‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 3)Chapitre 3 sur 9 · E LETTRES DE FADETTE · texte numérisé non relu

E LETTRES DE FADETTE

notre dignité nous devrions crier nos désapprobations,

Vous ne croyez pas, mes amies, que je vous incite jei à blâmer et à critiquer les personnes? Jamais de la vie! Nous n'avons pas Île droit de les juger, nous ignorons leurs motifs, leurs raisons et leurs excuses, et en en parlant avec indulgence nous serons toujours du bon côté; non, mais sachons parler pour critiquer et désapprouver les modes indécentes, les pièces peu convenables, les manières osées, les libertés excessives. Au lieu de laisser faire en silence, ou de suivre le courant, avec l'excuse que “tout le monde le fait”, écartou:-nous du troupeau: n’ayons pas honte d'avoir une conscirnce et des principes solides et courageux.

J'ai le bon souvenir d'une jeune fille répondant fièrement à une autre qui se vantait de lire en cachette des romans suspects trouvés dans la chambre de son frère:—"“Oh moi, j’aurais honte de les lire et honte aussi de m'en cacher!” Voilà ce que j'appelle savoir parler à propos.

À la ‘‘cabane”’ Dès le petit printemps, une Fadette aussi ‘anadienne que votre amie, a la nostalgie du

bois, &e la “cabane”, des allées et venues dans l'érablière, à la musique de l’eau d’éra-

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ble tombant goutte à #outte dans les longues chaudières brillantes et vides.

Pendant quelues jours, elle a lutté, contre ce désir d'alles “aux sucres”, mais voilà qu'on en parle trop; les journaux mêmes racontent que les érables coulent tant et plus, et que l'activité est grande dans les bois.

Tous les matins, la gelée blanche poudrant les toits et les gazons ct fondant au soleil frisquet, lui raconte la même histoire, et un beau jour, elle n'y tient plus, elle part...

Hélas, elle en est déjà revenue!

C'est encore plus exquis que mon souvenir, plus charmant que mon rêve! Croiriezvous que j'ai trouvé le vrai printemps, sans dégel et sans boue, dans le bois encore tapissé des feuilles de l'automne dernier? Un soupcon de vert anime les arbres nus; j'ai vu des pousses minuscules aux branches des sapins; le ruisseau, débarrassé de sa robe de glace, gonflé et bruyant, court comme un fou entre les rives brunes. Bien à l'abri, j'ai découvert de petites jonchées de mousse, d'un vert si tendre, si velouté, que j'aurais voulu les caresser pour les remercier de reverdir!

Et tout autour, c’est la vie qui frémit, ondoie, bruit en rumeurs subtiles, en frissons tièdes, en gazouillis d'oiseaux qui se répondent, et il me semble que je recouvre ma liberté et que moi aussi je recommence à vivre!

Le père Béchard nous attendait: de loin, nous avions vu la fumée. qui ornait d'un

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panuche moëlleux la cabane, sur le seuil de laquelle il nous guettuit en surveillant ses bouilloires.

Lu mère Béchard, sa fille, ses petits garçons accourent aussi nous souhaiter la bienvenue, et nous nous racontons toutes nos petites nouvelles de ces six mois.

Puis nous voilà à vagabonder comme de vrais sauvages, grisés par Îles parfums de la forèt, par les lointains transparents et le ciel si bleu, sur lequel les branches se découpent nettement comme dessinées à l'encre de Chine.

Je retourne près du ruisseau qui coule à pleins bords, charriant encore des morceuux de glace, et l'air y est fra.s, léger!

A la Cabane, où nous sommes rappelés par une grosse cloche, le père Béchard retire son sirop, pendant que la vicille prépare des omelcttes au lard, de la tire, de la “trempette”, des crèpes dorées, et elle me gronde de n'être pas venue quand il y avait encore de la neige... je serai privée de “toques”!

Je la console en l'assurant que j'aime mieux manger du printemps!

Nous déjeünons dehors et nous dévorons comme des loups affamés par l'hiver.

Mais cela finit par finir, hélas! Je me console de mon retour en vous racontant cette journée délicieuse, ce plongement de la rustique Fadette dans son élément où elle voudrait vivre toujours.

Mariages de Paques

Bientôt Pâques, les jolis soleils d'avril, les mariages... je pense à toutes les petites financées frémissantes d'un bonheur profond, où ugitées de vanités puériles durant ces jours augustes de la Semaine Sainte qui n'ont pour elles qu'une signification: ils les rapprochent de ce mariage qu'elles voient venir dans la joie confiante d'un coeur qui ne croit pas à la possibilité d'un malheur qui toucherait à “eux deux”.

Combien de temps durera ce beau bonheur? Si les jeunes épousées savaient qu'elles ont le pouvoir de formuler à leur gré la réponse à cette question... que c'est dans leurs petites mains qu'elles peuvent retenir l'oiseau farouche toujours prêt à s'envoler. .….

Hélas, la plupart de ces jeunes filles ne sentent pas encore leurs âmes. Elles ont vécu Sans se connaître elles-mêmes, sans soupçonner les réalités de la vie: elles vont ‘“u mariage comme à une fête perpétuelle.

Demain elles vont commencer une vie au ‘our le jour, dans le banal à peu près d'une intimité conjugale faite d'habitude et non de svmpathie compréhensive et profonde, Chacun ne songera qu'à jouir le plus possible de la vie matérielle avec toutes ses commodités et ses plaisirs.

Etils iront ainsi quelques mois, peut-être

deux ou trois ans, avec l'illusion d’un bonheur qui n’est qu'un leurre, d’une confiance qui les laisse étrangers l'un à l’autre, d'un amour qui ne sait ni s’oublier, ni partager, et un jour viendra où l'âme de la jeune femme s’éveillera dans la souffrance, ses iliusions se dissiperont comme les voiles de brume que traverse le soleil.

Elle verra qu'elle s'est amusée avec des marionnettes, qu'elle a marché à la clarté d'une étoile illusoire, que sa joie était une fumée, et inquiète, elle se retournera pour saisir la main de son compagnon... mais il est loin d'elle! Ses affaires et ses plaisirs l'absorbent; elle essaie de le raporocher d'elle, de lui faire comprendre qu’elle n’est plus une petite fille chimérique, mais une femme qui a besoin d’être comprise et aimée fortement...

Autant lui parler hindou: “N'est-il pas bon pour elle? Ne lui donne-t-il pas autant d'argent qu'elle en désire? De quoi se plaintelle?”

C'est fini! Ils ne parlent plus la même langue... elle se sentira toujours seuie et faible et elle regrettera amèrement ce qui aurait pu être.

Je voudrais dire à toutes les petites mariées de demain: ayez moins de dentelles et plus de psychologie: n'ayez qu'un souci en tête: devenir l’amie de votre mari, et pour cela conquérir sa confiance: ce n’est quelquefois possible qu'en donnant goutte à

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goutte tout le sang de votre coeur. Qu’importe, si vous devenez l’âme de son âme et la vie de sa vie? Qu'importe, si sa confiance vient à vous si magnifique, si inébranlable, qu'il la trouverait encore au fond de son coeur, même s'il arrivait à ne plus mériter la vôtre?

Vous défierez le malheur, il n’y en aura pas d’irréparable, si vous ne faites avec lui qu'un seul coeur, si vous partagez ses sentiments et ses pensées, si vous êtes la confidente de ses désirs et de ses peines, mais pour cela gagnez sa confiance et commencez tout de suite à la mériter par votre dévouement, votre loyauté parfaite, votre courage, le don absolu de vous-même qui ne recule pas devant le devoir et le sacrifice.

Gagnez sa confiance, car il a besoin d’une affection vivifiante, d’une main amie pour le soutenîr, d’un abri où se recueille sa pensée, d'un nid chaud où pouvoir réfugier son coeur. C'est en vous, sa femme, qu’il doit trouver cela; si vous lui faites défaut, il cherchera ailleurs... pensez-y!

Professeurs de Joie

Vous connaissez, mes amies, le soulagement éprouvé à se retrouver seule au bout d’une journée très remplie et un peu bousculée; seule dans le recueillement de la petite pièce

intime où le silence est si parfait que l’on croit entendre le glissement d’un rayon sur le tapis.

Dehors, il fait froid et le vent agite les ombres du jardin; dedans, il fait tiède et le crépuscule fond toutes les nuances en un gris où les formes se détachent en masses sombres.

On ferme les veux, mais sans les voir, on sc sent entourée par les objets familiers qui ouatent d’accoutumance douce notre lassitude de corps et d'âme!

Finie la journée où il a fallu tant parler, tant courir, tant prévoir, tant sourire! La chaine des devoirs quotidiens est entière, nulle lâcheté n’en a détaché un anneau; chacun représente un effort: il a vaillamment été fait, et on a enfin le droit de ne plus bouger, de ne plus répondre, de ne plus s’agiter! C'est le repos enfin! Les idées éparpillées vont se remettre en place... Tout le jour, les autres nous ont empêchées de penser: leurs questions et leurs commentaires nous arrachaient nos pensées comme si l’on nous arrachait un livre des mains.

Et maintenant dans la pièce où la lumière s'éteint, notre âme s’éclaire et se rasserène. Quand on est aux prises avec les détails fastidieux d’une journée difficile, on s'énerve et on s’exaspère, mais on se calme quand on en voit l’ensemble d'un peu loin et d’un peu haut. O certes! dans ce coup d’oei', on ne

se juge pas sans reproches, et nos explora-

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tions au fond de notre âme ne nous révèlent ni beaux héroïsmes, ni grandes vertus!

Mais, ne soyons pas trop dures pour nousmèmes. Si nous avons eu la bonne volonté et si nous avons fait notre possible, goûtons la paix permise et promise! C’est une erreur de se juger trop sévèrement, c’en est une autre d'apprécier nos efforts par leurs résultats immédiats.

Demain nous aurons besoin de tout notre courage pour recommencer avec joie les petites choses qui font la trame de notre vie. La joie! Quel élément nécessaire dans la vie des femmes. Comme les fleurs, il leur faut ce soleil de l'âme pour s'épanouir dans tout l’éclat de leur beauté morale.

On enseigne tout maintenant, même à respirer, pourquoi n’y aurait-il pas des professeurs de joie? Cela devient urgent. Les petits hommes de vingt ans, les fillettes de seize ans se plaignent des amertumes de la vie, de la vie dont ils n’ont connu que la douceur!

Il faudrait enseigner à ces enfants que, parce que la joie est nécessaire à la vie, elle est à la portée de tous, elle est le bien propre à chacun. Trop de pauvres êtres l’ignorent, ne savent pas la voir près d’eux, en eux, indépendante des choses et des événements.

Elle peut nous quitter ou nous visiter sans que rien ait changé autour de nous; c’est donc qu’elle réside dans notre âme, et ceux qui le savent la font vivre en l’alimentant:;

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aux autres, il faudrait des professeurs de joie! Mais où les trouverions-nous?

Les hommes, pris par leur vie positive et matérielle, connaissent peu cette juie de lumière et de force intérieure: ils l’attendent pourtant et la cherchent... C’est chez les femmes qu’on trouve de ces âmes limpides, vibrantes, ardentes, faites pour recueillir en elles le reflet de la beauté des êtres et des choses: elles en font de la lumière et de la chaleur pour les autres. En effet, la joie demeure et rayonne et ceux qui les entourent trouvent la vie meilleure.

Ces rayonnantes, ne les cherchons pas parmi les privilégiées de la fortune. Elles ont trop de biens extérieurs pour se soucier de ce grand trésor intérieur, et à la recherche des bonheurs impossibles, elles ont perdu la joie douce des vies plus modestes. Cherchons nos professeurs de joie parmi celles qui ont deviné, dès leur enfance, que la vie est un bienfait, et qui ont compris, plus tard, que tout s’use et s’effare et que de nos pauvres petits gestes de bonheur et de souffrance il ne reste rien. Un seule chose dure, c'est l'oeuvre tirée de soi, c’est le bien qui continue après soir, c’est l'amour donné sans imesquinerie à ceux qui y ont droit et qui continue après soi, et qui à son tour crée de la bonté.

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De nos jours

1 n'y a pas à dire: nous sommes dans une ere de liberté sans précédent. Malgré la latitude dont jouissaient les jeunes filles il y a dix ans, la liberté qu’elles étalent aujourd'hui ne peut lui être comparée.

Est-ce un bien?

Si vous le voulez, nous examinerons les résultats.

Si les jeunes filles d'aujourd'hui sont plus sérieuses, plus cultivées, plus distinguées de ton et de manières que celles d'il y a dix ans, la cause est jugée. En est-il ainsi?

Hélas, trois fois hélas, et malgré ma répugnance à gémir sur les temps actuels, je suis bien forcée d’avouer qu’elles s’éloignent de plus en plus de la jeune fille idéale. Remarquez bien, que par là je n'entends pas le petit type niais et bouché qu’on a qualifié d'oie blanche.

Non, pour moi, la jeune fille idéale, est celle qui est fortement préparée à son rôle de femme et qui saura le remplir à son honneur, cette femme fût-elle ou non appelée au mariage et à la maternité.

Je suis bien de mon époque et je ris un peu des sempiternels louangeurs des temps anciens. Nous marchons, nous courons vers le progrès, et c'est naturel: les fleuves ne remontent pas vers leur source.

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Mais je ne vois pas de progrès dans la liberté sans limites conquise par les jeunes filles, avec ou sans l’assentiment des pauvres parents qui sont aussi étourdis que leurs enfants, ou que l’on berne à coeur que veux-tu!

“Mais nous ne faisons rien de mal, pourquoi nous juge-t-on si sévèrement?” me disait, hier, une de ces jeunes affranchies.

Ecoutez, ma belle enfant: vous ne faites rien de mal... vous, peut-être, et c’est miraclelt mais comment pouvez-vous m’assurer que tous ces beaux papillons jouant dans le feu ne s’y brüleront pas au moins les ailes?

Admettons que vous soyez toutes des anges de candeur et de püreté, savez-vous que vos allures, vos attitudes, votre ton, votre costume créent une impression malfaisante? Car, il ne faut pas l'oublier: l'influence rayonnante du mal, où si vous voulez, le scandale, ne vient pas toujours du mal même, mais aussi de tout ce qui en a l’apparence. Le Monde si large dans ses inspirations, si dur dans ses jugements classe et range parmi les femmes douteuses, toutes celles qui sont un peu libres d’allures, et bien des honnêtes femmes ont perdu leur réputation pour un flirt un peu audacieux.

De là vient l’autorité légitime des convenances qui vous paraissent puériles et inutiles et dont vous commencez par rire, avant de les mettre de côté comme étant surannées,

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Soignez donc un peu les apparences si vous voulez qu'on vous juge bien: n’affectez pas des allures de gamin, encore moins des allures de femmes qui n’ont plus rien à perdre. Serez-vous moins heureuses si vous n’appelez pas par leur prénom tous les jeunes gens de votre connaissance, si vous ne les tutoyez pas, si vos sorties nocturnes sont protégées, si votre toilette est décente, si vous ne parlez pas à tort et à travers de tant de sujets dont vous ne voyez pas le fond?

Ce qui est stupéfiant, c’est que la jeune fille actuelle fasse souvent une bonne mère de famille malgré son éducation à la diable!

Mais prenons garde!... nous nous éloignons trop du ‘ bon type ”... ne tentons pas la Providence!

Le ciel aux simples

“Jamais ils ne se comprendront! Ils diffèrent comme le jour et la nuit!”—J’entendais cela sans avoir à y répondre, et je laissai mon esprit vagabonder à son aise dans les petits sentiers que ces mots lui ouvraient.

Le jour et la nuit... l’un tout clair, l’autre toute noire... il y a pourtant un point où ils se rejoignent, et ces deux qui désirent s’entendre, arriveraient, en allant à la rencontre l’un de l’autre, à ce point où l’un se confond avec l’autre,

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Ils n'y ont pas pensé sans doute; il leur manque peut-être beaucoup de bonne volonté et plus de simplicité? Elle est bien nécessaire aux fusions d'âme cette belle simplicité!

Plus j'y pense, plus je comprends pourquoi le royaume dc” <ieux est promis aux simples d'esprit; et cert.s, je ne range pas parmi eux ceux qui manquent d'esprit! Il semble qu'étant toujours dans la clarté, ils aient moins à lutter que les autres et ils évitent ainsi les tiraillages en tous sens des gens compliqués.

Leur vie se déroule droite, régulière et il est possible, un peu routinière... et ils vont au ciel en trottinant paisiblement dans la poussière du seul chemin qu'ils connaissent, résignés à la poussière et aux inévitables obstacles qu’ils acceptent sans murmurer.

Avec ceux qui ne sont pas simples, c'est une autre histoire!

lis dédaignent les chemins battus, et par les sentiers de traverse, ils cherchent le pittoresque et l’inédit! Remplis de désirs contradictoires, ils se blessent au moindre mouvement qu’ils font pour se retourner. Ils ont en eux tous les vouloirs, mais ils manquent du seul vouloir qui les ferait des êtres logiques et “raisonnables!”

Ils voient une chose, et derrière elle, l’ombre de celle qui la contredit ou la modifie; ils aiment ce qui leur fait mal, et repoussent ceux qui leur veulent du bien...

Etonnons-nous, après cela, qu’ils soient arrêtés et empêchés sur le chemin du para-

LETTRES DE FADETTE 57 dis... le chemin des simples qu'ils dédaignent!

Moi-même n'ai-je pas eu une nuance de dédain en parlant des simples que j'admire tant?

Au moins, ils ne sont ni des escargots roulés sur eux-mêmes ,ni des parapluies au fourreau!

ls peuvent s'étendre, se déployer, parler avec leur coeur, penser avec leur esprit dans la lumière de tout ce qui est bien déterminé et bien clair!

Ce qui est compliqué est bien près de la fausseté, propre à induire les autres en erreur et à torturer celui qui en est victime habituellement.

Avez-vous remarqué comme les personnes simples ne sont pas susceptibles? C’est qu'elles admettent les erreurs des autres aussi facilement qu’elles reconnaissent les leurs, et devant une explication ou une excuse, elles n’ont aucun doute et elles ne cherchent pas à deviner d'intentions cachées.

Ne nous contentons pas d'envier ces simples qui ont sur la terre la possibilité de trouver la paix et à qui le royaume des cieux est promis par surcroît, mais simplifionsnous! Ne confions notre coeur qu'à de rares choisis, ayons des curiosités d'esprit, de l’indépendance dans la vie et les idées, mais ayons aussi de l’ordre dans notre vie, afin d'éviter les agitations et les complications inutiles. Avec cela, on m'a assuré qu’on se

58 LETTRES DE FADETTE fait une belle existence qui profite aux autres et à soi.

Que chacun ajoute à ce petit programme ce qui lui est personnel, en ayant soin d'en exclure les puérilités et les exagérations, et il ne restera plus qu’à le mettre en pratique... c'est peut-être possible...

Leur tort

Quelques femmes très intelligentes, d'une valeur morale supérieure, aimables sans coquetterie, sages sans austérité, ont un grand tort que je leur reprocherai aujourd’hui.

Elles se sont totalement retirées du monde où elles laissent oublier même leur nom:

plus de visites, plus de ces relations qui forment un lien léger, maïs un lien, tout de même, entre les femmes du monde de tout un pays ce! qui constitue ainsi ce qu’on appelle la société d'un pays. Entre le monde et elles s'élève un mur qu’elles veulent infranchissable, au grand détriment du monde qui perd ainsi un élément sain qui lui manque, et,—je vais bien les étonner,—à leur propre détriment.

Me pardonneront-elles si je leur dis, que sans qu’elles s’en rendent compte, il se mêle à leur exclusivisme un peu d’égoïsme et un peu de paresse: par le fait, elles bornent volontairement leur horizon, et vous savez bien.

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