‹ Lettres de Eugène DelacroixChapitre 46 sur 86 · A M. NOURRIT · texte numérisé non relu

A M. NOURRIT

Cher Monsieur,

10 mars 1835.

Je viens bien tard pour vous faire mes sincères compliments. J'ai vu la Juive pour la première fois hier seulement ; c’est vous dire que j’ai admiré de tout mon cœur le degré d’intérêt que vous répandez sur cette pièce qui en a grand besoin , au milieu de ce ramassis de friperie qui est si etranger à V art.

Où allons-nous qu’il faille tant de secours étrangers à la musique, qui est le plus puissant des arts, à la poésie, qui devrait attacher à elle seule, à la déclamation, au geste, au chant qui fait valoir tous les autres ?

Et pourtant, vous avez trouvé le secret d’émouvoir ce public qui ne sera bientôt sensible qu’à de vrais combats entre des ours, et même entre des hommes, comme il arrive toujours dans les temps où les plaisirs de l’esprit sont insipides.

Adieu, cher juif, juif depuis la barbe jusqu’à l’orteil, et surtout juif dans le cœur, et sans caricature. Mille remerciements de ma soirée, et au plaisir de

vous le dire de vive voix, tout en vous assurant de ma bien sincère amitié.

Eugène Delacroix (1).

A M. RICOURT

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