte d'Abraham, Notre armée, dont M. de Bougainville avoit l'élite, savoir les cinq compagnies de grenadiers, les volontaires de Duprat, cinq piquets de troupes de terre, la réserve de Repentigny et des détachements de la colonie, marcha, et étant arrivée en présence des ennemis à une forte portée de coups de fusil et formée en bataille, M. le marquis de Montcalm, voyant que le secours de M. de Bougainville n’arrivoit point et que l'ennemi se retranchoit, donna l’ordre d'attaquer, dans la crainte qu’en attendant plus longtemps il ne pourroit le déposter, Les troupes s’approchèrent de bonne grâce à une demi-portée de fusil. Elles tirèrent malheureusement, L'ennemi ne s’ébranla point et fit un feu très vif de mousqueterie et de canon à cartouche, auquel elles ne purent résister. Le désordre s’y mit au point qu’on ne put pas le remettre, M. le marquis de Moncalm fut blessé à la retraite et mourut hier à Québec, qui doit être aujourd'hui ou demain au pouvoir des ennemis. Le détachement de M. de Bougainville n’arriva sur le chemin de Sainte-Foye à portée et en présence des ennemis qu’à midi ou à une heure, ayant été averti tard par la chaîne de postes qu’il avoit établie depuis l'Anse-des-Mères jusqu'au Cap-Rouge, où il étoit avec les compagnies de grenadiers, Enfin, Monsieur, il n’y a que vous qui puissiez, par votre présence, remédier aux
malheurs qui nous menacent, Honorez-moi de vos bontés.
Je suis avec respect, etc.
CHEVALIER DE MONTREUIL, il L ee il % h P. S.— Je vous fais passer cette lettre par une At occasion qui part avant l’arrivée de M. de Vaudreuil, LUE AE qui fera partir un courrier tantôt. Mon général, en f QE . . $ grâce, venez en diligence. Je n’ai pas le temps de vous en dire davantage. Je suis navré de douleur. M L'affaire se passoit à dix heures.
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