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sont le principal mérite du style épistolaire ne s’apprennent pas : il faut en trouver le secret. Et d’abord il ne faut pas vouloir « bien faire une lettre ». Ce souci empêche sûrement la lettre d'être naturelle et votre pensée, au lieu de prendre son vol, cheminera un peu lourdement, ornée de clinquants,
artificielle et décevante.
Le secret d'être naturel, enjoué, spirituel sans effort, un grand nombre l'ont connu parmi les épistoliers offerts à notre admiration.
Pour qui veut marcher sur leurs traces de très loin, il n’y a encore rien comme d'être « soi », de se montrer dans ses lettres tel qu'on est en réalité, avec ses élans, ses goûts, ses impressions, ses ignorances, ses petites lueurs, ses faiblesses. Alors seulement les lettres ont cet attrait séduisant qui échappe à l'analyse, mais qui fait d’une lettre un instant de tête à tête charmant avec l’auteur de la lettre.
Le hasard a déjà placé entre mes mains une trentaine de lettres intimes d’une inconnue morte depuis des années. Dès les premières pages, je fus prise par l'intensité de vie qu'elles dégageaient, et à mesure que je feuilletais cette âme, en lisant ses illusions, ses fantaisies, ses bonheurs, ses tristesses, — hélas ! elles sont toujours l'envers du bonheur, — mon intérêt devenait tel, qu'à vingt ans d'intervalle, je vibrais À toutes soc impressions et ses angoisses me navraient.
Le souvenir que j'ai conservé de ces lettres, c'est qu'elles étaient très belles parce que si humaines, si palpitantes de vie et de vérité. L'auteur n'avait certes jamais songé à écrire des belles lettres; elle avait simplement laissé parler son cœur, et voltiger son esprit autour de toutes ses confidences sincères, et srn âme s'esquissait avec un tel relief que j'avais l'impression du visage penché sur le papier, j'entendais l'écho de sa gaieté et d’instinct je cherchais sur certaines pages la trace de ses larmes.
Quand les lettres d'une inconnue vous émeuvent à ce point, c'est qu'elles sont un chef-d'œuvre, et ce chef-d'œuvre ne peut être fait qu'avec de la sincérité, de la simplicité et une spontanéité qui ne calcule pas ses effets.
On reproche aux femmes de nos jours de négliger la correspondance et de pratiquer couramment le style nègre sur des cartes postales qui ressemblent à des dépêches télégraphiques.
Si ce reproche est mérité, c'est grand dommage, car les femmes ont le don d'écrire des lettres jolies et amusantes. Les moins cultivées mêmeñont de ces trouvailles de terme et de tournure qui évoquent une silhouette et font passer un sentiment par ses plus délicates nuances.
Celles-là, soyez-en sûres, ne s'appliquent pas à « bien faire une lettre », elles ne pensent qu'à communiquer ieur pensée avec
une plume si fidèle que vous retrouvez leurs intonations de voix et leurs gestes familiers dans leur écriture qui vous les apporte toutes vives.
Aimons la vie !
Les premiers rayons chauds nous appor tent de la joie et elle entre dans notre cœur comme une caresse de Dieu : les malades et les tristes reçoivent de leur chaleur bienfaisante une douceur de vivre qu'ils avaient oubliée.
Il me semble que ce n’est qu'avec cette joie dans le cœur que notre activité peut avoir tout son rayonnement. Dieu qui est toute Bonté et toute Bienfaisance doit aimer ceux qui apprécient la simple et grande joie de vivre. Je m'étonne souvent de constater que cette joie est rare, et j'entends plus de plaintes contre la dureté de la vie que de bénédictions sur le seul bienfait d'exister.
C’'es peut-être parce que nous nous occupons trop de nous-mêmes, et que voyant tout par rapport à notre personnalité, nous fermons les yeux sur la beauté de la nature qui nous entoure et sur la beauté des âmes avec lesquelles nous vivons en les ignorant.
Nous ressemblons à des lampes remplies d'huile mais enfermées dans des armoires.
Qu'une flamme allume la mèche toute prête, et ia lampe donne de ja iumière en éciairant
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les autres et elle remplit ainsi le but pour lequel elle a été préparée.
L'étincelle qui allume notre lampe, c'est la joie de sentir que la vie est un bienfait. Sans elle nous restons sur la tablette de l'armoire fermée, éteints et inutiles.
Malgré la plus ferme détermination contraire, les égoïstes sont contraints de donner aux autres de leur temps, de leur travail, un peu d'eux-mêmes enfin. Ils sont mécontents et tristes parce que ces dons sont forcés, et leurs meilleures actions ont l'acidité des fruits verts. Ils détestent la vie et s'en plaignent amèrement. Mais pour ceux qui ont compris la magnificence du grand don de Dieu, l'égoïisme est À jamais chassé de leurs âmes : ils donnent avec la même joie qu'ils reçoivent; la vie qu'ils aiment les remplit de cette joie unique qui vous fait remercier Dieu d’un beau coucher de soleil.
La pensée de la mort ne saurait les assombrir. Ils savent qu’au delà de la barrière que la Mort leur fera franchir, ils retrouveront la Vie dans une plfaitude qu'ils pressentent.
Je regarde les grands arbres nus : leurs pieds enfoncent encore dans la naige qui disparaît si lentement : leurs cimes, sur le ciel clair, ont déjà un frémissement. La sève ne verdit pas encore leurs branches, mais elle leur communique une souplesse vivante : ils sentent le Printemps tout près qui ranimera en eux la vie interrompue.
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Je me figure que nous serons ainsi dans notre hiver, et qu'ils passeront paisibles et doux les jours qui nous rapprocheront du Grand Printemps où nous sera rendue la vie suspendue un instant.
Mais si ln vieillesse ne tue pas la joie de vivre, que devient-elle, me dites-vous, au milieu des séparations, des deuils, des 6preuves inévitables ?
La douleur qui passe ne fait pas nécessairement disparaître la joie de vivre qui accompagne le don de la vie même, et qui ne peut être étouffée, semble-t-il, que par le contact du mal voulu et consenti.
Chaque aurore rose et fraîche nous apporte la force de porter le fardeau quotidien. Ce jour qui sort de la nuit, c'est l'espoir qui sort de la souffrance, c'est la sérénité qui sort de l'acceptation, c'est surtout l'évidence que Dieu prodigue l'amour comme il prodigue la lumière, magnifiquement.
Aimons la vie, et de toute la bonne volonté de nos pauvres cœurs humains, rendons-la
plus douce aux malheureux qui veulent être tristes.
Les rayonnanles
Madame de la Fayette écrivait un jour à Madame de Sévigné : « La joie est l'état véritable de votre âme.» Et c'est bien ainsi que nous apparaît encore Madame de
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Sévigné, après deux siècles écoulés, joyeuse, non pas de la joie frivole qui ne connaît pas les tristesses de la condition humaine, mais de cette joie sereine qui marque 'a force de l'esprit et la santé de l'âme.
Cette joie haute, subsistant À travers les épreuves, la maladie, la vieillesse et .ayonnant sans cesse pour éclairer le chemin des autres, est une force divine possédée par certaines âmes privilégiées, et il me semble qu'elle doit être le résultat d'un plein épanouissement physique et moral, et par conséquent d'une éducation supérieure.
Ces femmes peuvent manquer de force dans la décision et dans les idées, mais elles possèdent cette force spéciale de la douceur toute simple, de la joie dans l'oubli d'ellesmêmes, de la gaieté qui domine les petits ennuis quotidiens.
En face du monde elles gardent une éternelle fraîcheur de sensations, la simplicité et la franchise d'un cœur toujours jeune, et elles plaisent sans le chercher, sans le savoir, comme les fleurs nous plaisent, et elles sont bien véritablement les fleurs du monde.
Mais les fleurs ne naissent pas toutes seules, et le charme qui nous attire n’est que le reflet d'une formation profonde de la conscience et de la sensibilité.
Toujours et en tout, ces femmes démélent et entendent une note dominante, celle du cœur, leur sensibilité guide leur raison, et si elles savent si bien apaiser et consoler c'est
——— = mana
qu'elles ont souffert et qu'elles ont toujours pitié, même des méchants, surtout des méchants, les plus à plaindre de tous les malheureux.
Elles vivent dans un flottement de lumière, dans une atmosphère urdente : tout ce qui est vivant les intéresse, tout ce qui est faible les apitoie; elles aiment les choses et elles aiment les âmes, et si elles ne sont jamais umères c'est qu'elles sont ingénieuses à découvrir la bonté cachée chez tous, at qu'elles prêtent à tout ce qui les entoure la beauté qui est en elles.
Elles savent, comme le poète, que « tout est plein d'âme », et c'est cette ârne qui remplit tout ce qu'elles sentent et devinent, et elles sont elles-mêmes des âmes si vivantes et si belles que leur souvenir vivifie encore alors qu'elles sont disparues.
J'ai connu une de ces Rayonnantes.
Après avoir été riche et heureuse, elle fut ruinée et perdit successivement ses enfants son mari, sa maison, sa santé, l'usage de ses jambes. Continée dans sa chambra pendant des années rien ne put éteindre cette joie haute qui était « l'état de son âme ».
Près d'elle si éprouvée et si sereine, d'autres moins à plaindre allaient apprendre la résignation douce et la philosophie souriante dont elle ne se départit jamais. Elle mourut à quatre-vingts ans passés, et l'une de ses dernières paroles fut de ne pas la pieurer puisqu'elle était heurcusc de s'en aller, mais de bien prier pour elle.
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Elle était une chrétienne admirable, mais elle 6tait aussi une artiste, de ceiles qui « trempent leurs mains dans la Heauté »
pour en parer tout ce qui les approche, et elle avait le don incomparable de se donner, de donner son esprit, de donner son âme, de donner sa joie, et on la quittait en se sentant meilleur et plus riche,
La folle entreprise
Les nuages gris se sont dispersés et du ciel bleu ruissellent les rayons clairs et chauds qui font s'entr'ouvrir los petits panaches verts accrochés aux fines branches souples.
C'est le Printemps, et c'est l'Ascension, cette fête du Ciel qui ‘ire en haut les pauvres âmes terrestres. Des sourires flottent dans l'air tiède et pour nous qui nous souvenons, des effluves du passé imprègnenc l'atmosphère d'aujourd'hui Notre passé.
Il est merveilleux et si peu lointain. A compter les générations, il n'y en a pas six entre nous et ce 18 mai 1642, où Monsieur de Maisonneuve et ses compagnons venaient fonder une ville dans la forêt vierge.
On disait alors à Québec : «0 la folle entreprise ! » Ce sont les plus belles quand elles réussissent, et Montréal est le fruit superbe de cette « folle entreprise » accomplie avec un héroïsme et une nobiesse que nous ne connaissons pas assez peut-être.
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Monsieur de Maisonneuve ayant été nommé, avec l'autorisation du roi, par la Compagnie des Associés, Gouverneur de l'île de Montréal, avait choisi quarante-six hommes forts, habiles à tous les métiers, en état de porter les armes, et dont la plupart étaient célibataires. Les derniers jours précédant le départ, ne voilà-t-il pas qu'il s’avise de l'inconvénient de se passer des secours du dévouement féminin. C'était une femme peu ordinaire qu'il fallait emmener. Intelligente, dévouée, sérieuse, courageuse, bien portante... et il lui restait trois jours pour découvrir cette merveille !
Mais Dieu veillait, et ce:ime il arrive souvent quand les hommes légers oublient, Lui qui p’évoit, avait p:éparé pour la fondation de Ville-Marie une femme exceptionnelle qui arriva presque miraculeusement, du fond de la Champagne, à La Rochelle, en quête d’une occasion pour traverser au Canada, afin de s’y dévouer à la conversion des sauvages. (C'était Jeanne Mance, et elle fût partie seule avec l’expédition, si quatre des hommes de Maisonneuve n’eussent refusé de s’embarquer sans leurs femmes.
Arrivés à l’automne à Québec, les colons y passèrent l'hiver, préparant leur établissement. Madame de la Peltrie s’attacha si bien à Mademoiselle Mance que, le printemps venu, elle s'embarqua avec les voyageurs pour l’île de Montréal.
: Voilà donc ces six femmes à l’œuvre pour 1 organiser la vie de cette grande famille,