‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 78 sur 141 · A M. CHARLES BLANC · texte numérisé non relu

A M. CHARLES BLANC

Mon cher ami, j'ai reçu l'avis de la commande de Saint- Sulpice, et viens vous faire mes remercîments bien sincères de votre si aimable intervention. J'aurais été vous dire tout cela avec bien du plaisir, si je ne me trouvais retenu par une fièvre qui, j'espère, ne sera pas grand'chose, mais qui m'a forcé à quitter hier le jury au milieu de la séance.

J'espère bientôt vous voir et vous renouveller (sic) de cœur mes remercîments.

P. S. J'ai reçu hier matin une nouvelle visite du pauvre vieux Laguiche. Mon cher ami, vous seriez bien bon de faire

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q.ielquc chose pour lui : la vieillesse et la pauvreté ! quelle triste éloquence dans ces deux fléaux de l'humanité ! Ce pauvre fumme est vraiment bien digne de pitié !

A M. DUTILLEUX.

Paris, 25 août 18^9.

Mon cher monsieur, je n'ai pas répondu tout de suite à votre lettre, me trouvant presque tous les jours allant de Paris à la campagne. J'ai bien du regret de ne pouvoir être utile a la personne dont vous me parliez. Certes, d'après tout ce que vous me dites, elle a des titres plus que suffisants pour obtenir des encouragements; mais j'ai eu à constater, dernièrement encore, que mes recommandations étaient de peu de poids. Je fais partie d'une commission des Beaux- Arts, a laquelle on ne soumet que des objets d'un intérêt général, comme règlements à faire, etc., etc., mais cette position me met souvent dans la nécessité d'être en opposition avec l'administration, ce qui ne la dispose pas à s'intéresser à mes demandes.

Vous ne me dites pas si M. Wagrez a exposé au Salon.

J espère, mon cher monsieur, que vous voudrez bien croire a mes regrets dans cette circonstance. Vous avez la bonté de me parler de mon projet de voyage en Belgique : j'en ai eu l'idée cet été; mais beaucoup de choses sont venues à la traverse, et cependant c'est un des plus agréables projets que je puisse former. Pourrai-je l'accomplir l'année prochaine? Dans tous les cas, je n'oublie pas que vous voulez bien être mon cicérone à Arras, et vous serez sans doute, dans tout le voyage, la personne que j'aurai le plus déplaisir à rencontrer.

2o6 LETTRES DE DELACROIX.

Vous me parlez du siccatif d'Harlem ; je ne suis pas partisan de cette drogue, mais je vous indiquerai le siccatif de Courtray, qui est à votre porte et dont se servent tous les peintres belges. Il sèche à froid, et il suffit de quelques gouttes dans de l'huile de lin. Je crois que c'est la préparation la moins dangereuse, en ce qu'elle sèche véritablement. Je ne doute pas que vous puissiez vous en procurer facilement, en écrivant soit à Bruxelles, soit à Courtray.

Adieu, cher monsieur, conservez-vous bien par ces temps d'épidémie. Nous ne sommes pas tout à fait quittes, et la maladie pour être rare, n'en est que plus foudroyante1.

A L. RIESENER

■2i) août 184.9.

Cher ami, je réponds à ton mot, tu peux m'obliger en parlant à Vieillard à l'occasion de Vernet. Le hasard a fait venir à ma connaissance, que Vernet m'a dans une antipathie qui le dispose à préférer tout le monde à moi : c'est à Rivet qu'il l'a dit l'autre jour, sans savoir qu il était mon ami. Il faudrait donc que Vieillard obtînt du Président, de demander à Vernet de me porter, comme une chose qui lui serait agréable, tout uniment. Je vais, de mon côté, agir auprès de personnes qui pourraient quelque chose dans ce sens; plus il y en aura, mieux ce sera. Je ne néglige rien : puisque je me suis mis en campagne, j'irais en Chine, s'il était possible, pour me faire appuyer. J'use des armes permises dans ma position. Je ne crois pas Schnetz aussi sûr que Vieillard pourrait le penser — dis-le-lui.

Contre mon attente, cela ne va pas trop mal ; allons donc

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