‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 3 sur 54 · cu · texte numérisé non relu

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M. de Grave n’a point eu la cuisse coupée ; mais il n’est pas bien.

Au dos de cette pièce est écrit : Papier que M"° Gauthier est priée de remettre de la part de M. Bernier.

20 octobre 1759,

Les lettres ci-jointes pour Monsieur l’intendant et pour M. le marquis de Vaudreuil, vous feront voir les détails différents qui leur sont relatifs et dont j'aurois à vous rendre compte.

Quunt À ma lettre à M. de Vaudreuil, j'ai cherché à la rendre la plus douce qu’il m'a été possible, et de faire sentir tout l'amer de l'entretien que j'ai eu avec le général anglois. Malheur aux vaincus et aux foibles ! Rien ne peut peindre l’idée où ils sont de M. de Vaudreuil ou du conseil qui le gouverne. La prudence et la modestie ne me permettent pas de répéter ce qu'ils en disent, Ils le regardent comme aimant le sang, cherchant à tromper, donvant des paroles qu’il ne veut point tenir, et voulant la ruine du pays. Je ne doute pas que vous n’appreniez les mêmes choses d’ailleurs ; sans cela je craindrois de passer pour imposteur, Le pire est qu’à ces paroles ils joignent les menaces.

J'aurai l'honneur de vous dire mon opinion par une comparaison. Les Anglois ne pardonnent pas à M. de Montcalm d’avoir fait mauger à sa table un officier pris par des sauvages, et de l'avoir livré, après le repas, à ces mêmes sauvages, qui l'ont fait souffrir horriblement et lui ont coupé l'oreille ; ils disent que c’est la barbarie la plus cruelle et la plus raffinée ; qu’il auroit été moins cruel de ne pas voir cet officier, de le laisser à son malheureux sort, que de lui faire des caresses et le livrer

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ensuite à des bourreaux; c'est l'unique chose qu'ils reprochent à notre général,

La vérité de ce fait supposée, ce que j'ignore, quand les sauvages amènent des prisonniers, M. de Vaudreuil est dans l'usage de leur donner audience, d'interroger ces prisonniers, quelquefois de les faire boire et manger, ensuite de les laisser aux sauvages qui en usent mal, De là, ils jugent que c’est par sou ordre, qu'ils ne paroissent en sa présence, non pour obtenir un sort plus doux, mais pour être exposés à plus de maux, Ces malheureux rendus ensuite à leur patrie content des horreurs, Dans un pays où tout s'imprime, cela fait une impression étonnante, Je ne décide point si cette politique est boune et nécessaire; mais c’est une idée innée dans l’homme qu'un malheureux et un innocent qui vient en la présence d’un grand y doit trouver son salut, comme un criminel conduit au gibet, qui rencontre le Roi en chemin, obtient sa grâce. Je ne sais sije me trompe, mais c’est sûrement là la base de l'opinion où je vois tous les Anglois sur M. de Vaudreuil, opinion très fausse assurément, et qu’il mérite moins que personne.

Enfin, mon général, vous ne voyez dans ma lettre à M. de Vaudreuil que l'ombre du tableau de l'entretien d'aujourd'hui; ce que je puis dire c’est que l'humeur va se mettre de la partie, et produire peut-être des représailles, Ce général a été jusqu'à me demander si j'avois insisté dans mes lettres.

Le renvoi de ces envoyés me paroît comme un prélude nécessaire, L'affaire va au cœur, et ce que j'ai appris, c'est qu'un des deux, M. Kennedy, est parent

de M, Murray et fort proche. J'ai eu l'honneur de vous marquer l'espèce de nécessité à les envoyer ici, à moins d'un inconvénient très grand et que je ne pense pas.

Aussitôt votre dernière reçue, je l’envoyai avec une de moi, dont je joins ici la copie *, La réponse que j'ai eue verbalement est: qu’un chirurgien n'est pas un homme qu’on engage et qu'on fasse servir de force ; que, ne portant pas les armes, il peut prendre partout service, si le besoin l'y force ; et il m’a paru qu'on se soucie peu qu'il reste ou qu'il revienne.

L'article touchant les envoyés, où vous dites que vous souhaitez que cette affaire puisse s'arranger, lui a fait dire : “Je ne doute pas des sentiments (le M. le chevalier de Lévis et tels qu'en doit avoir un homme de sa naissance, mais de qui M. de Vaudreuil prendil donc conseil” ? Cela lui a fait regarder la détention de ces officiers comme décidée, puisque vous ne pouviez que des souhaits.

Il m'avoit dit qu’il laisseroit partir M. de Privat; il l'a révoqué et m'a ajouté qu’il retenoit tout le monde, prisonnier ou non, jusqu’à la réponse de M. de Vaudreuil,

Il ne me reste, mon général, qu'à vous prier de trouver bon que je me retire, aussitôt les goélettes reparties, Ma santé souffre, depuis longtemps que je fatigue, et, comme la saison devient impraticable pour voyager et la vie partout difficile, je vous prierois d'agréer que j'aille m'ensevelir jusqu'au temps des

* Voir la pièce suivante,

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glaces chez le curé de Beauport qui m'offre un asile, J'en préviendrai Messieurs les généraux anglois, afin d'être là sous le droit des gens. La vie dans un hôpital, en outre, n’est pas une chose à soutenir longtemps, et, après les goélettes, je pense ma mission finie,

J'aurai l'honneur de vous écrire touchant les ordres que je vous supplierai de donner à Messieurs les najors pour les revues dans cet hiver, ainsi qu'en usoit M, le marquis de Montcalm.

Je prends la liberté de vous recommander mon domestique porteur, et surtout pour avoir mon cheval, étant à pied.

J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.

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