‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 27 sur 141 · juin · texte numérisé non relu

juin

Mon cher ami, j'ai oublié dans une lettre d'hier de te prier d'envoyer à l'adresse de M. A. Constantin, rue Saint- Lazare, 52, ma notice pour mon tableau, à insérer dans le

prochain Catalogue. Tu écriras cela de ta belle écriture en spécifiant que c'est pour le renouvellement de l'exposition.

Combat de Giaour et de Tacha. — Tiré de Lord Byron.

« ... Je le reconnais à la pâleur de son front; c'est lui qui m'a ravi l'amour de Leila, c'est le Giaour maudit. »

Avec lesquels je t'embrasse,

E. Delacroix,

Désespéré du moment où je retournerai à Paris, malgré le plaisir que j'aurai à te retrouver.

Le tableau figura au livret sous ce titre : Scènes de la guerre actuelle des Turcs et des Grecs.

(26 septembre 1828.)

... J'ai achevé le tableau d'animaux du général et je lui ai déterré un cadre rococo que je fais redorer et qui fera merveille. Il a déjà donné dans l'œil à une provision d'amateurs et je crois que cela sera drôle au Salon.

Les Anglais ont ouvert leur théâtre. Ils font des prodiges

puisqu'ils peuplent la salle de l'Odéon à en faire trembler

tous les pavés du quartier sous les roues des équipages. Enfin

ils ont la vogue. Les classiques les plus obstinés baissent

pavillon. Nos acteurs vont à l'école et ouvrent de grands yeux.

Les conséquences de cette innovation sont incalculables. Il

y a une M"e Smytson qui fait fureur dans les rôles de miss

O'Neill. Charles Kemble s'est simplifié et a fait plus qu'on

n'aurait cru.

P.-S. Il est onze heures et demie du soir. Je vais t'écrire

encore un de ces jours si le bon Dieu me laisse un peu de souffle. Je vais de très-bonne heure à ma boutique : il parait que ces messieurs se proposent d'être d'une sévérité de chiens et particulièrement à propos des novateurs. De sorte que pour finir ce que je veux y envoyer, non compris, bien entendu, le grandissime tableau que je ne peux décidément avoir fini tout de suite, je suis obligé de me lever very early.

Delacroix entend probablement désigner par le dtableau d'animaux» le Jeune tigre jouant avec sa mère, qu'il exposa, en 1830, au profit des blessés de Juillet, et qu'il envoya ensuite au Salon de 183 1. Il en a fait une délicieuse lithographie.

La miss Smytson devint M"'e Berlioz.

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