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Mais j'affirme que le meilleur et le plus agréable dérivatif à l'esprit mondain et à lu vanité insensée de nos jours, c'est de mettre dans la tête de nos filles le goût et l'habitude des choses de l'esprit. Nous sommes à même de faire des comparaisons entre les marionnettes mondaines et celles qui ont voulu continuer à s'instruire et c'est vers ces dernières que va toute notre confiance pour l'avenir du pays.
La fortune sourit a ceux qui osent
Quand Virgile écrivait : “Ju Fortune sourit à ceux qui osent,” il devait avoir en vue ceux qui osent risquer leurs biens, leur vie même pour atteindre un but difficile et enviable. Ce vieil adage m'a fait penser, ct soir, au nombre considérable de ceux qui, das l'ordre moral, n'osent pas, et je me demande comment il se fait que les plus hurdis aient de si étranges timidités.
C'est done hien difficile d'oser être bon.
d'oser être sincère, d'oser toujours être seimême °
Oui, nous le savons tous, hélas !ear nou:
en avons tou» souffert.
ser être bon : rous eruyons l'être, nou le sommes, mais d'une bonté qui n'est qu'une ébauche : nous avons pitié, nous désironfaire du bien, nous sommes é6mus et nous
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parlons avec un sentiment vrai inspiré par notre bonté qui est touchée, mais combien de fois notre bonté va-t-elle au delà des paroles ? Elle ne sait pas se transformer en activité et en secours efficace, arrêtée, le plus souvent, par la timidité qui nous paralyse. Et je crois que lorsqu'il “’agit de souffrances morales, nous osons encore moins que devent la misère matérielle, nous approcher de cette vie triste: nous ne faisons rien pour gagner la confiance d'ur. être qui ne se plaint pas mais que nous devinons écrasé sous son trop lourd fardeau. Le coeur débordant de compassion et de sympathie, nous laissons tomber des parcies bunales ou froides, comme si, ce qui, en nous, est hon et aimant était enchatné et incapaole de se manifester !
Qui donc, en jetant un regard sur sa vie, n'y trouve pas i. remords, où au moins le regret, de ce qu'il aurait pu faire et n’a pas fait, de ce qu'il aurait dû dire et n’a pas dit ? Et l'heure s'est envolée avec l'occasion d’être ecourable. Nous n'osons pas davantage ôtre sincères. Nous le sommes peut-être dans le sens de ne pas mentir. Mais cela cuffit.il ? Sommes-nous entièrement soncères avee les autres, le sommes-nous toujours avec nous-mêmes ? Entre le mensonge que nous écartons avec mépris et l’absolue sincérité où l'âme s'ouvre toute grande, il y a place pour tant de demi-vérités ! Nous parlons, nous écrivons avec une grande circonspection, et presque tou, urs, quelque
chose reste au fond de nous qu'il aurait été bon et bien de dire mais que nous avons retenu par une pusillanimité que nous décorons du nom de prudence. La sincérité fzit la force et le charme des relations d'amitié et de l'intimité familiale, et si tant de ces liens d'affection sont fragiles c'est parce que nous n'osons pas être sincères.
Enfin, nous n’osons pas être nous-mêmes :
nous nous donnons pour ce que nous ne sommes pas et ce que nous avons de plus délicat, de pius profond et de plus vivant en nous, nous le cachons derrière des paroles vaines et des gestes puérils. Pourquoi dissimuler ainsi nos meilleurs sentiments, nos tendresses, nos pitiés, nos vertus ? Si nous osions être constamment nous-mêmes, tout irait mieux dans le monde et des abtnes de désunion seraient comblés !
Mais nous ne nous permettons même pas d'être nous-mêmes, vis-à vis de nous-mêmes!
Avec une persévérance inexplicable nous décourageons le divin en nous. Nous réprimons nos élans de générosité et d'affection avee une dureté inflexible qui finit par user ce que nous avons d’exquis dans l'âme.
Pour cultiver l'animosité et re'user le pardon nous faisons intervenir l'orgueil et la rancune, et en invoquant le sordide intérêt, nous prétendons que la raison nous défend d'être généreux: peu à peu, à force d'avoir foit taire les vertus dont Dieu nous avait dotes, nous cessons vraiment d'être
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nous-mêmes, nous nous transformons et Dieu, à son tour, refusern peut-être de nous reconnaître...
Et le monde est rempli d'êtres qui sont animés d'une singulière défiance les uns contre les autres, qui vivent sournoisement sur la défensive et comme s'ils n'étaient ni bons ni sensibles ni aimants; ils sont malheureux et ils se plaignent de n'être pas aimés!
Temps Perdu
“Perdu, hier, entre le lever et le coucher du soleil, 4eux heures d’or enchâssées chacune dans soixante minutes en diamant. On n'offre pas de récompense, car une fois perdues, on ne les retrouve plus.”
Je voudrais que cette phrase, joliment enluminée sur un carton, fût glissée dans Île cadre des miroirs des jeunes filles à côté du tally, du programme de bal, des photographies qui agitent leurs petits souvenirs devant les yeux de la paresseuse qui bâille, en se coiffant, entre dix et onze heures du matin. Deux heures perdues ! Ce serait peu ...ce sont des heures et des jours et des mois qui sont perdus, et la difficulté serait de trouver deux heures utiles chaque jour dans ces vies frivoles où la prudence la plus humaine n'est pas observée ?