Le choléra régnait violemment en France
de l'avant et profitons de tout. J'ai trouvé Couder très-bon garçon. Sitôt que je serai un peu libre, je t'arriverai. Je t'embrasse donc.
Eue. Delacroix.
Ce lundi 28 octobre 184;.
Cher ami, je suis arrivé depuis mercredi. Vous voyez que la flânerie a été un peu longue, mais le beau temps a été si séduisant que j'ai profité de la circonstance. J'ai voulu tous ces jours-ci aller vous dire bonjour, et en attendant je vous envoie un billet pour aller demain au service de mon pauvre et cher Chopin. J'ai pensé qu'il vous serait agréable d'entendre le requiem très -bien exécuté, et il eût été très-dinicile d'avoir des billets.
Je vous embrasse donc en attendant le plaisir de vous
voir.
Eue Delacroix.
Chopin avait inspiré à Delacroix autant de tendresse que d'admiration. Frantz Liszt, dans un livre d'une forme singulière, consacrée à F. Chopin, décrit la chambre de l'illustre musicien : Henri Heine, Meyerbeer, Adolphe Nourrit, Hiller, le vieux Niemceviez, Mme Sand sont réunis autour du piano : «... Eugène Delacroix restait silencieux et absorbé devant les apparitions qui remplissaient l'air, et dont nous croyions entendre les frôlements. Se demandait-il quelle palette, quels pinceaux, quelle toile il aurait à prendre pour leur donner la vie de son art? Se demandait-il si c'est une
toile filée par Arachné, un pinceau fait des cils d'une fée et une palette couverte des vapeurs de l'arc-enciel qu'il lui faudrait découvrir ?... »