‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 10 sur 23 · POUR · texte numérisé non relu

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dur et ils crurent en mourir de chagrin tous les deux.

Le jour qu'il la conduisit à l'hospice, le bon accueil des religieuses n’enleva rien à l'amertume du sacrifice. Il était sur le point de s’en aller : les petites vieilles, par groupes, bavardaient ensembie et ils entendirent près d'eux : — Encore une grand’messe demain pour la vieille dame si riche qui a donné tout son argent à l'hospice. Paraît que les soeurs vont construire une «aile qui sera nommée l'Aile Sarteau : la vieille a mis cette condition-là à son don.

Les vieux se regardèrent : - Comme je la reconnais bien, là, la Sophie ! Elle fait la fière avec son argent même dans la mort !

M'est avis, reprit doucement la vieille, qu'on fait bien de beaucoup prier pour elle !

Un Pèlerinage

Une amnie aimable, et curieuse de tous nos souvenirs historiques, m'amena, la semaine sernière, à la Pointe-Saint-Charles, au berceau de la communauté des religieuses de la Congrégation Notre-Dame. Dans notre pays où l'on démolit avec tant d'insouciance tout ce qui date un peu, cette vieille maison, où les clous mêmes auxquels sont suspendues les vieilles images ont près de trois cents ans.

est une pure merveille !

En franchissant le seuil, on entre de plein pied dans une autre époque: les plafonds et les grosses poutres de cèdre noircis par le temps, les murs blanehis à la chaux, les vieilles elanuches des portes, les targettes des fenêtres à petits carreaux. tout cela fut installé sous les yeux et la surveillance de Marguerite Bourgeoys et or n'a rien modifié.

Les cheminées profondes, qui ne servent plus, ont leurs crémaillères prêtes à recevoir les mêmes lourdes marmites de fer où de cuivre rangées dans le vieux bahut. Maintenant, des portes ferment ces cheminées: nous avons trouvé, dans celle de ‘la salle,” une mère-chatte avec ses petits; dans l'autre, des poussins en train d’éelcre dans un grand panier ouaté. Cette maison de Marguerite Bourgeoys n'est pas très grande et ne ressemble pas du tout aux beaux couvents de nos jours. La fondatrice vécut là en famille avee ses filles. En entrant, à gauche, c'est «la salle’ qui servait de salle de communauté et de réfectoire : on y recevait les visiteurs et on y vivait. Des fenêtres en avant et en arrière l'inondent de lumière et de soleil. Le poèle est au centre, des fleurs remplissent de verdure les fenêtres du midi. Une longue table est entourée de chaises empaillées dont le grand âge ne nuit pas à la solidité; il n’y à qu’un vieux fauteuil, celui de la Mère et que l’on offrait aux visiteurs. Une horloge haute, debout dans un coin, dit l'heure sans se ‘asser depuis quelques chose comme 275 ans. On

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nous assure que, d'après les livres, elle fut réparée la dernière fois en 1720 ! Voilà qui témoignerait en faveur de l'horlore et de l'horloger!

La cuisine est intéressante : In seule note disparate est le poèle nirkelé et tout à fait moderne : il paruît dépus:€ parmi les tables, les armoires et toutes les si anciennes choses qui nous amusent.

Nous montous l'escalier à la rampe étroite dont les marches sont creusées au milieu pourtant de petits pieds actifs et bienfaisants. Marguerite dormit dans le petit dortoir et dans l’un de ces lits de bois à montants reliés par des barres de fer soutenant les rideaux d'indienne. C'est toujours le même plafond aux poutres éauarries à la hache, et les murs à la chaux sur lesquels se détachent de très anciennes statues de la Vierse et de Seint-Joseph et un grand erucifix Cesont lequel se sisrent les religieuses d'aujourd'hui eomme le faisaient les pauvres petites Sceurs d'autrefois exposées à tant de danrers et à tant de misères.

La chapelle est toute petite et d'une simplicité phénoménale en ce temps de fioritures et de décorations eriardes. Un autel de bois peint en blane, six chandeliers de bois, quelques vases à fleurs. Le temps a donné aux vieilles estarres du Chemin de croix des teintes palies. es petits banes et des chaises empaillées. Un ancien meuble qui tient de l'armoire et de la commode est placé

72 LETTRES DE FADETTÉE

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près de l'autel et c'est toute la sacristie : il contient les vases et les vêtements sacrés.

Nous avons tout visité : la laiterie et les greniers superposés où dorment de vieux coffres de bois, des huches à pain, des chundeliers de cuivre, des dévidoirs de formes diverses et plusieurs rouets.

Des fenêtres des mansardes nous apercevions le fleuve qui roulait ses blocs de glace et, plus loin, l'île donnée «tx religieuses par monsieur Le Ber, père de la recluse et pendant quelques instants nous nous sOmmes cru très loin de l'agitation de la ville et du vacarme du progrès.

Un bon chien noir et un chat familier nous suivaient, aceentuant le caractère d'intimité qu'a conservée la vieille demeure claire et charmante dont je garde un souvenir ravi.

La luite

Dans le froid eruel qui noircissuit les bourgeons tendres et tuait les petits oiseaux transis, nous avions dans l'âme toute l'angoisse du printemps brutalement repoussé par le brutal l'hiver, c'était l'angoisse des beaux sentiments déeus, l'angoisse des âmes qui accueillent la vie avec confiance, en l'aimant pour sa beauté, sans sospçonner 5 dureté, et qui tout à coup sont frappés pa:

elle. Et nous regardions tristement, par la

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fenêtre, l'image de nos luttes pour tenir contre tant d'obstacles et tant de contretemps, et il nous semblait revivre les heures où nous avions été près du découragement.

Se décourager, cesser de lutter, renoncer à tout le bien que l'on a désiré pour se plonger dans l'inaction et la tristesse, c'est pourtant la seule chose absurde et que repousse vaillamment une âme fière. Rentrer en soi est bon pour recueillir les forces que nous avons, mais ce retrait de l'âme ne doit pas se faire dans la triste:se qui ne recueille que nos faiblesses et ne fait sortir de nous que l’égoisme et l’amcrtume. A caresser ses propres douleurs en s'; absorbant, on oublie trop la yrande misère du monde : il y en a tant qui sont plus malheureux que nous, dans l'impossibilité où ils sont de trouver en eux et hors d'eux une issue pour échapper à leur misère morale et matérielle.

Quoi qu'il arrive, chères petites soeurs accablées qui m'écrivez, il faut essayer de tenir sa tête au-dessus des vagues, et si l’on ne sait pas nager savamment, se débattre et lutter sans relâche afin de ne pas enfoncer ! C'est le propre des âmes bien vivantes de ne pas s’abandonner, de ne pas dire, ‘la lutte est impossible," et toujours elles finissent par réussir, reconstruisant sans cesse un idéal nouveau, tendant infatigablement vers lui, employant leur intellirence et leur volonté à vivre, pleinement et utilement, puis-

que aussi bien, tft vire quand même tout irait très mul.

Les mes Vauillantes sont les vrandes forces de ce monde : elles savent que leur courage “joute à la sonune di courage humain par quoi la vie e:t belle et bienfaisante, Elles sentent leurs épreuves, elles en souffrent cruellement, mais jamais elles ne s'abandonnent à la tristesse déprimunte et stérile. Que de merveilleux « semples de courage or:

rencontre dans la vie ! De quelle ré: istance sereine et gaie font preuve même les fenimes les plus fragiles: elles se donnent corps et âme à leur oeuvre «uns se laisser rebuter pur rien: leur dévouement est si spontané, si entier, si parfait, que ceux pour lesquels elles donnent leurs forces, leur énergie, toute leur vie, ne sentent ni leur effort ni leur usure, ne voient pas au'elles sont admirables. Cel:

semble si simple et si raturel, ce dévouement, qu'il ne paraît même plus méritoire, et de cela non plus, elles ne s'inquiètent pas, elles ept trop à faire pour couvrir ceux qu'elles uiment de leur force, de leur protection et ne jemauis perdre un atome de leur courage, pour arrêter à regretter les admirations refusées.

Lt où trouver la source de ce courage qui est le propre des fine: supérieures ? Dans leur «irour de la vie qui dontine la souffrance, dans l'exercice de toutes les puissances de leur ue, dar, leur lutte eontre toutes les:

orres du mal, dan. leur sacrifice pour des biens dont d'autres bénéficieront. Ce qui

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veut dire, en langage chrétien, dans l'expansion et l'élévation de leur âme qui a compris, qu'en vivant dans l'harmonie de tout leur être avec la vie telle que voulue par le Créat ur, elles concourent à l'oeuvre divine, elles se divinisent.

Imprudentes

Le petit Printemps hâtif fait une appavition charmante : enveloppé de soleil, souf- ‘lant des caresses, il a touché les saules qui reverdissent et les lilas dort les bourgeons se vonflent. Ilan même voulu se faire accompaener d'éclairs et de tonnerre, tout comme s'il était installé, et naifs, et crédules con me toujours, et tout en disant : “I fera encore froid." nous n'avons pas voulu croire que le printemps de mars est un être fantastique qui disparaîtra dans une viboulée !

Et le: femmes imprudentes ont mis de côté leurs vêtements chauds : chaussées de bas de soie et de souliers lérers, elles sautent par-dessus les flaques d'eau où y dénosent maladroitement le pied, quand le jupe trop étroite arrête leur élan ! Oh !il y aura beaucoup de rhumes et des grippes et des névralries, car les imprudentes ne veulent pas vomprerdre qu'elles ne sont ni nlus jolies, ni plus aimées quand elles sont : êtues trop

légèrement pour la saison,

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C'est très difficile, 11 me semble, de saisir la mentalité des fernmes élégantes qui, à n'importe quel prix, veulent inaugurer et suivre Ïa mode à outrance,

Leur but évidemment, c'est de plaire aux hommes et d'attirer leur udmiration. Mais peuvert-elles croire sérieusement que les hommesremarquent ces détails qui, pour elles, ont une telle importance? [ls ne les voient même pas, ou, s'ils les remarquent, c'est souvent pour en critiquer le peu d'à-propos.

Un ensemble agréau'e flatte leurs yerx; ils aiment qu'une femme soit jolie et bien mise, mais c'est idiot de s'imaginer que Île degré de leur admiration sera mesuré à l'épaisseur des bas et des chaussures, et qu'ils tomberont en arrêt devant une femme qui s'habille, le vingt-cinq mars, comme si c'était le vingt-cinq juin ! Que de peines perdues à nourrir ces folles illusions et que de malaises immédiats et de maladies contractées qui compromettent peut-être leur santé pour toujours, Plus tard, elles auront besoin de toute leur réserve de forces pour être des petites mères solides et courageuses, et elles seront languissantes et molles comme des chiffons !

On constate tout de même avec joie que le mouvement de réaction contre la frivolité féminine est en progrès : on rencontre beaucoup de jeunes filles sérieuses qui aspirent à autre chose qu'à être des mannequins élégants. Celles-là ont demandé à l'étude de

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à | les sauver de la puérilité vaine et de In vanité t effrénée aui rôgnent dans les grundes villes, Elles suivent des cours, assistent aux confé.- Lx rences, se livrent à l'étude de langues étranis pères, font des vetures sérieuses et, peu À en peu, elles :» “ent des préoccupations #, 1 mondaines TER * intéressante et nt leur espri : ion upé. Et parce st qu'en di »“, elles coml prenne vie elles ne : dédaie tit IX travaux du 1 î méniu ti ce sont les plus le | intelle, toi rent mieux à leur à véritable : nur ut qui se imôlent et | plus activeu ouvres de char'té.

né Ei cela n° ui dore surprendre, Les si jeunes filles formees sérieusement sont atties rées vers lex choses sérieuses, Ayant appris ue à observer, à comparer et à réfléclir, elle ë n- : jugent à sa vileur la srande mascarade mon- v ur à daine et elles cherchent leur bonheur dan: nt une vie où elles sentent vivre leur âine.

ur 4} Il y a plus : en devenant plus intelligentes 1H, 4 et plus sérieuses, ‘les se rendent plus aptes à ne F4 comprendre le. hommes et à se rapprocher - d'eux par l'esprit.

le É On doit me connaître axsez pour savoir que té | vier n'est plus loin de ma persée ‘ue de préu- : coniser la formation de femmes : ’antes et nt d'odieux bas-bleus ! C'est Al'uilleurs une £. l6- i espèce qui vient mal dans notre Canada : de encore pénétré de 11 modération et du bon H : ens français, |:

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