‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 17 sur 23 · APPLIED IMAGE · texte numérisé non relu

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410) LETTRES DE FADETTÉE

plus de beauté et de bonté. Si vous vivez des heures tristes, vous me répondrez peutêtre que nous avons la même puissance pour eréer les pensées troublantes et les impressions malfaisantes! Je ne crois pas, cependant, quele mal se produise avec la même facilité que le bien : il n’est pas si fort, il passe, il ne s'implante nulle part pour tou-

jours, -— aucune âme n'étant exclue du pardon et de la régénération, — tandis que

la plus légère semence de bien, parce qu'elle est divine, germe obscurément et finit par s'épanouir dans les coeurs où l’on n'osait plus l’attendre. Voilàle secret des générosités, des dévouements imprévus qui ont jailli après avoir été longtemps invisibles et insoupçonnés. Cette certitude dubien qui ne se perd jamais rend la vie attachante et meilleure, elle nous fait plus indulgents pour les autres, plus patients avec nous-mêmes, car parfois nous nous traitons durement.

Découragement

Il faut quelquefois beaucoup de volonté et un grand courage pour accomplir toutes les tâches qui sont la trame d’une journée ordinaire, et qui, habituellement monotones et insipides, deviennent odieuses quand elles nous arrachent à la pensée qui voudrait nou:

absorber. Ranger du linge, repriser des bas,

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préparer le menu, donner des ordres, les répéter, en surveiller l'exécution et sentir dans son coeur une inquiétude qui le ronge, un chagrin quile tourmente, etauxquels on refuse de s'arrêter parce que la foule des petits devoirs vous appellent, vous accrochent,enchaînent votre pensé et votre volonté c'est une fine torture qui a éprouvé bien des vertus féminines. Les vaillantes y vont de toute leur énergie en essayant de ne pas crier leur angoisse et d’être actives, attentives et patientes. Parmi elles il y en a qui ont même appris à bénir la contrainte tyrannique qui leur enlevait la liberté de s'occuper de leur chagrin. C’est que sur leur route, elles ont déjà rencontré des femmes qui, u’étant pas forcément distraites de leurs soucis ou d'une grande douleur s’y sont livrées entièrement. Délivrées des devoirs encombrants et des nombreuses responsabilités dont nous nous plaignons, mais privées aussi des bonnes tendresses exigeantes de la famille, elles ont été sans défense devant leur chagrin qui s’est emparé d'elles, les à roulées dans ses plis noirs et elles ne voient plus rien d’autre! Tout ce qui est en dehors de lui, c'est-à-dire d'elles mêmes, est négligé et oublié, et fatalement, l'épreuve qui devait élargir leur coeur et l’attendrir en lui faisant comprendre les épreuves des autres, l'a replié en un farouche mouvement d’égoisme qui le déforme.

Ayons pitié de ces malheureuses qui s’isolent volontairement dans la vie parce que la vie les a blessées. . .elles n'ont rien compris: ni Dieu nila vie ni leur propre nature, et ne nous plaignons pas trop des devoirs impérieux qui nous arrachent péniblement à nos chagrins. Ils sont un dérivatif bienfaisant et ils sont extrêmement utiles au maintien de notre santé morale.

Nous sommes trop portées à nous croire un centre auquel tout doit se ramener.

Soyons un centre, soit, mais un centre qui, uu lieu d’absorber les rayons, les répande au dehors. Les instincts d'égoisme auxquels nous cédons, quand nous nous désintéressons de nos devoirs immédiats,ont vite fait de nous aveugler et de nous affaiblir; nous ne voyons plus ce que les nôtres ont droit d’attendre de nous, ou, le sentant vaguement.

nous n'avons pas la force de le leur donner.

Et pendant que nous empoisonnons notre âme de nos chagrins, d’autres âmes, dont nous ignorons les appels, s’en vont sans guide dans des voies détournées, et des enfants dont la mère est vivante sont abandonués comme des orphelins !

Cette misère, jel’ai vue et j'en ai été navrée. Les mères n’ont pas le droit ni le temps de s’absorber dans la douleur! Elles doivent leurs larmes comme tout le reste aux enfants qui leur ont été “onfiées.

Le seul grand malheur réel, c'est de permettre à son âme de s’égarer dans un étroit

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égoisme qui l'empêche de réaliser le bien et le beau qui sont en elle. Comme Dieu répand sur la terre les rayons du soleil et les pluies bienfaisantes, Il envoie aux âmes la joie et la douleur; les uns et les autres sont nécessaires à l'épanouissement parfait des fleurs et des âmes. Toutes se redressent plus belles quand le soleil reparatt et, parce qu'il a plu, les fleurs ne cessent pas d’être une joie.

Boches

J'assistai impuissante à un drame qui se joua sous mes yeux au commencement de juin. Une petite maison d'’oistaux, solidement fixée au sommet d’un arbre mort, était devenue la demeure d’un couple de rossignols gris qui venaient familièrement autour de la maison, chercher les miettes de pain que chaque repas renouvelait. Or, un matin, un grand tapage à la maisonnette attira mon atteition. Un écureuil était monté, en quête, probablement, des oeufs dout ils sont friands, et trouvant l’habitation à son gré, en avait chassé les propriétaires et en gardait la porte: les oiseaux affolés volaient en faisant de grands cercles autour de l’envahisseur et poussaient des cris verçants. Mais solidement assis sur le derrière, l’écureuil les défiait: en vrai boche. il

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devenait possesseur de ce qu'il avait pris parce qu'il était le plus fort.

Les oiseaux ne s’apuisèrent que vers le soir. Ils refirent un nid dans un sapin touffu, tout près de la maison et ils continuèrent avec nous leurs relations de bon voisinage, enseignant plus tard à leurs petits que nous étions des amis.

Les écureuils aussi élevèrent des enfants dans leur maison volée, et jusqu'à aujourd ‘hui tout semblait leur réussir malgré leur malhonnêteté ; je me disais toutefois “Comment feront les petits pour ‘lescendre de là? La mère va et vient, et ns la moindre hésitation elle accomplit des merveilles d'équilibre, mais elle n’a pas commencé une telle gymnastique à six semaines ?”

Il faut vous dire que l'arbre n'a pas une branche: c’est une haute et mince colonne sur laquelle une planchette soutient la inaison et déborde autour enformant une plateforme assez large. Pour en descendre, il faut un bond en bas, en caleulant bien son élan pour retomber sur l'arbre et chaqne fois que je vois exécuter le saut périlleux, je m'attends à une catastrophe.

Ce matin, à plusieurs reprises, il y eut.

dans la maison et sur la plate-forme, de:

discussions, des grounderies, des coups, de:

cris désespérés des petits qui refusaient de se risquer et rentraient se cacher dans leur nid. La mère les ramenait au-dessus de l’abtme et les scènes recommençaient sans plus de

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succès, Les parents sont inauiets et furieux. En n'écoutant que leur embition et leur désir effréné de conquête, ils se sont aveuglés sur les conséquences d'une installation si contraire aux hubitudes des éeu reuils et les petits paieront peut-être de leur vie leur ‘oumission aux ordres impérieux de leurs parents.

Les hommes et les bêtes ont les mêmes défauts: c'est étonnant et humiliant de constater les ressemblances! Commient se fait-il que l'âme, dont rous +emmes si fiers, ne nous ait pars élevés au-dessus de toute comparaison ?

Il n’en est rien: Comme les écureuils, les hommes disent: ‘‘Ote-toi de là que je m'y mette,” et s'ils sont riches et forts, ils prenvent ce qui les tente ct ils jouissent paisiblement du fruit de leurs injustices.

Les hommes aussi, cominie les écurevils, manquent de discernement. S'illusionnant

: sur les capacités et les forces de leurs enfants,

ils exigent d'eux un travail au-dessus de

leur âge, et si tant d'enfants sont ignorants

dis iiaani idéi

quand ils vivent près des écoles, c'est que les parents les exploitent et préparer t. sans s'en douter, des révoltés, qui, un jour, demanderont compte à la société de l’égoisme et de la bêtise de leurs parents.

Et chez nous, comme chez les oiseaux, il y

sa des êtres courageux uue rien n'aba

vaincus, chassés, ruinés, ils recommencent bravement leur vit; reconnaissant l'erreur

oo

d'attirer l'attention des envieux, ils refont leurs nids dans l’onbre d'une vie retirée et élèvent leur famille en édifiant une fortune modeste et sûre.

Chez les hommes et chez les bêtes, il existe des êtres de proie cruels et malfaisants, #ar jours à l'affût pour profiter des erreur: et 1es imprudences, intriguant toujours pour abuser de la générosité et de la confiance de: autres.

Ils sont quelquefois les instruments de leur propre perte et, comme dars le eas de mes petits écureuils, leurs crimes retonibent sur la tête de leurs enfants et leur succèapparent est éphémère.

Mes chers lecteurs, quand on flâne dan:

une solitude agreste, on ne peut guère qu'observer les curieuses petites créatures qui nous entourent et l'on fait des rapprochements dont je m'excuse auprès des grands orgueilleux qui se croient toujours les seigneurs de la Création!

Les Oallets de Madame Goderre

Il y avait si longtemps que les commèéredu village avaient décidé que Joseph Brisard épouserait la veuve Goderre, que l'émotion fut grande, mais non la surprise, €!

voyant le bonhomme traverser la grand'rue avec un oeillet blanc à sa boutonnière. Or,

refont de ces oeillets il n'y en avait que dans le e et \ jardin de Mame (oderre et elle n'en donnait tune jamais à personne! Vous saisissez ? On avait à la preuve évidente que Joseph Brisard l'exis- avait fait la grande demande et qu'il avait sants, | été agréé. D'un perron à l'autre, la nouvelle rreur: se transmettait et les commentaires étaient s pour animés et d'ailleurs bienveillants.

ce de: Veufs tous deux, vieux tous les deux, ils avaient chacun un peu d'argent et, de l'avis ts de de ces sages bavardes, ils se convenaient as de parfaitement.

etoni- La demanile en mariage avait 6t6 simple et succés brève : -- ‘Je suis sûr que vous êtes une bonne femme Mame Goderre et sans me dan: vanter, Je vous ferais un bon mari. Voulezqu'ob- vous qu'on se marie?” Elle avait dit oui, 'S qui sans phrase et sans émotion apparente. roche- Mais, s'attendant à cette démarche, elle zrands avait compté qu'un peu de sentiment serait es Sel- de la partie; elle se rappela, involontaire-

ment, l1 déclaration si tendre de son Georges, trente ans avant et elle soupira. Joseph Brisard, de son côté, était désappointé: il admirait sincèrement la femme de son an-

rre clen ami, mais il aurait aimé qu'elle parût

un peu émue. Ah ! comme elle était gentil- \mère: le, sa petite blonde d'autrefois, quand il lui h Br. avait demandé d'être sa femme ! Et comme l'émo-f: il tremblait Jui, déjà mûr, craignant d'être se, ex |: refusé par l'enfant de dix-huit ans. Il soupira nd'rue f: aussi, meis il seecoua vivement l'espèce de

re. Or,[? gêne qui suivit leur accord si peu sentimen-

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