‹ Lettres de Eugène DelacroixChapitre 41 sur 86 · AU DIRECTEUR DE U ARTISTE · texte numérisé non relu

AU DIRECTEUR DE U ARTISTE

Monsieur,

10 janvier 1833.

Je lis dans le journal intitulé : la Liberté, revue des arts (numéro du 30 décembre 1832), un article signé E. Delacroix, ayant pour titre : Influence du commerce et du gouvernement dans les arts. Plusieurs personnes me Payant attribué, j’ose solliciter de vous la faveur de faire connaître, par la voie de votre journal, que je ne suis pas l’auteur de cet article, et que je ne participe point à la rédaction du journal la Liberté.

Agréez, monsieur, l’assurance de ma haute considération.

E. Delacroix.

Peintre.

Delacroix était « libéral, » mais il eût Craint d’être confondu, comme romantique, qualification qui le taquinait fort, avec le groupe de la Liberté, qui était « boussingot. »

M. Pierre! avait mis à la main sur cette lettre : 1833. On voit poindre ici les premières atfaques.de cette maladie de la gorge qui. ne quitta plus Delacroix.

CHEZ M. RIESNER, A FRKPIXLON PAR SAINT-IiEU-TAVERNY

Samedi.

Cher ami, je m’acquitte de ma promesse. J’ai bien fait le voyage : je ne puis espérer encore un grand changement puisque je ne suis ici que depuis un jour et demi. Je reconnais maintenant que si j’avais observé plus tôt le régime de silence, que je suis ici plus facilement, je serais guéri depuis longtemps, car sous le rapportée la voir, je suis moins avancé que jamais. Mais comme cette nature est séduisante î Mon ami, il faut venir au mois de mars dans ce village pelé des environs de Paris, comme ils sont tous, pour renverser en esprit tous les systèmes sur le beau; l’idéal, le choix, etc. La plus pauvre allée avec ses baguettes toutes droites, sans feuilles, dans un horizon plat et terne, en dit autant à l’imagmation que tous les sites les plus vantés. Ce petit cotylédon qui perce la terre, cette violette qui répand son

premier parfum sont ravissants. J’aime autant cela que les pins d’Italie qui ont l’air de panaches et les fabriques dans les paysages qui sont comme des assiettes montées pour le. dessert. Vive la chaumière ! vive tout ce qui parle à l'âme !

Heureux qui possède un coin de terre ; mais si ce coin de terre a dix mille arpents, je n’en veux pas sans souvenirs qui m’y rattachent et m’y rappellent à chaque pas ceux que j’ai aimés. Je préférerais à une villa magnifique le plus petit enclos où se serait passée ma jeunesse. Mais il n’y faut plus penser.

Voilà mes rêveries ici. Peut-être y travaillerai-je un peu ; mais seulement pour me faire sentir plus de plaisir à aller me promener.

A M. SCHWITER

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