A M. AUBER
Ce 11 janvier 1857.
Monsieur et illustre maître,
Puisque je suis encore arrêté pour quelques jours, laissezmoi vous dire dans cette lettre toute ma reconnaissance pour la part que vous avez à l'honneur que j'aurai dorénavant d'être le confrère d'un homme tel que vous. Aller vous le dire sera un de mes premiers soins dès que je serai libre.
Recevez l'assurance de tous mes respects et de toute mon admiration.
Eue Delacroix.
A M. C. DUTILLEUX.
Ce 13 janvier 1857.
Cher monsieur et ami... Il n'y a pas de félicitations qui puissent me flatter plus que les vôtres. La chose a été faite assez franchement et cela ajoute à la réussite aux yeux du public. Vous dites justement que ce succès, il y a vingt ans, m'aurait causé un tout autre plaisir; j'avais la chance, dans ce cas, de me voir plus utile que je ne puis l'être maintenant dans une situation de ce genre. J'aurais eu le temps de devenir professeur à l'Ecole : c'est là que j'eusse pu exercer quelque influence. Quoi qu'il en soit, je ne partage pas l'opinion de quelques personnes, amies ou autres, qui m'ont fait entendre plus d'une fois que je ferais mieux de m'abstenir. Il y a plus de fatuité que de véritable estime de soi-même à rester dans sa tente : au reste, je ne manque point ici à mes antécédents, puisqu'une fois mon parti pris je n'ai pas cessé de me présenter.
En voilà beaucoup pour mon apologie. Je ne veux plus penser qu'à vous remercier encore et à vous embrasser...
A M. ROCHE
Paris, n janvier 1857.
Cher Monsieur, je viens de recevoir la lettre de félicitation que vous avez eu la bonté de m'adresser à propos de mon élection. Nul témoignagne de sympathie ne pouvait m'ètre plus sensible. J'ai eu la bonne fortune de trouver dans l'Académie des Beaux-Arts quelques amis zélés qui ont suppléé, par leurs bonnes démarches, à ce que je n'ai pu faire
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moi-même, car le malheur a voulu que je fusse retenu chez moi pendant plus de trois semaines, et j'y suis souffrant encore d'un rhume obstiné...
— Au même, le 24 novembre1 :
« Je vous remercie de ce que vous me dites de bon et d'aimable sur le résultat de mon exposition. Ce résultat est d'autant meilleur que la décoration, la seule de cette nature, a été demandée par le jury réuni, et que le gouvernement n'a fait qu'accéder à son vœu... »
A M. PERIGNON.
Ce 21 janvier 1857.
Mon cher monsieur, j'ai été si sensible à votre bon souvenir que je n'aurais pas manqué de vous l'écrire tout de suite si, à une indisposition qui me retenait chez moi depuis un mois, ne s'était ajoutée ces jours-ci une rechute qui m'a forcé de me soigner tout à fait et d'interrompre toute occupation. La plus agréable pour moi, en commençant à reprendre, est de vous exprimer ma reconnaissance, tout en regrettant ce dont je n'avais pas encore la certitude : qu'il faille maintenant nous écrire pour communiquer au lieu de ces bonnes conversations sur la peinture qui réchauffent et encouragent. Etesvous donc exilé définitivement? Dans ce cas, que je déplorerai, n'interrompons point des relations que vous continuez d'une manière si aimable pour moi2.
1. Ce billet, dont nous n'avons pas l'original sous les yeux, doit certainement être reporté à l'année 1855.
2. M. Pérignon avait été nommé directeur du Musée et des Écoles de dessin de la ville de Dijon.
Cette élection n'est pas plus mauvaise pour venir tard : la difficulté de l'obtenir en augmente pour moi la valeur ; seulement, il est un point capital où ce retard menace de lui faire perdre son fruit. En me nommant académicien, on ne m'a nullement fait professeur à l'Ecole, car c'est là justement que serait le danger aux yeux de nos doctes confrères. Autour d'un tapis vert, où chacun dit son mot comme en famille, les paroles n'ont pas une bien grande portée, surtout quand elles s'adressent à des personnes dont les convictions sont arrêtées tant bien que mal ; c'est au pupitre de l'Ecole et en corrigeant les jeunes gens qu'on peut enseigner quelque chose, et malheureusement les places de professeur sont à l'élection des académiciens. Voilà la situation qui ôte une valeur infinie à mon nouveau poste : vous le comprendrez de reste. Une récente mesure va remettre le jury dans les attributions de l'Institut : je me flatte que je pourrai là être utile, car je serai à peu près seul de mon avis, et ce sera le cas de n e pas être malade. Enfin, l'habit que j'endosse ne changera pas l'homme, j'espère; l'instinct a toujours été toute ma science, et la science des autres n'a jamais servi qu'à m'égarer.