‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 18 sur 23 · ON LETTRES DE FADETTE · texte numérisé non relu

ON LETTRES DE FADETTE

mn ES

tal. Quand il s'en ullu, elle l'accompagna dans l'allée du jardin il lui demanda un oëeillet blane qu'elie épingla à sa boutonnière.

Le soir, à huit heures, il arrivait, toujour fleuri, mais d'un oeillet un peu fané que vit de suite sa solide fiancée qui ne donnait pus ses fleurs pour les voir mourir ! ‘‘Cieorges l'aurait mis dans l'eau,” pensu-t-elle.

Le bonhomme, installé dans une grande berceuse, demanda lu permission de fumer, et pendant qu'il bourrait sa pipe, madame Goderre tirait à elle son tricot, et tout à coup, involontairement, elle laissa échapper sa pensée : - - ‘‘(Gieorges ne fumait jamais!" Surpris, décontenancé, il retira sa pipe.

Vous me l'aviez permis.. Oh ! pardon continuez, je vous en prie, oui, je vous l'ai permis et je veux que vous fumiez, Jos !

Jos! — ellel'avaitappeléJos, comme faisait sa petite Luce; le nom lui revenait avec de:

intonations caressantes, et mû par une répugnance à mêler le passé au présent:

Peut-être, fit-il lentement et en cherchant ses mots, peut-être mame Goderre, comme nous ne sommes plus jeunes, vaudrait-il mieux m'appeler Joseph, vous ne trouvez p:

que ça convient mieux à un homme de mot âge ?

La conversation ne fut pas bien animée:

leurs souvenirs de jeunesse persistaient à tendre entre eux un voile, et distraits, tirés en &rrière par leur passé heureux et lointain. ils n'arrivaient pas à être franchement et

agru a un nière.

jour ie vit it pus orpes

rande er, el dame out à apper 8!" pe.

rdon is l'ai !

aisait e de:

une ésent :

chant ne rait-il eZ pi à oil

imée:

ent à

tirés ntain.

nt et

cordialement attentifs l'un à l'autre, Quand dix heures sonnèrent, il se leva prit son chapeau, hésita, fit trois pas, revint, et prenant soncourage à deux mains: n'ya rienpour retarder notre mariage, Charlotte, si vous fixiez le jour ? - Elle eut un choc:

interdite, étourdie, il lui sembla que la parole l'abandonnait, mais tout à coup, elle vit clairement que ce mariage était impossible, et elle le lui dit bien doucement : elle l'es. timait bien, mais jamais elle ne pourrm ainsi abandonner son Georges, elle était sûre que lui ne se serait pas remarié si elle fut partie la première, ‘Et, j'ai l'impression, ajouta-t-elle, que vous éprouvez la même chose que moi : nous ne serons pas heureux.”

Il ne dit ni oui, ni non, il tournait son chapeau. Enfin, lui tendant la main :— Nous avons le temps d'y réfléchir, vous chan verez peut-être d'idée ? Et il partit, la laissant un peu dépitée au'il ait pris son refus si tranquillement.

Deux jours après, la voisine de Madame Goderre, n’y tenant plus, arriva avec son tricot pour une ‘petite jase.”” Toute frétillante de curiosité, elle avait à peine enlevé son chapeau qu'elle félicitait son amie et lui demandait à quand le mariage. — Jamais, répondit la veuve. C'est vrai que Joseph Brisard m'a demandée, mais j'ai refusé : je ne puis me décider. Je passerais ma vie à me tourmenter et à me dire que (Georges m'’accuse d’infidélité...

L'autre éclata de rire : ‘Quelle bêtise, mume Goderre! Votre mari! Il était ‘omme tous les autres: il vous aimait bien, mais il vous aurait vite oubliée, et quand à ce que vous faites maintenant, çn ne le tracasse plus! N'allez pas manquer une telle chance!

Joseph Brisard est riche, il n'a ni parents, ni enfants, vous non plus; c'est un bon et honnête homme: il a besoin d'une femme comme vous pour avoir mieux soin de lui que sa première, une petite sans-dessein qui ne lui « jamais donné de confort, Mariez-vous, mu chère amie, c'est triste de vieillir toute seule."

— ‘‘Elle n peut-être russon,” se disait la veuve en prenant son souper solitaire, ‘‘et si je savais que (ieorges.. ."”

Le soir, ne pouvant dormir, elle était dan:

l'obscurité près de sa fenêtre ouverte, et dans le silence, lu conversation de ses deux voisines lui arrivait très distincte : — Son Georges! Non, il n'aurait pas été veuf longtemps, et ça ne lui coûtait pas de faire de l'oeil aux femmes ! Je le vois encore passer, le matin, avec ses oeillets blanes, qu'il donrait en passant à la petite femme du vieux Brisard et ça jacassait à la barrière !! Je crois bien qu'il n'y avait là que des ozillets et de: oeillades, mais c'est pas pour un homme comme lui qu'il faut que sa femme s'enterre' Ah ! Non !”

Ses oeillets!.. Son Georges les donnu't à cette petite écervelée! Ce fut un rude

tise, mime \is il que ‘AsSe nce!

#, ni honmme preui a ,. pt oute

isait ‘ ‘et

dan:

, et deux Son onge de sser, pait Bri- CTOIs L de:

mie erre!

inu't rude

coup pour la veuve! Mais In réaction fut salutaire, Quand elle eut recouvré son aplomb, elle fit de si jolis saluts à Brisard qu'il eomprit que le vent avait tourné, et que bientôt il mènerait à l'autel une madame Brisard qui ne se laisserait plus inquiéter par les fantômes.

XXXHII

Le Sorcier

Le beau lae Tremblant, aux eaux profondes et agitée:, étendait maintenant sous nos yeux ravis sa surface bleue dans laquelle ses îles baignaiert comme d'immenses corbeilles vertes. Nous avions atteint l'extrèmité nord, et voilà que, sous les arbres qui se rejoignuient et en dissinulaient l'entrée, nous pénétrâmes dans la Rivière Cachée, si bien nommée, où nous glissions parmi la verdure des jones et des nénuphars.

Les rives, aux tournants imprévus, étaient couvertes de fleurs et peuplées d'écureuils gris, d'oiseaux innombrables et de grands papillons qui venaient jusqu'à nous et se posaient sur les hautes herbes que le canot couchait sur notre passage et qui se relevaient gracieusement après ce bain forcé:

des insectes bleus ou dorés, d'un éclat métallique, se posaient sur nous en fredonnant leur petite chanson monotone,

Je revivais des impressions d'enfance:

j'avais voyagé, en lisant, dans des pays semblables à celui-ci, où, la nuit, les fées venaient animer la solitude et jouer avec les rayons de lune.

En r2passant le long du mont Tremblant, les légendes du grand Manitou Evwitchi, puissant, magnifique et terrible me revinrent à l'esprit, et je me perdais dans ces rêveries fantastiques, quand le vieux Moïse, notre gvide, mit en fuite la divinité sauvage en me demandant à quoi je ‘“jonglais.”

Et plutôt aue de iui avouer mes ‘‘jongleries,”” je le questionnai, et il se mit à se raconter avec une langue et une verve inimitables.

La cenvaine d'ours tués, les têtes de loups payées par le gouvernement, les pèches mirobolantes, toute sa vie aventureuse de campeur et d? trappeur dans la forêt sauvage me furent présentés en tableaux vivants que je n'oublierai pas.

— On m'a dit, monsieur Fleury, que vous aviez le don de découvrir les sources ?

— Bédame, oui, j'suit un sourcier. Mais ça, Madame, c’est pas forçant. A soixantequinze ans, que j'aurai faites le quinze août. c’est une ouvrage plus douce que de coucher un âbre à terre ou de tuer un ours.”

Je voulais me renseigner et mes que*tions se multipliaient.

— Voilà, c'est ben difficile de vous e\pliquer clairement comment la baguette sent l'eau; si vous voulez venir avec moi, ce soir.

je vous ferai voëre: rien comme de voere avec ses yeux, et m'est avis que si le bon Dieu se cachait un peu moins, il y aurait moins d’incroyants.”’

Et le soir nous vit, le vieux Moïse et moi, monter, par le bois, le sentier pierreux qui va rejoindre 1 grande route. Au bruit de nos pas, les perdrix se levaient et s’enfuyaient, les écureuils regagnaient les sommets , et les oiseaux sifflaient avec impertinence en s’avertissant de notre passage.

Devinaient-ils que nous allions à la recherche d’un filet d’eau avec nos branches de coudrier, et que par la magie de nos petites baguettes nous prétendions connaître avec certitude l'endroit d'où l’eau jaillirait dès qu’on y creuserait ?

Curieuse, un peu incrédule, tenant avec fierté mes petites branchettes taillées en fourches, je suivais mon guide, en m'’extasiant sur la beauté du soleil qui disparaissait derrière la montagne incendiant le ciel et le lac.

Le bonhomme me fit signe d'arrêter. Il tenait fortement, de chaque main, les deux branchettes latérales et la branche principale pointait en haut. Très lentement, comme s’il accomplissait un rite, il se mit à marcher, et je ne perdais par des yeux le bois magique. Et voilà que je le vois s’animer, trembler, puis d’un mouvement continu s’incliner vers la terre: on sentait, on voyait la résistance que lui opposait les mains serrées du sour-

ro

cier, si bien que la baguette se brisa, non sans que le bout dirigé d'abord vers le ciel ne se fut tout à fait tourné vers le sol. Il recommença sa démonstration plusieurs fois, avec la même sclennité et le même succès, et il me proposa de l'imiter.

C'est la foi qui me manque ou le don ? Ma baguette n'eut pas même un frisson. Hélas!

je n'ai pas le fluide merveilleux qui guide les âmes vers les sources d’eau vive ! Mais j'ai acquis une certitude parce que j'ai vu le miracle. Il a raison, le vieux Moïse. Rien comme de voëre!

Je crois aux sourciers désormais: ce sont des êtres privilégiés et ur. peu sorciers, €'est du moins ce qu'ils :roient en leur for intérieur.

Le Secret Rongeur

Parmi les douleurs de toutes sortes qui blessent les âmes humaines, l’une des plu:

cruelles est celle qui, à tout prix, veut se cacher afin de n'être pas devinée.

Tapie dans le coeur, comme une bête malfaisante, sans cesse elle le ronge, interrompant le sommeil, la nuit, et mordant et griffant, le jour, quand on espère avoir trouvé une heure d’oubli.

Le coeur, tourmenté sans cesse, ne s’hahitue pas à cette torture, la pensée toujour:

qui lu:

se

nalom- , et voir

abi- )Jur>-

GIP RE PSS

Page 1