‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 9 · LET' RES DE FADEËTTE · texte numérisé non relu

LET' RES DE FADEËTTE

toutes les autres nations! Et en relevant la tête pour l’admirer et la vénérer, nous avons reçu d'elle une étincelle qui nous a rendus “plus bons” à notre tour.

Le souffle de charité qui a passé sur le Canada est admirable! Les hommes, malgré les affaires diminuées et la pénurie d’argent, ont donné, donné sans se lasser, à toutes les mains tendues, et Dieu sait s’il y en a eu!

Dans les coeurs endormis, la bonté s’est éveillée, sortant de leur quiète existence les femmes dolentes, donnant du courage à d’autres qui se laissaient mourir de lassitude, secouant les frivrles et les extravagantes, prêtant aux grands coeurs dévoués la force nécessaire pour diriger la bonne volonté des autres, et les oeuvres de secours ont surgi si nombreuses, si efficaces que nous pouvons en être fiers.

Non, l’année nouvelle ne sera pas plus triste que celle-ci. Sous ses voiles de deuil, elle laisse entrevoir l’Espérance, la confiance invinciable dans la victoire, et nous ne devons pas nous laisser dominer par cette tentation de tristesse toujours destructive d'énergie.

Ne soyons pas tristes, mais soyons sérieux.

Nous arrêtant entre ces deux années, dont l'une s’en va avec tant de notre vie, et l’autre arrive avec tant de mystère qui nous concerne, nous verrons plus clairement des vérités auxquelles nous ne pensons pas assez.

Et l’une de ces vérités, c’est que nous gas-

pillons beaucoup de forces morales à regretter l'irréparable, à trop attendre de l'avenir ou à trop le redouter!

C'est une erreur: il y a mieux à faire.

Aujourd'hui est devant nous avec ses nécessités, ses devoirs immédiats, notre monotone tâche quotidien, Au lieu de nous y donner toute, nous vivons dans le passé où nous révons autre chose dans l'avenir, et il ne reste pour le présent qu'un coeur partagé, une activité molle et un malaise général qui ne peuvent produire rien de bon.

Nous savons que nous faisons mal puisque nous nous disons: “Plus tard, j'organiserai autrement ma vie...”

Plus tard! Quand? Aujourd'hui est le “plus tard” de l'année dernière... Y avezvous pensé? Agir ainsi ‘est pas vivre, c'est attendre pour vivre, e - est bien imprudent, puisque nous ne sav\:s rien... rien du temps qui est à nous.

Nous sommes fous, et c’est parce que nous ne réfléchissons pas assez... Profitons des heures graves de cette fin d'année pour mettre dans notre âme beaucoup de vie. Remplissons-la des vérités qui éclairent et qui fortifient, et donnons ensuite le surplus de notre vaillance et de notre sympathie aux pauvres êtres qui n'en peuvent plus, parce que leur coeur est transi et que leur âme est endormie!

Les sacrifiées

J'ai reçu des jolies cartes et de gentils billets à l'occasion “des fêtes”, et ravie de ébs pensées délicates qui venaient spontanément à moi, je regrettais pourtant de ne pouvoir donner une voix à ces mots aimables, et des veux à ces amis inconnus.

Puis, à la réflexion, j'ai été bien aise que les choses soient ainsi: en principe, les petits mystères ne me déplaisent pas, et je trouve une douceur étrange à cette attirance exercée par ma pensée sincère sur les ämes où elle trouve un écho et une sympathie. Nous nous rejoignons par ce seul lien fragile, et d'une rencontre réelle surgiraient peut-être des heurts désagréables...

Continuez donc à m'écrire de jolies lettres, sans me dire qui vous êtes, sans savoir qui je suis, et recevez mes remerciements pour le plaisir délicat que n'apportent vos messages.

Les lettres! Quelle invention merveilleuse!

Quel réservoir toujours ouvert à nos idées, à nos sentiments, au tout de soi qui déborde et veut s'exprimer, mais qu'une pudeur morale étrange empêche de faire passer dans la parole parlée.

S'il y a tant de choses dans les lettres qui partent dûment adressées et affranchies, qui

dira les trésors de vérité contenus dans les lettres déchirées qui ne partent jamais!

J'ai 19 curiosité de ces pauvres sacrifiées, et je sens que nous perdons là ce que l’âme humaine à de plus profond et de plus précieux: la vérité incapable de feindre, et de se taire plus longtemps! C'est misérablement vrai que notre vie se passe à habiller, à parer où à grimer la vérité de nos âmes, de telle sorte qu'elles sont toutes, les personnages masqués de l'immense tragi-comédie commencée dès que nous avons l’âge de raison, —l'âge de mentir—jusqu'à lheure où la mort nous arrache notre masque.

Les ètres les plus sincères ont des réticences, des délicatesses, des calculs, des prudences excessives, des prévoyances inquiètes qui les rendent muets quand il faudrait parler, que d'autres âmes souffrent de leurs silences, et qu'elles-mèmes se désolent de ne pas dire leur pensée.

Et quand les esclaves volontaires de la vie urlificielle que nous acceptons servilement n'en peuver: pius, ils saisissent leur plume et écrivent d'abondance, fièvreusement, les mots qui résoudraient tant d'énigmes et qui rendraient claires tant de situations vagues et pénibles. Les femmes me comprennent bien. Laquelle n'a pas été tentée, de temps à autre, de descendre des planches où elle joue son pauvre petit rôle, avec tant de lassitude et tant de dégoût de la grande blague universelle?

Plus encore que l'homme, la femme est asservie par cette loi de mensonge qui régit la société: il lui est aussi interdit de manifester ses sympathies que ses antipathies, elle doit cacher sous des sourires ses chagrins les plus légitimes; quand elle voudrait enfermer ses bonheurs ou cacher l'inquiétude qui la ronge, il lui faut recevoir, causer, parader, paraitre s'intéresser aux péripéties de l'éternelle comédie humaine, en guettant son tour de donner la réplique.

Et un jour vient, où, se révoltant contre cette hideur du mensonge vécu, elle verse dans des lettres vivantes les seules choses qui comptent pour elle; elle écrit les mots qui sont la substance même de son âme; c’est sa vie qui passe là, sur les feuilles blanches.

Mais l'effort de la vérité voulant se faire jour a été vain! L'orgueil, la réserve, l’éducation tyrannique ont le dernier mot. Tous ensemble, ils soufflent sur ia grande lumière et l'éteignent... et la femme déchire nerveusement, en morceaux minusculeuses, son âme vraie, et elle s’en va rire plus loin avec son àme de comédienne! L

Table des Matières

S'aimer soi-méme .

La petite servante .

Petite ville .

Jours de neige .

Nos ames .

Une enquéte .

Son heure .

Discrétion .

Les cierges . :

Régime spirituel . .

Sages et femmes .

Page 1