LETTRES DE M. DE MALARTIC
AU
CHEVALIER DEF LÉVIS
De l'Hôpital-Général de Québec, le 17 mai 1760,
(Voir Lettres de Lévis, p. 310).
* M. de Malartic, capitaine aide-major au régiment de Béarn, était, au dire du général de Lévis, “ un officier de distinction, ayant de la naissance, du talent, et propre à tout ce qu’on voudra faire pour lui, blessé à Carillon et en dernier lieu le 28?’ (bataille de Sainte-Foye).— Lettres de Lévis, p.436. Il devint lieutenant-général des armées du roi, commandeur de Saint-Louis et gouverneur de l’Ile-de-Fr..nce, où il mourut en 1800. M. de Malartic a laissé un Journal de ses campagnes au Canada, rempli de précieux renseignements.
Quelques-unes des lettres contenues dans le manuscrit des Lettres de divers particuliers sont des doubles de celles qui ont déjà été imprimées dans le volume des Lettres du chevalier de Lévis. Nous y renvoyons. Il y en a d’autres qui s’y trouvent également, mais pas en entier; nous les publions ici au complet.
De l'Hôpital-Général, le 18 mai 1760.
(Voir Lettres de Lévis, p. 312, où se trouve reproduite cette lettre hormis ce qui suit) :
Il m’avoit d’abord accordé que je vous ferois passer ma lettre par un soldat de ma garde; mais depuis il m'a dit de la lui adresser, qu’il vous la feroit parvenir,
Vos messieurs se portent tous bien et m'ont prié de vous faire agréer leurs respects; des soldats, les uns vont assez bien, les autres traînent.
Je compte, mon général, que vois voudrez bien me rappeler, dès qu'on pourra se passer de moi ici. Je suis toujours très impatient d’avoir le plaisir de vous rejoindre et très empressé d'exécuter vos ordres.
Continuez-moi, je vous supplie, vos bontés. J’ose vous assurer que je les mériterai toute ma vie par le respect avec lequel je ne cesserai d’être.
État des François restés à l'Hôpital-Général
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J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint un manifeste | que M. Murray a fait afficher et publier hier, Je ne puis toujours que me louer des politesses qu’il me fait et de tout ce qu’il me dit de gracieux sur votre compte et les troupes de terre, Il ne traite pas de même M. de Vaudreuil, Monsieur l’intendant et les troupes de la colonie, Je suis discret sur cet article, les excuse, disant qu'il a été mal informé ; mais je ne répèterai pas ce que
j'entends dire, parce que c’est chose inutile et qui ne feroit qu'aigrir ceux que cela regarde, J'aurai l'honneur de vous en parler quand j'aurai celui de vous voir. Il m'a témoigné être fort touché de la misère où sont réduits les habitants et où la continuation de la guerre va les plonger ; il m'assure, toutes les fois que je le vois, qu'il n’y a pas de paix à espérer pour cette année, ce que je ne prends pas pour argent comptant ; et je lui réponds que, si la France est battue, sûrement, comme il me le dit, elle aura fait un accommodement. Le chef d’escadre, avec qui je dinai hier, arrivé d'Angleterre, m'assura que Canon étoit à Versailles au commencement de mars, lorsqu’il est sorti des ports de la Vieille- Angleterre ; qu'on lui avoit proposé de venir en Canada, ce qu’il avoit refusé, Il me dit qu’il ne m'en parloit pas par politique, que c’étoit une chose publique à son départ, à croire les gazettes et papiers publics d’Angleterre.
Notre marine est anéantie, ce qui me feroit parier pour la paix. Quelque chose qu’il arrive, je ne crois pas M. Murray en état de faire d'entreprises ; il n’a pas plus de quinze à seize cents homines en état de servir ; encore plusieurs ont-ils le scorbut, Il me disoit hier, me témoignant de la confiance, qu’il lui tardoit que tout cela finit; qu'il n’aimoit pas ce pays-ci; que presque tout son monde étoit malade et n’étoit pas reconnoissable, Je ne crois pas qu’il ait de poste en avant; il fait faire des découvertes tous les jours. Il m'a dit ce matin qu’il étoit certain que vous êtes à Jacques-Cartier avec toute l’armée, J’étois en ville lorsque MM. de Bellecombe et de Senneterre sont arrivés, et je n’ai pas
su qu'on eûtenvoyé votre lettre à M. Murray. J'attends sa réponse pour vous, qui vous décidera sur le parti à prendre, Je n'ai pas témoigné d'empressement d'aller savoir son intention, parce que c’est ainsi qu'il faut se conduire vis-à-vis de lui.
Nous avons encore des vivres pour quatre jours, jusqu'au 27 inclus; au lieu d’en envoyer pour quatre, comme il m'avoit assuré n'en pouvoir faire fournir davantage, il nous en fit passer pour huit, tels qu’on les donne à ses troupes. Je l’eu ai fort remercié de votre part. Si, dans sa réponse, il ne vous promet pas de tenir le cartel, vous aurez la bonté de nous envoyer six bateaux. Nous avons peu de blessés en état de se rendre par terre; nous aurons quatorze officiers, autant de domestiques, dix chirurgiens ou garçons et de cinquante à soixante soldats en état de partir. Pour nous régler sur les vivres, il faudroit que les bateaux arrivassent ici le 25, Si vous ne me jugez pas nécessaire ici, je me retirerai pour lors avec ma garde par terre, pour ne pas gêner les blessés. Il nous restera ici treize officiers et de cent trente à cent quarante soldats, dont plusieurs sans certains membres, les autres blessés dangereusement et dont la guérison sera très longue, Je me conformerai à tout ce que vous me faites l'honneur de me prescrire; mais je ne me déciderai que sur une de vos lettres. Il n’y a pas dans la rade plus de vingt bâtiments de différentes espèces. Les Anglois disent qu’il y en a trente; mais ils badinent,.
Messieurs les officiers se portent assez bien, excepté MM. Desrouins et la Naudière qui souffrent beaucoup. Baraute que nous croyions à merveille est mort avant-
hier au matin ; on avoit été obligé de le trépaner. Après sa mort on lui a ouvert la tête ; les chirurgiens disent que c’étoit une blessure incurable, M. d’Alquier et tous nos messieurs vous prient de vouloir agréer leurs humbles respects ; ils m'ont demandé de l'argent ; je me suis adressé à M. Murray, qui, très obligeamment, m'a fait donner cent portugaises que je leur distribuerai, Je ferai l’impossible pour avoir bien des douceurs que plusieurs de nos messieurs m'ont fait demander par M. de Senneterre. Il n’y a pas moyen encore de rien acheter, les marchands n'ayant pas débarqué leurs effets. Je ferai en sorte de faire acheter ce que je pourrai sans témoigner beaucoup d’empressement ni avoir l'air d’un acheteur, ce qui ne convient pas à un officier de garde, D'ailleurs, le général anglois est d’une méfiance à laquelle je ne veux pas donner la moindre atteinte.
Oserois-je vous prier de faire agréer mes respects à M. de Bourlamaque.
J'ai eu permission ce matin de visiter nos prisonniers qui m'ont assuré être bien, à la liberté près.
Si vous avez, mon général, besoin de quelque chose, donnez-moi vos ordres ; des officiers anglois à qui j'avois fait politesses pendant que nous étions maîtres, m'ont offert leurs services.
J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.
MALARTIC
P.S, — Murray se méfie d’Arnoux ; M. Meliis n’est pas un homme de grandes ressources,
Si vous vous retirez, vous tirerez meilleur parti de M. Murray en laissant un officier des troupes de terre
commandant à Jacques-Cartier, Des indiscrets ont mandé du camp que vous y pensiez ; cette nouvelle couroit dans l'hôpital, et je l'ai arrêtée, Je vous mande cela parce que le général m'a dit ce matin que le commerce fait cet hiver dans ce poste et autres choses lui avoient donné mauvaise idée de tous les officiers qui avoient eu des commandements sur cette frontière,
Ce 23 mai 1760, (Voir Lettres de Lévis, p. 328, hormis ce qui suit):
P. S. —- M. d’Alquier partira par la première occasion.
Le général m'a dit qu’il attendoit là garnison de Louisbourg pour entrer en campagne. Il se plaint qu'on a rompu le cartel en ne lui renvoyant pas cet hiver le volontaire qu'on lui avoit pris qui, suivant le cartel, n’est pas prisonnier, et ne laissant pas rentrer dans la place les convalescents.
A l'Hôpital-Général, le 25 mai 1760.
(Voir Lettres de Lévis, p. 329 ; où se trouve reproduite cette lettre en abrégé. Nous la donnons ici au complet).
Rien ne peut me flatter davantage que l'assurance que vous me faites l'honneur de me donner que vous
approuvez les arrangements que je fais ici pour l'exécution de vos ordres, Nos messieurs ainsi que moi ont été enchantés d'apprendre que vous leur envoyez une goélette pour les chercher, Je n'aurai pas de complaisance pour ceux qui ne seront pas en état, et M, d’Alquier, à qui j'ai communiqué votre lettre, leur a dit hautement qu’il ordonneroit sur le compte que rendront les chirurgiens, Je crois que M. Murray se prêtera à tout ce que vous désirez, Quoique notre ennemi, je ne puis en dire trop de bien.
Il m'assura hier qu’il étoit bien sûr que, de vous à lui et les troupes de terre, le cartel seroit exécuté, mais qu’il regardoit les troupes de la colonie comme des coureurs de bois qui n’en connoissent pas (sic). 11 me témoigna être fort surpris de ce que vous ne me demandiez pas certains rafraichissements dont il est sûr que vous manquez, comme vins, café, liqueurs, sucre et autres choses de cette espèce qu'il se feroit un plaisir de vous procurer et aux officiers. En conséquence, j'ai fait un petit mémoire pour vous à la suite de celui que j'ai fait pour Messieurs les officiers blessés, M. Murray m’ayant prié hier d’en faire un général pour ceux qui sont ici, afin de leur éviter l'embarras d'envoyer si souvent en ville, et peut-être aussi pour que nos émissaires ne voient pas ce qui s’y passe, m'a très recommandé de ne rien demander que pour vous et Messieurs les officiers, me disant qu'il ne veut pas, comme l’année dernière, mettre Montréal dans l'abondance des douceurs ; ce qui me mettra hors d'état de remplir le mémoire de M. Pénisseault, qui le révolteroit si je demandois la
quatrième partie de ce qui y est porté, J'en tirerai ce que je pourrai, en disant que c'est pour des officiers, Vous ririez si vous voyiez l'énorme quantité de ce qu'il demande, M. Murray a la meilleure opinion des troupes de terre, et je ne veux pas lui donner lieu de soupçonner que nous pensons à commercer ; j'ai été très sobre dans les deux mémoires que j'ai faits pour nos demandes,
Il suffit, mon général, que vous désiriez que je reste ici pour que je m'en fasse un plaisir; je n’ai pas grand mérite à en faire le sacrifice, dès que vous le souhaitez et que ce sera une consolation pour les officiers et soldats qui resteront ici, qui me paroissent contents que je ne les abandonne pas. Je leur procurerai tout ce qui dépendra de moi; je n’épargnerai ni soin ni peine, M. Murray me comble toujours de politesses, me paroît content de la facon dont je me conduis vis-à-vis de lui, et eut la bonté de dire avant-hier au soir à Bellecombe qu'il étoit fort aise que vous m'eussiez chargé de cette commission, Je compte qu’il n’y aura pas la moindre difficulté pour le paiement de l'argent que mo fera avancer M. Murray, et que vous voudrez bien avoir la bonté d'en parler à Monsieur l’intendant, à qui j'en écrirai.
Bellecombe ne partira pas encore. J’ai trouvé moyen de donner de vos nouvelles à M. le maréchal de Belle- Isle, sans lui faire de détail, pour ne pas abuser de la permission qu’on m'a donnée, Je lui dis clairement la gloire que vous vous êtes acquise le 28. J'ai cru que vous seriez bien aise que je profitasse de la première occasion qui partira au premier moment favorable, J'ai
adressé mes lettres à M. le comte d’Affry en Hollande, qui est un ami de mon père.
Je n'ai rien appris de nouveau depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire.
Il vient d'arriver deux vaisseaux dans lesquels on dit qu'il y a des coureurs de bois. On annonce toujours la garnison de Louisbourg; mais je ne la vois pas paroître. Celle-ci, de l’aveu de M. Murray, est sur les dents. Il avoit ordre de M. Amherst de ne pas sortir; je lui dis hier qu'il avoit eu deux motifs, celui de nous attaquer, comptant nous mettre en déroute parce que nous n’étions pas formés, et celui de se faire un nom immortel, en se rendant maître de la colonie s’il nous eût battus. Il se mit à rire et me répondit que j'avois raison. Il blâme beaucoup M. Amherst de sa lenteur, et meuace plusieurs officiers de les faire pendre, si on lui rend justice (sic).
= M. Vauquelin, qui vint hier ici, assura nos messieurs que M. le prince de Conti étoit sur le point d'entrer dans l'électorat de Hanovre avec une armée de quatrevingt mille hommes, et que le Roi avec une armée de cent mille étoit maître des écluses et vouloit forcer les Hollandois d’obliger le Roi d'Angleterre de faire la paix. La Czarine et l’Impératrice serrent toujours vivement le Roi de Prusse. Je propose à M. Murray de parier qu'avant le mois d'août il apprendra la paix ; il me dit que je perdrois.
Continuez-moi vos bontés, mon général; je n'ai de regret que celui de ne pouvoir vous faire ma cour aussi sonvent que je le voudrois,
Je suis fort content de M. Arnoux qui vous renverra Henry et tous les chirurgiens dont nous pouvons nous passer.
J'ai l'honneur d’être avec respect, etc.
MaLakTic.
P.S. — M. Murray commande en chef dans la partie de Québec. 11 doit joindre aux troupes qui sont à Québec la garnison de Louisbourg, qui consiste en deux mille hommes, et en outre un régiment qui doit venir de la Vieille-Angleterre. Il compte qu'il aura une armée de cinq à six mille hommes, A ce qu'il dit, il n'est plus sous les ordres de M. Amherst; il peut opérer dans sa partie ainsi que le pouvoit M. Wolfe ; il a la même commission. Il est hors d’état de rien entreprendre qu’il n’ait reçu des secours; je ne crois pas qu'ils arrivent sitôt, supposé même qu’il soit vrai qu’ils doivent venir, Suivant tous les propos des officiers anglois, on croit prendre le Canada par famine, et plusieurs parlent de façon à faire croire qu’ils pourroient bien ne pas le prendre,
M. Amherst pourroit bien opérer par l’Ile-aux- Galops. L’Ile-aux-Noix leur paroît un poste inexpugnable, Il est de la plus grande conséquence de ménager les vivres et de faire croire à l'ennemi qu’on en manque.
M. Murray voudroit fort qu'on capitulât avec lui, à ce qu'il a dit à M. de Bellecombe ; qu'il feroit aux troupes les meilleures conditions qu’on pourroit exiger, M. de Bellecombe l'a assuré qu'il faudroit qu'il bataillât encore, s’il vouloit prendre le Canada, Il dit que
l’armée ne peut pas subsister de l'air et qu'on sera obligé de se rendre faute de pain. |
Il a aussi dit qu’il comptoit que les Canadiens ne voudroient plus rien faire et qu'à la fin de juillet le Canada seroit à eux.
A l'Hôpital-Général, le 26 mai 1760.
(Voir Lettres de Lévis, p. 330, où se trouve reproduite cette lettre en partie. Nous la donnons ici au complet).
J'arrive de chez M. Murray qui m'a remis la lettre que j'ai l'honneur de vous adresser ci-jointe. Il m'a assuré que, quant à lui, il avoit toujours été dans l'intention de tenir le cartel; que ce qui s’étoit fait l'automne dernier n’étoit pas de son bail, et qu’il n’auroit pas fait de difficultés; mais que M. le marquis de Vaudreuil lui retenoit un volontaire, des domestiques, des vivandiers et des bouchers, qui, suivant le cartel, ne sont pas prisonniers ; que, dès qu’il nourrit les soldats restés ici, il sera forcé par sa nation de les regarder comme prisonniers. Il m'a promis qu'il fermeroit les yeux sur les officiers et qu’il leur accorderoit des passeports; il en partira quatorze par la goélette et les autres quand ils pourront, à moins que vous n’en ordonniez autrement. Ainsi vous savez à présent sur quoi compter, Il m'a aussi dit qu'il commande dans cette partie et M. Amherst dans la sienne, qu’il n’est pas tracassier et n'aime pas les difficultés, et qu’il n’en auroit jamais
vis-à-vis de vous, parce qu’il vous aime et vous estime, ayant vu que vous aimiez à vous battre. Il réclame le nommé Walter Moore, déserteur, qui a volé des François, qui est, à ce qu’il assure, dans le régiment de Béarn, et il vous fera rendre le domestique de M. de Saint-Félix et un autre soldat de ma garde, qu'il retient mal à propos en prison.
J'ai eu l'honneur de vous mander hier que je reste ici avec plaisir puisque vous le désirez; mais je me flatte que, s’il y a de la besogne à faire par en haut, vous aurez la bonté de m’en faire part, ayant grande envie de m’y trouver, M. Murray m'a assuré que vous n'aviez rien à craindre de sa part, que son monde-est trop malade.
Il a voulu, je crois, me tirer les vers du nez, ce matin, en me demandant ce que vous vouliez faire ; qu’il vous étoit impossible de conserver la colonie; que vous ne feriez que la ruiner en tenant les troupes assemblées, et qu’à la paix, au lieu d’avoir un pays en état de subsister, nous aurions une colonie qu’il faudra abaudonner, Il parie qu’elle nous restera par raison de politique pour eux et pour nous. Je lui ai répondu que je ne connois pas vos desseins ni vos moyens, et que vous n’étiez pas homme à faire votre paix comme cela, I1 m'a ajouté que vous aviez fait ce que vous pouviez, et que vous deviez vous regarder comme un général qui défend une place où on fait brèche et qui ne doit la défendre qu’autant qu’il est sûr d’un secours,
Je pense que je n'aurai pas de quelque temps de vos nouvelles ; j'ose espérer que vous voudrez bien ne pas m'oublier et me continuer des bontés que je méri-
terai toute ma vie par l'attachement et le respect avec
lesquels j'ai l'honneur d’être, etc.
MALARTIC
P.S.— S'il n’y a pas dans quelque temps apparence de mouvements offensifs de la part des ennemis du côté d’En-Haut, peut-être pourrai-je trouver moyen de passer en Europe, à quoi je ne penserai que quand je saurai votre sentiment.
Nos messieurs vont assez bien et me chargent de vous faire agréer leurs respects, particulièrement M. d'Alquier,
A l'Hôpital-Général, le 30 mai 1760.
(Voir Lettres de Lévis, p. 334, où se trouve reproduite cette lettre en partie. Nous la donnons ici au complet).
J'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis le plus malheureux des ambassadeurs du monde; j'ai fait ce que j'ai pu et su et je n’ai pas plus réussi pour cela. M. Murray envoya chercher avant-hier ma garde, la regardant comme prisonnière, J’allai lui en demander la raison, lui dis que je suivois son sort, Il me répondit qu'il n’y avoit plus de cartel, qu’il étoit inutile que nous entrassions en contestations, qu'il vous l’avoit mandé et qu’il avoit rendu compte au Roi son maître de ce qu’il faisoit. Il m'offrit de ne pas me regarder comme prisonnier, Je lui répondis que, s’il me rendoit ma garde, je m'en irois; que s’il la gardoit, je resterois
pour suivre son sort, sans me regarder prisonnier, J'ai consulté M. d’Alquier, je me suis consulté, et j'ai pensé avec juste raison que vous trouveriez fort mauvais que j'abandonnasse ma garde, 11 retient tous nos messieurs, envoie chercher les soldats à mesure qu’ils sont en état pour les mettre en prison dans la ville. Il m’accorda, il y a deux jours, un passeport pour M. d’Alquier, m'en a accordé ce matin pour MM. Duparquet, Pensens et Savournin, sur ce que je lui ai représenté que leur avancement en souffriroit. Dans quelques jours je lui demanderai permission de m'absenter pour une douzaine de jours sans donner aucune parole, et j'engagerai tons nos messieurs à ne s'engager à rien, parce que nous ne devons nous regarder en aucune façon comme prisonniers. Je n'ai pu faire accomplir le mémoire de M. Pénisseault; mais M. Murray m'a accordé obligeamment un mémoire assez considérable que je lui ai demandé pour vous. Il n’exige pour le paiement qu’un billet de vous, parce que les marchands anglois ne veulent pas de lettres de change. Je l'ai promis, parce qu’il ne vous engage à rien et que je crois que vous cèderez ce que vous ne prendrez pas à Messieurs les officiers, sur les appointements de qui on les fera retenir, et on pourra laisser en arrière chez le trésorier une somme pareille à celle du billet que vous ferez. J'ai compris dans ce mémoire tout ce qui peut convenir à M°° Pénisseault,
M. Murray, comme je vous l'ai déjà maudé, désireroit fort que vous capitulassiez avec lui. Je l’ai assuré que vous n'étiez pas dans ce cas. Il m’a appris que les vivres vous manquoient ainsi que les munitions ; qu’il
l'a appris par ses espions; que, capitulant avec lui, on diroit que le défaut de tout vous y a obligé; au lieu qu'avec M. Amherst on dira que c’est la force qui vous ya obligé J'en ai ri avec lui ce matin pendant qu’il m'en parloit, et lui ai dit que je vous manderois son avis. Il m'a appris en riant que la nouvelle du jour est qu'il y a deux cents voiles espagnoles au bas de la rivière. Il leur est arrivé un vaisseau de force ces Jjours-ci et quelques marchands.
On embarquera dans la goélette les équipages que Massieurs les officiers ont laissés à l’Hôpital-Général et tvt ce que j'ai demandé dans votre mémoire.
erillez me permettre de dire ici à Lapause que je n'ai pu c voir encore ce qu’il m’a demandé; mais on me l'a promis "ir demain, et je le ferai partir par la premice Occasion,
MM. CAlquure: Pensens vous diront ce que je puis oublier.
Je me flatte, mou général, que mon malheur ne me fera pas perdre vos bontés. J'espère que vous approuverez ma conduite ; je me suis réglé dans tout ce que j'ai fait sur ce qui m'a été dicté par mon attachement pour vous et le service du Roi, et je suis persuadé que nos messieurs me rendront cette justice. C’est dans ces sentiments et avec respect que j'ai l'honneur d’être, etc.
MALARTIC
P.S.— Veuillez faire agréer mes respects à M. le marquis de Vaudreuil, M"° la marquise et M. de Bourlamaque.
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LETTRES DE DIVERS PARTICULIERS 231 mt ao
ATH ôpital-Général, le 1er juin 1761,
(Voir Lettres de Lévis, p. 338, où se trouve reproduite cette lettre, hormis ce qui suit) :
Leur tranquillité présente me fait croire qu'ils veulent se reposer pendant une douzaine de jours, ensuite s’embarquer et pousser des frégates jusqu'aux Trois- Rivières, Ils disent qu'ils ont un régiment d’Ecossois en rivière, qu’on leur envoie d’Ecosse vingt mille hommes, femmes ou enfants pour augmenter le Canada, Vous en croirez, mon général, ce que vous voudrez,
M. de Pradelles est mort hier 3 M. de V'audaran n'est pas bien ; les autres officiers se portent assez bien, Quant aux soldats et habitants, les uns vont bien, les autres languissent,
J’ai l'honneur d'être avec respect, etc.
MaLarric.
P. S. — Veuillez faire agréer mes respects à M. et M"° de Vaudreuil et M. de Bourlamaque,