MARQUIS DE MONTCALM
A Paris, le 20 février 1759.
Je sais, Monsieur, que vous avez de l'amitié pour M. Monin, et voici une occasion bien précieuse pour lui, où la mienne vous demande de la déployer, Son neveu, qui sert depuis onze ans tant en Canada qu'à la Loui. siane, passe À vos ordres, avec un arrangement tel que vous allez être l'arbitre souverain de sa fortune, à laquelle je prends l'intérêt le plus vif et le plus particulier, 11 connoît le Canada dans le plus grand détail ; Son zèle ct l’ardeur louable de s'avancer lui ont fait demander d'aller sous vos ordres, où il y a tant à faire, au lieu de rester tranquille à sa colonie de la Louisiane. Il s’est proposé pour être employé dans l'état-major de votre armée à la partie des troupes de la marine, dont les manœuvres et le service ont fait l'objet de son étude depuis qu’il est dans les deux colonies, M. de Bougainville a fait auprès du ministre ses instances pour lui procurer le brevet d’aide-maréchal des logis dans cette partie et vous rendra compte du tout. Ila pensé que le bien du service vous feroit agréer cette idée, Quelque
vonvenable qu'elle ait paru au ministre, il n’a pas jugé à propos de donner le brevet jusqu'à ce qu'il eût votre attache ; il s'en rapporte avec raison à vous pour employer ainsi que vous le jugerez le plus utile au s vice. Il porte la plus grande volonté de servir bien de vous plaire et de mériter avancement; son vœu principal est de mériter et d'obtenir la croix de Saint- Louis, Du reste vous jugerez, Monsieur, mieux que moi de ce qu'il faudra faire et dire pour lui faire un sort, Ne doutez pas, je vous prie, de toute la reconnoissance que j'auroi de ce que vous ferez pour lui, non plus que de la sincérité de tous les sentiments que vous me connoissez pour vous,