‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 27 sur 54 · AU · texte numérisé non relu

AU

A Niagara, le 5 mai 1759,

Nous voici arrivés le plus heureusement qu’on put le souhaiter, le 30 avril, et Montigny le 2 mai. Depuis ce moment, il fait toujours des gros temps et vents dans le sud-ouest, Vous avez appris les nouvelles de la rivière de Chouaguen par l'arrivée de M. de Villejoin ; cela est assez conforme à ce que me disent des sauvages qui viennent de chez Johnson. Les chefs tsonnonthouans et goyogouins m'ont fait dire qu’ils me venoient voir ainsi que les Loups.

* Le capitaine Pouchot, du régiment de Béarn, fut chargé, en qualité d'ingénieur, de bâtir le fort Niagara. Ille défendit bravement en 1759 jusqu’à la défaite de l’armée envoyée à son secours. Il défendit avec non moins d'éclat, l'année suivante, le fort Lévis contre l’armée du général Amherst qu'il arrêta pendant plusieurs jours. Après son retour en France, il alla périr en Corse sous la balle d’un guérillas.

J’ai eu jusqu'ici presque tous les jours des nouvelles de M. Des Ligneris qui est encore à son poste, et j’espère que ce sera lui qui dénichera les ennemis, Vous verre:, Monsieur, par les dépositions des prisonniers que j'envoie à M. de Vaudreuil, que je puis l’espérer. Je n’attends que le retour d’un parti que j'ai dans la rivière de Chouaguen, et qui doit arriver incessamment, pour faire partir et mettre M. Des Ligneris en état d'agir avant que les ennemis aient des secours. J'’ose à présent bien augurer de cette partie. Dieu veuille qu’il en soit de même par en bas! Vous aurez sans doute des nouvelles de France à la réception de ma lettre. Il parott par tout ce que je puis conjecturer, ou que les ennemis en veulent bien sérieusement à Québec ou Carillon, ou qu’ils ont quelques embarras chez eux que nous ne connoissons pas encore, Ils se mettront en campagne de bonne heure de vos côtés. Ils marchent actuellement pour leurs rendez-vous, Vous connoissez parfaitement la partie de Carillon, ainsi j'espère bonne issue, ou qu’ils ne nous y feront pas grand mal.

J’ai ici bien de la besogne; j'en ai trouvé assez de faite, mais comme de quelqu'un qui n’y entend rien. Cela me fera quelques doubles emplois. J’ai cependant dit que tout cela étoit bien ; à moi à chercher le remède. Je compte qu'avant qu’il soit longtemps, je pourrai vous donner des nouvelles de la Nouvelle-Angleterre; tous les sauvages paroissent bien disposés. Jusqu’aux Têtes- Plates qui ont envoyé des colliers pour que nos nations fassent la paix avec eux, et s'offrent de faire la guerre à l’Anglois dont ils paroissent mal contents,

Mais, si l’on ne nous envoie pas du papier, nous n'écrirons plus ; il n’y en a pas une main ici.

Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien m'’accorder la continuation de vos bontés; je tâcherai toujours de les mériter par mon attachement à tout ce qui pourra vous regarder.

Je suis avec respect, etc,

A Niagara, ce 27 juin 1759,

J'adresse à Monsieur le général les paroles des chefs du village de Sonnechio ; ils paroissent fâchés et s’excusent sur ce qu'ils n’étoient pas les plus forts. La Miletière a été emmené malgré leur opposition, et ils ont bien eu de la peine de sauver Joncaire, qui n’est pas encore rendu ; mais il ne se perdra pas. Il y a eu un engagé de Chabert tué. Ils ont pillé ses effets et brûlé sa cabane. Voilà une mauvaise levée de boucliers de la part d’une partie des Iroquois, qui fait peur à nos affectionnés, J'attends la décision de Monsieur le général pour savoir comment il veut que je me conduise vis-àvis eux, Ils détournent aussi autant qu’ils peuvent nos nations d’aller en guerre ; ils ont dit à de nos Mississagués, qui alloient au fort Bull, qu’ils étoient loués des Anglois pour les empêcher de passer,

M. Des Ligneris me mande qu’on lui annonce six mille Anglois pour la Belle-Rivière, et qu'il y en a à

présent six cents au fort Pétersbourg, où ils tiennent conseil ; qu’il y a déjà de toutes nos nations qui s’y sont rendus ; qu’ils débitent que, si nous voulons nous en retirer, ils repasseront les montagnes, sinon qu’ils attaqueront le fort Machault.

M. Des Ligneris fera quelques partis sur les convois ; mais je crains d’être obligé de tout faire revenir avant que tout le monde l’ait joint ; car les nouvelles sauvages m'annoncent qu'ils descendent actuellement la rivière. Je ne puis cependant faire faire aucun mouvement que je ne sache en quoi consiste ce corps de troupes. J'ai mandé à M. de Portneuf d'arrêter à la presqu'île tout ce qu’il lui arriveroit de François et de sauvages, pour être à portée de les faire venir à la première nouvelle que j'aurai.

Notre plus grand malest les vivres, dont nous sommes très courts. Si l'on ne nous en fait pas passer de bien bonne heure, notre armée sera obligée de se débander à la garde de Dieu. J'en avertis Monsieur le général, Si vous pouviez, Monsieur, nous obtenir quelque chose. Je suis avec un profond respect, etc.

Page 1