‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 9 · DAT · texte numérisé non relu

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lité est nécessaire à l'hygiène morale comme l'exercice à l'hygiène physique. La vie sédentaire ankylose et débilite. La vie solitaire rend entier, vous dresse et vous étiole en une attitude tendue plus que nature. On v oublie les bruits humains, on y désuapprend à les supporter... on y devient difficile et intransigeant, La banalité nous invite à ne pas devenir assez singuliers pour cesser d'être humains. Elle nous rappelle aux façons communes universelles de sentir 2t de penser, au bon sens, à la bonne humeur; elle a du bon..."

Ces lignes sont vraies et s'appliquent à celles dont je parle, à qui je reproche en somme de vivre en étrangères, dans un monde qu'elles refusent de voir et qui est le leur, où elles auraient leur place et une influence bienfaisante, Condamner est facile et ingrat: ce qu'il faut c’est réagir contre les courants mauvais, et dans ce monde plus léger que méchant, qui le fera, si les femmes sérieuses et sages se retranchent dans leur vie familiale si fermée?

Décrocheur d'étoiles

“Décrocher des étoiles”, ce n'est pas un métier banal, et gardez-vous bien d’être confus quand on vous lance d’un air narquois que vous n'êtes bon qu'à cela! Un décrocheur d'étoiles est toujours plus délicat et

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plus spirituel, —duns tous les sens que comporte ce mot,que ceux qui ne sevent pas regarder plus haut que leur nez et qui criti. quent d'instinct les tendances idéalistes,

Au fond, ce qu'on vous reproche, c'est de vivre trop au-dessus des réalités et de ne Pas vous contenter de “l'ordinaire” des communs mortels. Ce n'est pas moi qui vou en blâämerai! Pour ce qu'elles sont drôles les réalités et les choses faciles à atteindre!

Je suis plutôt tentée de vous dire ce qu'écrivait Emerson à une de ses amies: “Attelez votre charrette à une étoile". On ne réussit pas à les décrocher, cela vaut mieux de s'y attaeher,

Notre charrette, vous l'avez bien compris, c'est notre vie fruste, banale, dont l'allure lourde, pour être transformée, à besoin d'être entrainée vers les régions supérieures et de s'attacher, même de loin, à un centre de lumière,

Je sais bien qu'il ne faut ni ignorer, ni mépriser les réalités; mais ce danger n'est vraiment pas bien à craindre! Que nous le voulions ou non, elles s'imposent, les réalités, et bon gré mal gré, il faut les subir. Je vous l'assure, personne ne les endure plus aimablement que les idéalistes qui s’en reposent dans un monde à eux: des ‘toiles qu'ils aiment pleuvent des rayons qui embellissent même la banalité,

Atteler sa charrette à une étoile, ec ñ'est pas ignorer l'existence de la laideur et de la

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méchanceté, c’est s'exercer à ne pas les voir partout, c'est surtout savoir s’en garder soimême, c'est vivre pure et fière à travers ce qui amoindrit les âmes vulgaires, c'est marcher, même quand la boue inonde le chemin, c’est monter sans se lasser, puisqu'on est tiré en haut par une force supérieure.

Il arrive que notre charrette s’enlize, qu'elle cotoie les abimes, parfois elle y tombe, mais toujours retenue par ce lien mystérieux qui l’attache au ciel, elle sort de tous les périls et se remet en marche après toutes les chutes.

Laissons rire les blasés, les matérialistes, ceux qui veulent mener tout seuls leur charrette, et accrochons la nôtre à l'étoile; elle nous conduira tous, jeunes ou vieux, pleins d'illusions ou meurtris par la vie, elle nous élèvera au-dessus des petitesses pour nous faire voir, de très haut, sa valeur et la nôtre, ce que Dieu ax voulu et ce qu’il attend de

nous.

De retour !

Non, voyez-vous, pour demeurer volontiers en ville quand vient la fin d'avril, il ne faut pas avoir commis l'imprudence d'aller goûter le printemps dans les bois!

D’avoir vu le soleil caresser les bourgeons frêles, d’avoir entendu chanter les grives

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