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Lettres de Eugène Delacroix

Au moment où, ramené de sa chère maison de Champrosay dans un état d'épuisement extrême, Eugène Delacroix eut le sentiment de sa fin prochaine, il anéantit un testament antérieur, fit appeler les notaires et, sans s'interrompre, pendant trois heures, avec une lucidité de mémoire et de parole surprenante, il dicta ses nouvelles et définitives dispositions.

C'est le résumé de l'histoire de son génie et de son cœur. L'art et l'amitié avaient été les mobiles et les soutiens constants de sa vie, l'art et l'amitié interviennent seuls dans ces préoccupations suprêmes. Avant tout, il pense à assurer le repos de ceux qui l'ont touché de près, de son parent et ami le peintre Léon Riésener, de son élève Pierre Andrieu, qui l'a secondé avec une si rare abnégation, de sa gouvernante Jenny Le Guillou, dont les soins passionnés et jaloux ont prolongé son souffle frêle, toujours menacé. Il envoie à chaque ami un souvenir. Puis il impose à son légataire universel l'obligation d'uue vente publique de ses études, de ses cartons, de ses esquisses de toiles, qui le vengera des dédains, des déboires, des négations qu'il a recueillis presque sans interruption dans le cours de sa carrière d'artiste.

Voici ce précieux document ; nous n'en avons réservé que quelques paragraphes ayant trait à des arrangemens de famille, sans intérêt général.

Par-devant maîtres , notaires à Paris, soussignés, en

présence de MM. ; témoins instrumentales requis, etc.

A comparu :

M. Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix , peintre, membre de V Institut, demeurant à Paris, rue Furstemberg, n° 6.

Sain d'esprit, mémoire et entendement, ainsi qu'il est apparu auxdits notaires et témoins par ses discours et conversation, mais malade de corps ; trouvé par lesdits notaires et témoins couché dans un lit dans sa chambre à coucher, éclairée par une croisée sur un jardin, dépendant de l'appartement qu'il occupe au premier étage de ladite maison, entre cour et jardin, oit lesdits notaires et témoins s'étaient rendus sur l'invitation qui leur a été faite par M. Delacroix;

Lequel, dans la vue de la mort, a dicté son testament auxdits notaires en présence desdits témoins, ainsi qu'il suit :

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