‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 112 sur 141 · La campagne d'Italie · texte numérisé non relu

La campagne d'Italie

i86o. — AU MINISTRE. 315

J'ai trouvé effectivement un joli petit livre de vous sur Théophile Gautier 1 : il participe à l'inconvénient de plusieurs de vos publications; le caractère en est si fin que la lecture en est un travail pour moi difficile. J'y ai cependant apperçu (sic) que vous appréciez notre critique comme il doit l'être et comme je le fais moi-même. Je vous dirai même que depuis, je suis tombé sur un ouvrage que vous louez dignement, mais dont je n'avais point connaissance malgré son ancienneté, Aflle de Maupin. J'en ai été ravi : j'y ai trouvé Gautier sous un aspect que je ne connaissais pas, et ce qui augmente mon admiration, c'est sa jeunesse à l'époque où il l'a composé.

Mille excuses et amitiés.

AU iMIMSTRE.

Cette lettre a été trouvée en minute dans les papiers de Delacroix, par son légataire, M. Piron 2.

Monsieur le Ministre, le tableau dont je fus l'auteur et représentant un Crucifiement, fut acheté par le ministre de l'intérieur au Salon de 1835, et destiné à l'église de Vannes qui en fit don à l'église de Saint-Paterne. J'apprends que cet ouvrage, placé depuis longtemps dans une chapelle obscure et humide de cette église, se trouve menacé d'une destruction complète si cette situation se prolonge. Je prends la liberté

i . Théophile Gautier, par Charles Baudelaire. Notice littéraire précédée d'une lettre de Victor Hugo. Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 18 59.

2. Après la mort de Delacroix, sur les instances de M. Rivet, le tableau fut envoyé à Paris ; et M. P. Andrieu le restaura.

de m'adresser à Votre Excellence pour lui demander s'il n'y aurait pas lieu à obtenir de la ville le renvoi à Paris du tableau menacé, sauf à disposer ensuite du tableau comme il plaira à Votre Excellence. Elle trouvera peut-être que la ville, qui ne possède pas de musée, serait peu fondée à le revendiquer pour le rendre à la fabrique de l'église, laquelle n'a pas su pourvoir à la conservation de cet objet dont l'entretien lui était confié.

Il m'a été suggéré en outre que la place défavorable désignée à mon tableau avait pu avoir pour raison une figure de Madeleine qui n'aurait pas paru au clergé suffisamment drapée. Cela pourrait sembler à Votre Excellence une nouvelle raison pour que ce tableau que j'avais composé sans intention de le voir figurer dans une église, obtînt une nouvelle destination après avoir été convenablement réparé.

Je conserverai une bien vive reconnaissance de tout ce que Votre Excellence voudrait bien ordonner dans cette circonstance pour sauver un ouvrage auquel j'attache quelque prix, et j'ose l'espérer de la bienveillante sollicitude qu'elle étend à tout ce qui intéresse les Arts...

a ]VTme ***

Ce samedi 1860 '.

Chère Madame, je trouve à mon retour des billets pour l'exposition de fleurs des Champs-Elysées, et pour la messe de Gounod demain, à Saint-Germain-l'Auxerrois. On m'a dit que l'exécution en serait curieuse. Je vous les envoie avec mille compliments de tous les rossignols de Champrosay qui

1. Ce billet, adressé nous ne savons à qui, a été publié dans l'Art.

i86o. — A M. H. DE SAINT-GEORGES. 317

s'ennuient de ne pas vous voir. Moi je viens de prendre le harnois, et Dieu sait quand je pourrai le quitter. Mille hommages et dévouements.

A M. DUTILLEUX.

Ce 20 janvier 1860.

Cher monsieur, vous serez bien surpris de ma paresse à vous répondre : mais je ne le fais que d'une main très-faible. Depuis trois semaines je suis très-souffrant et la convalescence sera probablement longue. Vous m'annoncez votre bonne arrivée prochainement; nous causerons à loisir; mais dans ce moment je ne vous écris ce peu de lignes que pour vous prouver que ce n'est pas par négligence de ma part que vous n'avez rien reçu de moi. M. Corot m'a déjà trouvé en assez mauvais état, et quoique j'entrevoie du mieux, je n'ai aucune force que celle de vous assurer de ma sincère affection comme toujours...

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