‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 127 sur 141 · BOULEVARD BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

BOULEVARD BEAUMARCHAIS

Ce Ier septembre 18C1.

Mon cher ami,

J'ai eu enfin connaissance de votre article dans le Temps, que je croyais avoir été fait pour Y Indépendance belge. Je viens vous en témoigner ma reconnaissance après lecture, et je retrouve bien en vous la sympathie que vous m'avez toujours témoignée avec tant de cordialité. Je suis heureux qu'après tant d'années vous trouviez encore matière à m'en donner les mêmes marques.

Je vous serre la main bien sincèrement.

Champrosay, par Draveil (Scinc-ct-Oise), ce 8 octobre 1861.

Monsieur, j'ai l'honneur de vous informer que je suis complètement à votre disposition relativement aux travaux de la Commission qui doit s'occuper de la Méthode Cave, et vous serais bien obligé de vouloir bien m'adresser les convocations à l'adresse ci-dessus.

Il m'a semblé, en réfléchissant aux moyens de rendre nos réunions plus efficaces, qu'il était essentiel, j'ose presque dire indispensable, que la Commission fasse faire sous ses yeux l'expérience du procédé. C'est le plus sûr moyen de la convaincre de ce qu'il offre d'avantageux. Si vous vouliez bien demander à madame Cave de nous mettre en rapports avec un professeur formé par elle, il fonctionnerait en notre présence, et donnerait toutes les explications désirables sur les procédés et sur les effets qu'elle en a obtenus sur les élèves. Je suis en outre persuadé que la simplicité de cette méthode, mise ainsi dans tout son jour, porterait la conviction dans tous les esprits, abrégerait beaucoup nos travaux et amènerait une décision plus prompte. Je pense que monsieur le Ministre ne pourra qu'approuver le moyen que je prends la liberté

de vous proposer1

Eu g. Delacroix.

1. Eugène Delacroix fit sur cette Méthode un rapport qui fut publié dans le Moniteur officiel et reproduit par les journaux d'art.

i86i. — A M. P. ANDRIEU. 339

A M. P. ANDRIEU

Champrosay, ce 17 octobre 1861.

Mon cher Andrieu,

... J'ai beaucoup travaille, et cependant j'ai été pendant plus d'un mois faisant des courses dont j'ai profité pour me reposer entièrement; ce qui m'a réussi, car je ne me suis jamais mieux porté. Je suis de retour ici depuis le commencement du mois. Je suis bien aise de ce que vous me dites de mes tableaux de Bordeaux et de Toulouse. Il est malheureux qu'ils fassent de l'effet quand il y a peu de public pour les apercevoir, et qu'ils en manquent totalement quand ils sont en présence des critiques du Salon. Au reste cette expérience s'est renouvelée presque toujours pour tous mes tableaux.

Je ne sais où en est l'église1 : j'ai vu peu d'articles. Il y en avait de très-favorables, d'autres peu bienveillants. Je n'ai pas eu connaissance de Y Union : je vous remercie bien de celui de l'Indépendance.

Il me semble comme à vous qu'il y a déjà longtemps que notre travail est fini. J'ai oublié les énormes peines qu'il m'a données: je suis comme la fourmi qui est prête à se remettre au travail après la ruine de ses travaux. La comparaison n'est pas juste pour ce qui regarde l'effet de ma besogne, et en somme je n'ai pas à me plaindre.

Travaillez, profitez de tous les instants : si l'Administration me favorise, peut-être retrouverons-nous nos séances

1. La chapelle des Saints-Anges, dans l'église de Saint>Sulpice.

passées de mécomptes et d'espérances. Jusqu'ici on préfère me laisser âmes loisirs.

Recevez, mon cher ami...

A M. PERIGNON.

Champrosay, par Dravcil (Seine-et-Oise)?

ce 23 octobre 1861.

Cher Monsieur,

Je n'ai reçu votre lettre si excellente, si encourageante pour moi, qu'au retour de nombre d'excursions, il y a une dizaine de jours. J'avais besoin de me secouer un peu après ce travail vraiment bien fatiguant (sic) pour l'esprit encore plus que pour le corps. J'ai eu bien du regret de n'avoir pas été à même de vous répondre aussitôt combien j'avais été heureux de tout ce que vous me dites. Ce ne sont point des compliments de société et empreints de la banalité qu'ils ont toujours ; ils me viennent d'un homme de valeur et d'un confrère: que de titres pour me chatouiller l'amour-propre ! Je voudrais me persuader que vous ne vous trompez pas du tout, et cette idée, si elle était bien solide dans mon esprit, serait la récompense de mes fatigues. J'ai reçu beaucoup de marques de sympathie; mais il n'en est qu'un petit nombre qui me satisfassent complètement. Pas mal de confrères se sont montrés un peu refroidis à mon égard et un peu plus sérieux qu'à l'ordinaire. L'autorité, de son côté, n'a pas eu l'air de s'apercevoir de cet effort que votre amitié trouve remarquable. Cher Monsieur, je m'en console facilement avec des témoignages comme les vôtres et d'un petit nombre

i86i. — A M.CHARLES BLANC. 341

d'amis dont l'opinion pour moi passe avant tout, et qui est la plus flatteuse de toutes les récompenses quand cette opinion m'est favorable.

Quand je retournerai à Paris, j'irai vous surprendre et vous serrer la main, et vous répéter combien vous m'avez charmé, ravi.

Je vous envoie en attendant mille assurances du plus

cordial et sincère dévouement.

Eue Delacroix.

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