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« Monsieur Le Saulnier a prêché, le jour de l'Ascension, à la paroisse, et pendant le sermon, il y eut une terrible alarme: quelque chose ayant craqué dans l'église, on crut que le jubé s'effondroit, on cria et cela fit sortir le monde avec une grande précipitation. Les uns croyoient que c'était le jugement dernier, d'autres que les ennemis prenoient la ville, on pensait que la terre tremblait et on criait au feu... et imaginez, que pendant qu'on sortait en foule, avec beaucoup de presse et de grands cris, un bataillon passa, la baïonnette au bout du fusil, allant à l'exercice; quelqu'un courut dire aux religieuses de fermer les portes, que l'on massacrait les prêtres et le peuple. Les pensionnaires et les sœurs se sauvèrent par le chemin secret dans le plus grand désarroi, et tout cela pour rien. Monsieur Voux et monsieur Le Saulnier faisoient leurs efforts pour arrêter la panique, c'étoit inutile. À la fin, les esprits se remirent un peu, et une partie des gens revinrent à l'église, les autres se sauvèrent chez eux gardant leur épouvante,
Plusieurs ont 6t6 froissés dans la foule, pour moi, je n’y étais pas et j'en remercie Dieu.
Je voudrais écrire à Mademoiselle Angèle, mais cela ne se peut faute de tems. Vous qui en avez beaucoup, faites-moi, je vous prie, le détail de vos plaisirs champêtres.
Enfin, je vous embrasse tout autant que mes bras peuvent s'étendre. Je suis obligée de finir, car tout me presse, »
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Et voici, pour terminer, une finale de lettrs de la mâme À la même, « Votre jolie let n'a fait qu'augmenter mes désirs À en être exigeante, impatiente et insassiable, ainsi, ma reine, voyez ce que vous avez À faire! Mais je ne vais pas jusqu'au murmure, vous m'en feriez ressentir toute la peine que vous en prendriez. J'espère avoir une part dans vos prières, sachant que vous connaissez la plus haute vertu. »
N'est-ce pas exquis, et ne vous ai-je pas régalés avec ces vieux échos d'autrefois ?
Le vote des femmes
Il n'y a pas si longtemps encore que l'obtention du suffrage politique semblait être le but le plus éloigné et comme le sommet des ambitions féministes. Dans notre pavs surtout, où le mouvement féministe est raisonnable et modéré, les femmes parlaient un peu en riant de ce grand privilège sans croire qu'elles l'obtiendraient de sitôt, et la plupart d'entre elles étaient peu désireuses d'un progrès en ce sens,
Pour ma part, il me semblait qu'on n'améliorerait pas la politique en y mélant les femmes et je savais qu'on gâterait sûrement les femmes en les mêlant à la politique.
Ce que nous pensions pour ou contre n'y a rien fait : le vote pour les femmes, partiel pour le moment, est un fait accompli dont
il s'agit de tirer tout le bien possible.
Tous les devoirs entraînent des respousabilités, et je me demande si les femmes qui voteront le 17 décembre, obtiront à autre chose qu'aux suggestions contraires qui vont tournoyer dans leur voisinage,
Une élite parmi elles aura une opinion personnelle basée sur la réflexion et le raisonnement, les autres vont être influencées par des considérations plus où moins dignes de déterminer un vote et qui leur sont imposées par une cabale organisée.
C'est d'ailleurs un peu ce qui arrive pour beaucoup d'hommes.
J'ai entendu, il y a 3 ou 4 ans, un de nos savan + juges, dans une conférence antiféministe, plaider contre le vote des femmes. (xriaines de ses objections étaient honnes, elles l'étaient même toutes, mais plusieurs auraient pu être invoquées également contre le vote des mmes. C'était très amusant d'entendre l'énumération de tout ce que les femmes devraient étudier et ecomprencre pour voter avec intelligence et en connaissance de cause, quand on sait que le premier imbécile venu a droit de vote, et qu'un trop grand nombre de voteurs louches attendent les élections «pour faire de l'argent ».
N'empêche qu'il avait raison, et si j'ai ri en faisant me* petites comparaisons, j'admettais avec lui qu'i ::udrait une préparation sérieuse pour que les femmes puissent exercer sainement et utilement cette pré-
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rogative qui lui semblait inadmissible à «tie époque.
Et voici que. soudainement, une loi, qui tournera peut-être contre ses auteurs, lance les femmes dans la lutte politiqu… Elles y apportent leurs qualités et leurs défauts; elles y apportent sirtout le sentiment. l’imagination, l’illogisme, créateurs de l’imprévu qui réserve toujours aux hommes des surprises déconcertantes. Et en attendant le résultat de l'agitation actuelle. je constate un curieux état de choses. Pour lutter convre les org nisations gouvernementales qui se servent pour influencer les femmes de l’argent dont elles disposent, il a fallu des organisations libérales chargées d'expliquer et de faire comprendre aux femmes leur véritable intérêt et leurs devoirs de Canadiennes, et entre les deux camps, les pauvres voteuses, sollicitées à droite et à gauche, endoctrinées, tentées, menacées, tiraillées en tous sens sont bien à plaindre ! Et bien fin celui qui devinerait de quel côté elles seront en définitive ! Moi j'ai confiance que leur simple instinct les feront se lever en masse contre le gouvernement actuel.
Il est évident d’ailleurs que Borden se défiait du sentiment féminin, et qu'en accordant 'e droit de vote aux seules paren tes des soldats, il a voulu réduire le risque au minimum.
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Peut-être ?
Ils discutèrent longtemps, ce soir-là, lui et elle, mais les discours du grand pessimiste ne pouvaient pas plus la convaincre de la prédominance du mal sur le bien dans le monde, qu'il n'aurait pu lui persuader qu'il n'était pus là, devant elle, pendant qu'il enfilait ses paradoxes.
Mais la vie elle-même nous prouverait presque qu'il n'y a pas de mal, puisque le mal est passager et qu'il sert finalement au triomphe du bien. Suivant le pouvoir que nous lui donnons, le mal ébranle, secoue, déchire. blesse, affuiblit, mais il ne détruit rien. Tout renaît, continue, recommence sans cesse, malgré le mal, parce que le Bien, la Vérité, Dieu er.ïün, ne peut être entamé.
Le mal, tout malicieux qu'il puisse être, est limité, il passe... Je ne crois pas plus à la durée du mal que je ne puis croire que les cordes de violon ont été faites expressément pour créer la petite torture que causent les sons faux.
Plus on observe autour de soi, plus on suit le cours des événements, et l'évolution des âmes, plus s’enracine dans nos âmes cette foi à la toute-puissance du bien qui peut soutenir tous les courages et provoquer tous les héroïsmes.
— Mis, objectait-il, n’avez-vous donc jamais vu vos meilleures intentions causer
le malheur des autres et parfois le vôtre ?
N'avez-vous pas vu le mal dominer et faire misérables des êtres bons au fond, mais trop faibles pour se défendre contre lui. — Non, et vous ne l’avez pas vu, non plus, puisque rien de ce que vous avez vu est définitif. Je sais comme nous nous trompons souvent; notre erreur, en passant, peut faire du mal là où nous voulions faire du bien, mais notre bonne intention, qui est un commencement de réalisation de la vérité, ne peut nous laisser, nous et les victimes de nos erreurs, échoués dans le désert des choses irrévocables. Elles nous pousse plus loin, plus haut, et malgré les apparences, c'est le bien qui sortira du bien, autrement le mal serait le maître du monde; vous n'oseriez pas affirmer cela ?
— Et que faites-vous du mensonge, de l’avarice, de l'injustice, de toutes les profondes misères dont tant d'’innocents sont les victimes? Ne triomphent-ils pas de Ja confiance, de l’honnêteté, de la faiblesse ?
— 'Temporairement cela paraît ainsi, mais cela n’est pas, puisque le mal est passager.
Qui vous dit que ces innocents, comme vous les appelez, ne devaient pas être déçus et traités avec injustice pour se réaliser en beauté? Si rar l'erreur nous arrivons à la vérité, l'erreur alors n’est qu’un marchepied.
J'ai lu quelque part que la science brûle continuellement les erreurs pour libérer la vérité. Notre esprit, notre volonté, toute
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LETTRES DE FADETY® 129
notre âme enfin se perfectionne dans la lutte euntre les maux intérieurs et extérieurs. Notre vie morale doit être semblable à notre vie physique qui consume sans cesse pour alimenter le feu de l'existence. La même rhose doit se passer dans nos âmes, il me semble: le Bien absorbe le mal, le consume... combien de fois nous avons pris notre élan dans nos fautes pour atteindre le mieux, nous installer dans la bonne volonté. Ce n’est peut-être pas bien orthodoxe, ce que je vous dis là, mais c’est plus réconfortant que vos doutes et vos dénégations.
— 11 secouait la cendre de son cigare d’un air perplexe. — Je voudruis croire cela, la vie serait plus facile, plus simple. — Et meilleure et plus heureuse, ajouta-t-elle vivement. (Crea :e a: bien, le voir même dans les âmes médiocres, ou qui nous paraissent telle:, c’est lui permettre de s’épanouir partout où il germe. — Peut-être ?...