A M. MOREL
directeur de la Revue française.
Ce 27 juin 1859.
Monsieur,
Je reçois en arrivant à Paris les deux numéros de la Revue française que vous avez eu l'extrême bonté de m'envoyer et dans lesquels M. Baudelaire, dont je retrouve encore ici la constante et amicale partialité, parle de mes tableaux avec des éloges dont je suis confus. Je prends la liberté de faire déposer dans vos bureaux une lettre que je lui adresse à ce sujet et où je le remercie mille fois. Je vous prie bien aussi en particulier, Monsieur, d'agréer l'expression de ma vive reconnaissance et celle des sentiments de haute considération avec lesquels, etc.
Eue Delacroi x.
Le Salon de 1859 fut pour Delacroix un véritable Waterloo. Les critiques sur lesquels il croyait le plus compter, romantiques de la première ou de la seconde levée, l'abandonnèrent aux morsures des classiques triomphants, lui donnèrent de sots conseils ou de piteuses consolations. Delacroix , blessé à fond 1 n'exposa plus.
Ce 27 iuia 1859.
Cher monsieur.
Comment vous remercier dignement pour cette nouvelle preuve de votre amitié.- Vous venez à mon secours au moment où je me vois houspillé et vilipendé par un assez bon nombre de critiques sérieux ou soi-disant tels. Ces messieurs ne veulent que du grand, et j'ai tout bonnement envoyé ce que je venais d'achever sans prendre une toise pour vérifier si j "étais dans les longueurs prescrites pour arriver à la postérité dont je ne doute pas que ces Messieurs ne m'eussent facilité l'accès. Ayant eu le bonheur de vous plaire, je me console de leurs réprimandes. Vous me traitez comme on ne traite que les grands morts: vous me faites rougir tout en me plaisant beaucoup : nous sommes faits comme cela.
Adieu, cher monsieur ; faites donc paraître plus souvent quelque chose : vous mettez de vous dans tout ce que vous faites, et les amis de votre talent ne se plaignent que de la rareté de vos apparitions.
Je vous serre la main bien cordialement.
Eue Delacroix.
Delacroix avait envoyé à ce Salon la Montée au Calvaire et le Christ descendu au tombeau, esquisses des décorations proposées par lui pour la chapelle des fonts baptismaux à Saint-Sulpice, lesquelles furent refusées parle conseil de fabrique. Elle fut transformée sur le nouveau programme en chapelle des Saints-Anges : Saint Sébastien ; Ovide en exilche- lesScrthes; Herminie et les bergers; Rebecca enlevée par le Templier pendant le sac du château de Fronte-Bœuf ; H ami et ; les Bords du fleuve Sébou 1 royaume du Maroc 1.
AU BARON LARREY
Ce 5 août 1859.
Cher monsieur,
J'aurais une faveur à vous demander et voudrais en quelques instants vous exposer l'objet de ma poursuite : il s'agit du sort d'un jeune soldat qui fut distingué à Solférino, et dont la famille est très-honorable et m'intéresse beaucoup. J'ai même l'indiscrétion de vous demander un rendez-vous pour le moment le plus rapproché possible, parce que la chose est urgente? Me pardonnerez-vous, cher monsieur? Je désirerais bien en même temps vous féliciter de tout ce que le public a appris de flatteur à votre sujet pendant cette terrible campagne1, et dont vos amis ont été bien heureux.
Recevez, cher monsieur, l'assurance des plus sincères sentiments d'affection et haute considération.
Eue Delacroix.
Ce 13 décembre 1859.
Mon cher monsieur,
Excusez-moi de n'avoir pas répondu à votre lettre que j'avais égarée et sur laquelle était votre adresse. Je suis si arriéré dans mes travaux par toutes sortes de causes, que je ne puis savoir quand je pourrai m'occuper du croquis ou esquisse dont vous me parlez et que je voudrais cependant voir déjà dans vos mains ou dans celles de vos amis.