A M. PAUL FOUCHER
Ce 15 janvier 1851.
Monsieur, je m'empresse, suivant votre désir, de vous dire les prix des tableaux que vous voulez bien me désigner. Ces prix sont au-dessous de ceux que je demanderais à un amateur, je verrais avec plaisir qu'ils puissent convenir à votre ami.
Pour le Samaritain. . 300 fr.
Pour le Giaour . . . 400 fr.
Pour le Lever . . . 800 fr.
Je prorite de cette occasion pour vous remercier de votre souvenir et vous prier d'agréer l'expression de ma haute considération et de mon dévouement.
Eue Delacroix.
i8ji. — A. M. SCHWITER. 219
Ces trois tableaux, d'une des meilleures années du Maître, furent acquis par M. Auguste Vacquerie, chez qui ils sont encore tous aujourd'hui. Avons-nous besoin d'ajouter qu'ils ont bien plus que décuplé de prix? Le temps les a merveilleusement émaillés.
A ce Salon de 1850-51, Delacroix avait encore la Résurrection de Lazare, et une Ladv Macbeth.
A M. SCHWHITER.
Jeudi, 27 février 185 i.
... J'ai donné ma démission de membre du jury : je n'ai eu là que des désagréments. Je ne puis- vous recommander à des confrères restants, puisque j'ai eu justement à me plaindre d'eux à votre sujet, et quand ils seraient disposés à vous rendre justice, on ne fait aucune attention à leurs décisions. Je n'ai mis qu'une fois le pied au Salon depuis l'arrangement auquel nous avons été censés présider, et j'ai tout trouvé au rebours de ce que nous avions décidé. Je ne sais donc quel conseil vous donner. Il est dur d'être obligé de retirer les objets dont vous me parlez; mais peut-être est-ce préférable à leurs abominables places.
A M. C. DUTILLEUX.
La « Femme mie », c'est « le Lever », peinture aussi blonde que puissante, joyau rare dans cet œuvre où la nudité pure apparaît rarement, qui, comme nous venons de le dire, appartient à M. Auguste Vacquerie.
Paris, 10 avril 1851.
Cher monsieur, la Femme nue n'est plus à moi, et j'en ai bien du regret, puisque suivant toute apparence sa destination eût été d'être souvent sous vos yeux. C est un des plus grands plaisirs que l'artiste puisse se promettre que celui de savoir ses ouvrages entre les mains de ceux qui les aiment.
Je vous écris cela à travers la besogne que me donne mon plafond : elle est plus forte encore que je n'avais imaginé d'abord. La nécessité de le faire par parties, tient l'esprit continuellement en échec sur ce qu'on ne voit pas, et malgré les soins que j'ai pris d'arrêter mes idées dans l'esquisse, la nécessité de grandir amène des différences forcées qui demandent des combinaisons incessantes. Mais le plaisir de travailler à un objet comme celui-là, compense la peine et la fatigue, et comme je me porte assez bien, j'espère que cela ne traînera pas trop. J'ai couvert la plus grande partie, et la partie supérieure est faite, sauf peut-être les retouches légères qui me seront suggérées par la vue de l'ensemble.
J ai eu bien du plaisir à vous revoir et il en est de même toutes les fois que nous nous rencontrons. Pourquoi faut-il que nous vivions séparés ! A mesure qu'on avance dans la vie, les attachements sincères sont rares et les artistes surtout sont plus isolés que les autres hommes. Il y a un masque sur presque toutes les figures et les sentiments s'en ressentent naturellement. Avec vous je me sens à l'aise, et c'est avec bien du plaisir que je le dis.
Adieu, cher monsieur, recevez l'expression de mon regret et faites-la agréer à la personne qui voulait avoir le tableau. Dans tous les cas, recevez aussi mes remercîments et l'assurance de mon dévouement bien affectueux.
1851. — A M. DE LA BEDOLLIERE. 221