‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 21 sur 23 · D ES · texte numérisé non relu

D ES

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comme une actrice de cinq sous! Son père la reluque narquoisement. — Cré bateau !

qu'on s’est enjolivée, lu Julie! l'est pa:

pour dire, mais y a semblance que t'en 2:

mis un peu trop ! —

Boudeuse, Julie grimpe dans la charrette sans répondre et ils partent aux joyeux aboiements du chien qui s'est chargé de toux les bonjours.

Marie, sur le seuil, regarde longtemps la poussière soulevée par le lourd véhicule.

Elle aimerait bien aller quelauefois à Sorel, mais ce n’est jamais son tour et Julie lui à brutalement expliaué pourquoi hier.

T'as pas d’orgueil de vouloir te mon trer à la ville! Pauvre fille! tu feruis rire de toi! —

Elle n’est pourtant pas ridicule, la petite Marie. À la suite d'un accident, elle boîte et elle a ure hanche plus haute que l'autre, mais elle a un petit visage frais et rond que des yeux doux et rieurs éclairent comme de:

étoiles.

Elle secoue l'ombre du souvenir triste et elle se met avec ardeur au travail. Il y à le: volailles à soigner, les vaches à traire, la cuisine et toute la maison à ranger et elle +e hâte afin de profiter de son jour de congé.

Elle pourra lire dans le livre de prix où est déerite la campagne qu'elle a sous les yeux et où sont presque photographiées ses volsines et elle-même.

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L'après-midi vint et Marie, à l’umbre d'un gros pommier, lisait attentivement quand un vieillard qu'elle reconnut pour un prétendu ‘“jeteux de sort’’ s'arrêta pour lui demander à boire. Il était fatigué, poussiéreux, mais il n'avait pas du tout l'air méchant, et la bonne petite lui offrit la fratcheur de «on arbre pendant qu'elle lui chercherait de quoi manger et se rafraîchir. Il but avec avidité le bon lait froid et il mit le pain dans son panier. — T'as donc pas peur de moi, la p'tite? -. Non, monsieur, comme vous voyez. — Pourtant que les gens de par icitte prétendent que je Jette des sorts? — C'est des bêtises et je sais que c'est pas vrai. - Comment que tu sais, si sûr que ça?

—J'vousaivudire votrechapelet à l'église et je sais que les jeteux de sort c'est les amis du démon et ils ne prient pas dans les égli ses.—-Regardez moi ça! c'est groscommerien et ça raisonne comme un livre ! fait le bonbomme tout réjoui. Ben, moi, vois-tu, j'suis pasaccoutuméde rercontrer quelqu'un qui se sauve pas quand j'arrive ou qui lâche pas son chien sur moi, et vrai de vrai, ça me fait plaisir d’être si bien reçu. Je t'le revaudrai ce plaisir-]à et tu te souviendras de moi et ce sera pas pour m'en vouloir. —

Il partit reposé, content, et Marie avait dans son coeur toute la joie du vieux et toute la douceur de sa bonne action. L'automne passa et le long hiver et un norveau printemps, et un jour que la bonne odeur du

foin coupé embaumait la brise de juin, Île père ‘Trudaine reçut une lettre d’allure importante et il appela Marie, la savante de la famille.

C'était un notaire de Richelieu qui informait monsieur Louis Trudaine qu’un vieillard du nom de Joseph Chesné était mort et léguait ‘tout son avoir” à Marie Trudaine qui était la meilleure et la plus intelligente petite fille qu'il connût. ät cet “avoir” consistait en une somme €. trois cent vingtcinq dollars! Marie n'en croycit pas ses jolis yeux et elle appela Julie pour relire la lettre du notaire. — Pas de danger, grogna l'acide Julie, qu'il me tombe une chance

comme celle-là à moi !

Le petit brin de confiance

Septembre dévide trop rapidement son ruban de journées capricieuses aux ciels indécis où roulent des nuées d'orage sur de:

étendues bleues.

Les montagnes sont éblouissantes: toute la gamme du rose au rouge des érables *e marie aux ors des ormes, aux bronzes des chênes, aux verts des épinettes et des sapins. Les arbre: sont touffus comme enr été et il n'y a que les grands vents pour leur arracher quelques feuilles.

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des pins.

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Le jour, tout est lumière et splendeur, mais les soirées sont tristes nalgré le nombre et la clarté des étoiles. Les montagnes se dressent sombres et tragiques au-dessus du petit lac profond et les feuilles, peureuses, frissonnent dans le vent, dont les longues plaintes montent et descendent Jlamentablernent. Ce grand silence des soirs où, seul, le vent élève la voix, est très impressionnant. Dès neuf heures, la dernière lumière du village s'éteint ; vous avez l'impression de veiller seule dans la nuit et la tristesse douce, celle que vous aimez, veille avec vous; elle est venue, charvée du souvenir de toutes les beautés que vous possédiez et qui vous ont été enlevées, comme les feuilles d'automne, dans toute leur grâce attachar:

Aimons le silence et {a tristesse des soirs solitaires, ils sont bienfaisants pourvu que “y mêle le ‘petit brin de confiance” dont parle si joliment Madame de Sévigné.

Ce joli brin de confiance, ne nous le lais- “ons jamais enlever: gardons-le jusqu’au seuil de la porte qui s'ouvrira pour nous sur l'autre monde où tous nos espoirs seront réasisés.

[I faut nous € 1 fleurir, #fin que les autres, le voyant si vivant et robuste, même dans la tempête, même dans le frimas, nous demandent où, eux aussi, pourraient le cueillir.

C'est en le leur expliquant que nous devenons pour eux une bénédiction. Ceux qui alluient se désespérer voient leur erreur, ceux

qui s'absorbaient en des regrets stériles relè-

vent la tête et entendent les voix de la vie

à qui leur crient d'agir et de marcher courageusement.

Nous passons parfois près des pauvre:

êtres qui détournent la tête pour ne pas voir notre beau brin de confiance. Amers et mé-

y : prisants: ‘‘Ils n'ont pas souffert, disentils, ceux qui continuent à espérer et à sourire, mais nous, nous que la vie aceable, rm saurions que faire de cette chimérique con-

fiance!”” - Ls sont le: . lus à plaindre, mais ils ne sont

pas méprisab'es. Ils croient tout perdu, mai: comme jamais rien n'est vraiment perdu, il faut, bien doucement, räimener l'espérance | dans leur coeur, leur donner, presque malgré 5 eux, notre brin de confiance, le leur épingler sur la poitrine, les aimer, leur rendre la vie un peu plus douce, afin qu'ils se reprennent à l'aimer, puisque quand même, ilfaut vivre:

Et Ayons tous confiance, non seulement dans | la vie mais ayons confiance dans le mystère qui nous trouble et nous déconcerte. Comnit ils sont inutiles nos éternels pourquoi au quels rien ne répond ! Nous comprendrons plus tard...notre curiosité nous dispose à li révolte et c’est elle surtout qui nous rent malheureux.

Il est tellement plus simple “accepter ce qui nous vient, sans amertume, saus récriminations, comme nous acceptons les variitions de temps, avec la certitude que tout e=

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bien, même ce qui nous fait mal et que des bénédictions miraculeuses sortiront de nos larmes.

Si nous pouvions croire profondément que “le palais et l'étable, le poêle du pauvre et le lit du malade, tout est situé sous le même ciel, purifié et gardé par la même Puissance infinie.”

Sur l’eau

Il faisait très chaud, nous laissions le “not descendre lentement le courant, cherchant l'ombre des vieux saules du rivage nous nous gardions bien de parler : mon compagnon, pour ne pas effaroucher le poisson, et moi pour ne pas mettre en fuite les pensées que le silence éveille. Nous atteignimes ainsi un élargissement de la rivière, un étang tout fleuri de beaux nénuphars blanes : quelquesuns, grands ouverts, délicats comme des bijoux, dressaient leur tige brume au-dessus de l'eau somnolente, d’auires effleuraient à peine la surface lisse de l'étang, je les voyais remuer en eadenee avec des gestes gracieux de nageurs; et il y en avait dont les fleurs complètement recouvertes paraissaient écrasées sous le peids de l'eau verte et immobile.

J'ai vu 4 une image de notre esprit rempli de pensées aux floraisons si variées!

Quelques-unes sont achevées, épanouies.

comme les beaux nénuphars que la brise indolente balance au-dessus de l’eau; il en est d'incomplètes qu'on laisse flotter avec paresse à fleur d'esprit et dont on aime le murmure vague, sans chercher à en bien saisir le sens. Et tant d'autres qui germent mystérieusement au fond de notre esprit et qui lentement s'y forment...les jours passeront, et de l'eau lourde qui les recouvre, les pensées sortiront, un jour, claires, vivantes, fleurs à leur tour.

C'est une des grandes joies de la vie, cette étrange élaboration de la pensée humaine toujours à la recherche de l'inconnu, et l'appel incessant de l'inconnu neus faisant signe de le suivre. C'est ce qui fait que la vie ne peut jamais être monotone et ennuyeuse pour ceux qui sont conscients de cette activité de l'esprit. Que nous nous tournions vers la nature ou vers les âmes, toujour:

nous trouverons des merveilles insoupçonnées, des parcelles de la Grande Beauté répandue avec tant de prodigalité dans Île mode.

Je me souviens du temps où je disais étourdiment : cette fleur est laide; cette personne est méchante!

Je ne trouve plus aucune fleur laide: elles sont toutes des iniracles de délicatesse, et il n’y a pas d'âme où l’on ne puisse trouver de l2 bonté, si on sait l'y voir. Vivre en découvrant la beauté dans toutes les choses et

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dans tous les êtres, c'est participer à la joie de l'univers dan: la certitude de l'harmonie uriverselle, parce que tout est l'expression de la volonté du Créateur.

Cette certitude réconcilie tout ce qui paraît contradictoire: de même que dans le monde physique, l jour et la nuit, le froid et la chaleur, le mouvement et l’immobilité se rejoignent et s’harmonisent sans jamais créer le chaos, il y a dans l'âme humaine la même beauté attachée à la douleur et au bonheur, la même bonté dans la jouissance et le renoncement ; de tout doit sortir le bien, et la distance entre le fini et l'infini est sans cesse comblée par l'Amour qui a créé le monde, qui le surveille et qui le remplit.

Pour celui qui est attentif, tout dans la création devient un messager divin qui le guide un bout de chemin et lui murmure un nouveau secret l’aidant à comprendre toujours un peu plus, de sorte que, jamais il ne s'effraye ou ne se seandalise quand il ne saisit pas tout de suite, par où et comment le bien peut sortir des mille misères et des dures épreuves qui nous font souffrir.

Incompatibilile

Quoique l'huile et l'eau soient chacun de bons éléments, jamais, tant que le soleil éclairera la terre, rien ne os fera se mêler.

; Je pense à cette impossibilité quand je vois deux êtres de natures incompatibles

: essayer péniblement de vivre en bonne intelligence. Le comble, c'est que souvent, ils se

* Je sont distingués et choisis, qu'ils se sont

aimés sans s'apercevoir que tout les séparait, et maintenant ils ne se résignent pas à

la lutte constante qui naît de l'opposition de leurs natures.

s Nous apprenons facilement les lois physiques, que lefeu brûle, quele froid gèle, que

s la glace fond; plus vaguement, nous appre-

nons quelques lois spirituelles et morale: :

mais il y a une loi fondamentale, ure des plus importantes lois dela vie que nous ignorons pour notre malheur. On de rait la erier sur les toits, l’enseigner dans les écoles, à l’église et dans la famille, c’est la grande loi de la sympathie, de la compréhension.

de l'entente absoiument indispensables dans toutes les amitiés vraies et sur laquelle le mariage devrait être fondé.

La méconnaissance de cette loi essentielle É dans beaucoup d’unions est plus qu'une erreur, elle est une faute presque impardonnable, et, en tous cas, irrémédiable.

Et pourtant, l'inctinet, sentinelle tou 4 jours en éveil, a essayé de donner l'alarme quand deux êtres qui ne sont pas faits pour” aller ensemble se proposent de s'unir pour la vie.

Dans m. le circonstances ils se sont sentis lointains. étrangers, incompris. Certaines

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de leurs discussions ont éveillé en eux uno animosité proche de l'antipathie; ce qui enthousiasmait l'un laissait l'autre froid et parfois l'ennuyait. Ils se quittuiert tristes et inquiets et ils se retrouvaient avec un peu d'appréhension.

Ils ont chassé ces onbres sans en chercher la cause, en se disant: nous nous aimons, tout s'arrangera plus tard! -- Plus tard, quand l'enchantement de l'amour tout neuf fut pas-6, les ombres revinrent, demeurèrent, et firent de leur vie une désolation semblable à celle de la campagne sous le ciel gris de novembre.

f‘omment pourrait on faire comprendre que L'amour n'est pas durable s'il n'est qu'une griserie et un sentiment irraisonné:

il doit être une attirance de sympathie, l'intuition et l'entente l'un de l'autre, la eonnaissance des qualités et des défauts, et l'assurance intime et profonde qu'ils sont les défauts et les qualités qui peuvent vivre avec les nôtres sans provoquer la guerre au foyer.

Il y a trop de malheureux êtres liés irrévocablement qui arrivent à la conviction lamentable qu'ils n'ont ensemble de commun que Jeur maison et leur nom. Tout est cause de friction entre eux, tout engendre la lutte: dès qu'il: sont ensemble ils perdent leur entrain et ils n'ont plus rien à se dire: la faute n'est pas celle de l'un plus que celle de l'autre: ils n'étaient pas faits Dour vivre en-

semble, ils sont malheureux de leur propre souffrance et ils ont le remords de la souffrance de l'autre qu'ils voient trop clairement.

Les enfants paient trèscher cetteerreur de leurs purents, et une éducation solide et saine est impossible dans un milieu triste et tourmenté. 11 faut aux enfants un entourage harmonieux, paisible, l'union du père et de la mère dans l'oeuvre de l'éducation, et voilà qu'ils vivent au milieu de l'antipathie à pete voilée, des discussions âpres entre ceux qu'il aiment également: ils en sont blessés et assombris pour toute la vie très souvent.

On ne conseillers jamais assez aux jeunes filles et aux jeunes gens d'apprendre à se connaître, de ne négliger aucun indice révélateur, de ne dédaigner aucun avertissement de l'instinct qui, lui, ne se trompe pas quand il nous tire en arrière.

Sans cette parenté l'âme qui vous tient en communion constante d'idées, d’impressions et de sentiments, sans la confiance sereine et sans limites, sans l'élan qui vous porte vers l’autre et qui vousfait désirer d'être près de lui même dans les dangers et les misères, sans l'intuition qui fait vôtres ses joie: et ses soucis, n'allez pas croire que vous serez vraiment unis dans le mariage.

L'intimité, les petites difficultés inévitables agrandiront, au contraire, la brèche presque imperceptible que vous ne voulez pas voir.

Le risque est si grand dans l'aventure du mariage, au moins faut-il être parfaitement assuré que le compagnon choisi est l'unique, le seul avec qui on puisse l'affronter,

A Percé

À coups de vent, en multipliant les ondées glaciales et prolongées, l'automne, ayant malicieusement dispersé les ‘'tourisses," — comme disent les enfants de Percé, a repris son beau visage grave, et il profite de la solitude des grèves et des bois pour inonder de lumière la mer, les feuillages agonisants, les murailles de grès rose qui couronnent les montagnes environnantes.

Inlassables, nous suivons les petits sentiers ombreux parfumés de cèdre et de sapin qui conduisent, tantôt à une grotte sauvage, où l’on s'attend à voir surgir des fées sous le ruissellement des eaux claires et glacées qui semblent dégringoler des nuages; tantôt, sur un sommet, d'où les moissonneurs, les chevaux et les maisons paraissent des jouets l'arche de Noé.

Percé est le pays où la fatigue des escalades et des descentes par les chemins pierreux sont récompensés si magnifiquement, qu’une -eule chose s'imprime dans la mémoire: la beauté sauvage, lumineuse et grande de la

montagne qui regarde l'océan, et de l'océan qui contemple In montagne.

Avee un guide comme le mien, on passe d'un ravissement à un autre, et quand on se ort c'est pour rêver encore de ee que l'on à tant admiré dans le jour.

J'ai l'impression que l'âme de Percé *e révèle encore mieux dans ln beauté fragile de In saison à son déclin, dans les lumières ntténuées et In benuté fantastique de ses coloris, comme aussi dans les brouillards qui après avoir étendu leur voile délicat sur les sommets, courent comme les esprits sur lu plaine, cachant clochers, maisonnettes et passants, confondant les lignes, comme des metteurs en seène d'une fantasmagorie.

Le silence du village, la solitude des grèves, le grand vent qui se plaint dans les pins, les vues dont la chute brisée ne cesse pas, Île capricieux éclat du soleil aue tant de lourd: nuages éteignent subitement, composent ensemble un accord profond, triste et doux qui atteint le fond de l'âme: toutes les des criptions, les reproductions, ce que l'on en dit ou ce que l'on voudrait écrire est plat comparé à la réalité, etje me reproche cet essai!

lei il ne faut pas écrire, mais ouvrir le oreilles et les yeux et toute son âme atten tive, afin de ve rien perdre de cette grandi beauté qui se prodigue.

Je taisais cette déclaration à mon amie, dans le jour finissant, pendant que nous lon

wions l'église au retour d'une denos prom-e nades, Le premier coup de l'angelus tinta, puis les autres se perdirent dans le carillon endiablé qui suivit: nous entendions des éclats de voix enfantines, des eris, des piétinements. C'étnit les enfants de Marie Pointue qui sonnaient l'angelusen cubriolant et se bousculant pour s'arracher ln corde; ils dansaient comme des lutins autour de ceux qui ne lâchaient pas prise. Je pense qu'un angelus de cette façon ne se sonne nulle part dans le pays'

Ils sont amusants les wumins de Percé, et très beaux, en général. Nous en avons rencontré trois dans la forêt, hier: ils conduisaient un chien attelé à un charriot primitif rempli de bon bois franc frut-hement coupé dans ‘ln terre à boé” d'un provriétaire du voisinage. La morale des très pauvres gens du village est élémentaire et simple : I faut que tout le monde se chauffe, je n'ai pas de boé, j'en prends chez celui qui en a. Il se fâche, je le quitte se fâcher et je me chauffe.” Et ainsi le poële se remplit, le garde-manger e garnit, etonles‘‘quittefaire""avec une philosophie charitable inconnue dans mon coin de province!

XLHI Gapit, le beau Sonneux

L'automne, dans les campagnes, c'est encore la bonne saison: dans les longues soï-

rées, le triage des pommes, les épluchettes de blé d'inde sont l'occasion de joyeuser réuniors dans les villages et dans les rangs Les routes boueuses et les premiers froids qui pincent semblent doubler le plaisir des vieilleux. C'est si bon de passer du Noir et , du Froid dans la vaste cuisine où le poêle, les lampes et la bouillotte chantent leur cranson de bienvenue, pendavut que les hôtes, auprès des grands paaiers de maïs, attendent leurs invités. Vite on se met à l'ou- . vrage; les gais prepos, les éclats de rire volent avec les pelures que l’on lance en tas, au milieu de la pièce où ies barbes soyveuses ressemblent à des chevelures blondes.

‘)n cause, on se turlupine, on chante, et tout à coup, sans raison, tout le monde se tait, et quelqu'un dans le silence murmure: “C'est un ange qu passe’”’...f£t comme si réellement, un effleurement d'ailes avait laissé un frisson d'’infini, lagaieté est moins bruvante, les conversations languissent.

C'est l'heure du conteur: jeunes et vieux réclament une histoire, et le vieux la médite en bourrant sa pipe tout en surveillant son auditoire devenu attentif et grave. Nombreux sont les coups d'oeil furtifs jetés vers les coins sombres: les chaises se rapprachent, les amoureux se prennent la main à |A dérobée, et on frissonne d'avance, car Île bonhomme raconte les ‘peurs’ d'une façon inimitable.

C'est l'histoire de Gapit, le plus beau ouneux que j'uie jamais entendu. Il était infirme, Gapit: il était resté tordu et crochi d'urs grande maladie qu'il avait eue à dix :ns. Il était ben laid et si chétif, que sa mère qui était veuve, malade et pauvre, était obligée de payer pour des services que les petits gas rendent d'ordinaire dans la maison:

tirer de l’eau, fendre du bois, le rentrer, soigner les bêtes, etc.

Gapit ne jouait jamais avec les autres enfants, il en avait peur et faut avouer qu'ils le tourmentaient. Il s'était fait ami avec le bedeau, leur voisin, et il le suivait à l’église où il apprit à l'aider à faire les parures des autels; mais son plus grand plsisir était de le voir sonner les cloches. Quand il fut assez crand, il essavait aussi de tirer sur les cordes, et des fois, que le grand Léveillé avait pris un coup de trop, —— ça lui arrivait, — Gapit sonnait tant qu'il pouvait et comme il pou.

vait! Ça réussissait mieux pur les baptêmes que pour les funérailles, parce qu’il manquait des coups ou qu’il en sonnait trop, mais c'était tout de même aussi bien que pouvait le faire Léveillé quand il était saoul!

Pendant que Gapit grandissait tant bien que mal, Léveillé buvait que la moitié en était de trop, tant et si bien qu'il en creva. Avant de mourir, — ce qu'il fit dans toutes les cérémonies, —- il dit au curé que personne ne pouvait le remplacer si bien que (iapit.

Le curé le trouvait bien un peu jeunet, mais

c'était un bo garçon, sobre, dévot, bref, il devint le bedeau du village. Ah! mes amis, ce qu'il sonnait bien après quelaues mois!

Tout le monde le complimentait, jamais on n'avait entendu les eloches chanter si bien...

Voilà mon Gapit gonflé d'orgueil; fier de son importance, il oublie ses infirmités, se eroit un homme comme les autres et il s'amourache de la plus jolie fille du village: il se dit comme ça que, puisqu'il peut la faire vivre grassement, il n’y a pas de raison pour qu'elle dise non. Mais elle avait son idée qui n’était pas celle de Gapit et elle le refuse.

C'était le Samedi Saint, — un drôle de jour pour une demande en mariage, mais Gapit ne faisait rien comme les autres, —- et c'était à l'heure où Gapit devait faire revenir ses cloches de Rome. Elle lui dit non et elle file son chemin: il ne répond rien et s'en va sonner ses trois cloches.

Ce fut si beau, sa sonnerie, cette fois-là, qu'on aurait dit que c'était sur de la musique que les eloches volaient pour s’en revenir!

Mais voilàtil, pas qu’au milieu du carilrillon, ding! une longue plainte, puis une autre, et une troisième.... Gapit sonne.t-i! des glas ? mais personne n'est mort. et l'heure est mal choisie! Les fenêtres s'ouvrent, les perrons se garnissent de curieux qui veuleni savoir ce qui arrive. Ding! une dernière plaint. longue, et faible, comme si le coeur de la grosse cloche s’en allait dans un dernier soupir. On prend sa course vers

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l'église, mais la grand’côteest à picet il fallut dutemps pourserendre.On entre dans la tour des cloches et on trouve le pauvre CGapit pendu à ure des cordes et dé;à tout bleu. On le détache, on court chercher le euré qui l’extrémise et qui a le temps de li ouvrir la p'tite porte du paradis où il ne serait jamais entré s'il était mort dans son désespoir. “Ça, c'esttropdechagrin.rien que pour une créature!” conelut ie vieux, dédaiwneusement, en erachant avec énergie.

Le mal de la ville

Dans le village pittoresque que je traverse au moins une fois par jour, voilà qu’en ouvrant bien les yeux porr voir ce qu’il s'y passe, je suis prise de l': vie ae moraliser.

“Ce n'est pas nonveau!"” grognent les critiques. Hélas! ils out raison, mais peutêtre, s'ils me lisent encore cette fois, me donneront-ils raison!

Il n’était que neuf heures, ce matin, quand je vis, balayant le seuil de sa porte, une jeune fille, qui, après avoir passé l'hiver en service à Montréal, est revenue ici pour épater son monde! Poudrée comme une souris échappée d'un sac à farine, les cheveux en broussailles et en oreilles de chien, elle a des souliers pointus et haut rerchés, des bas d’un blanc douteux, une blouse russe de crêpe de Chine

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ornée de chamarrages de laine: elle est très décolletéeet, des manches courtes,sortent ses bras rouges et ses grosses mains; une jupe de soie blanche fanée complète l’aceoutrement dans lequel cette petite folle balaie, à cette heure matinale, un perron qui est aussi le trottoir: son père est journalier et ses petits frères ne se chaussent que le dimanche.

Elle n’est pas laide, mais elle est ridicule, et elle aurait dû observer chez celles qu’elle veut singer, qu'on ne s'habille pas ainsi le matin et que rien n’est plus comique que la “ombinaison du costume prétentieux et du balai de blé-d’Inde tenu par la “demoiselle” qui mâche de la gomme.

>ar la porte ouverte, on aperçoit la pièce sombre, sale, bourdonnante de mouches et de petits à demi-nus, et vraiment il faut rire en se représentant l'effet des oripeaux soy eux au milieu de toutes ces guenilles pas même propres.

Voilà pourtant ce que peut le séjour à la ville sur le cerveau mal équilibré d’uve pau vre fille qui a dépensé le fruit du travail de plusieurs mois pour venir faire la roue chez elle pendant les mois d'été. Elle retournera à l'automne avec de plus gros appétits de vanité et de luxe...où la mèneront ils ?

Je ne risquerais pas une grosse somme sur la solidité de la vertu de cette écervelée' Cette petite n’est pas une exception: la ville attire la jeunesse des campagnes, l’absorbe

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ou la renvoie déflorée moralement et physiquement. L'éducation aurait certairement quelque chose à faire pour retenir les jeunes filles, les former plus sérieusement et les diriger avec plus : e bon sens.

Certains parents raisonnables et fermes et qui n’ont pas lâchement abdiqué leur autorité, s'opposent au départ de leurs filles, et en constatant la déchéance de certaine voisine, ils voient clairement comme ils eurent raison. Un trop grand nombre sont faibles:

quelquefois l'appât d'un gros gain les influence: ils ne tardent pas à déchanter, car ils ne voient jamais la couleur de l'argent que gagnent leurskenfants. —Ilestsûr queles éducatrices de l'enfance, dans les campagnes, ont ici une responsabilité sérieuse et il est temps qu'elles comprennent que les enfants de leurs écoles et de leurs couvents de village doivent recevoir une formation spéciale qui développe en elles l’amour de la terre et ce la vie campagnarde, leur fasse apprécier la belle indépendance du cultivateur et les avantages d’une vie saine et simple. Toutes les superfluités de l'éducation: piano, broderies et dentelles devraient être retranchées: elles ne servent qu’a engendrer des idées de luxe et à dégoûter les fillettes des travaux rustiques.

Je rêve de couvents où les travaux manuels seront strictement la couture solide, les leçons de coupe, le tricot des bas et des chaussettes, le racommodage et le ravaudage. Si

on y joint l'enseignement ménager, les jeunes filles sortiront de là mieux préparées à la vie qui les attend,soit à la campagne.

soit à la ville.

Les pommes

Tout le monde l'appelle la vieille Tofie:

je crois bien qu'elle fut baptisée Théophile. Vous me direz que c’est un nom masculin:

je vous répondrai que les habitants de Sainte- Marcienne n'y regardent pas de si près; ils donnent à leurs enfants le nom qui leur plaît le curé proteste, mais ils sont têtus, et en fi de compte, ça ne va pas plus mal là qu'ailleurs.

Il est certain que la petite Tofie, puis mam zelle Tofie, et enfin ia vieille Tofie furent d’heureux personnages; elles habitèrent toujours la même cabane, au bout du village, vià-vis le cimetière. Je ne connais les deux premières que par les confidences de la troisième qui ‘s’en va su quatre-vingt,” souriante.

grassette, proprette et pas mal bavarde.

C'auser avec elle, c’est faire un petit cour de philosophie pas banal, et ne vous étonnez pas si je deviens de plus en plus ennuyeuse,. c'est, je vous l’assure, que je deviens de plu en plus sage!

Je m'arrêtai, ce matin, en passant, devant la porte où la vieille Tofie se berçait sur son

perron en mordant dansune pomme! Ses cinq erocs faisaient de la bonne besogne et croquer sa pomme fut l'affaire de quelques minutes.

Elle m'en offrit une, en reprit une seconde, et je vis venir un discours de sa facon.

‘Moi je connais des gens qui achètent un gros quart de pemmes et qui n'en mangent pas souvent de vraies belles, [ls passent leur temps à les trier: ils commencent par manger celles qui sont tachées, puis vite, celles qui amollissent, et quand c'est le tour des plus belles, elles sont amollies à leur tour, et leur baril de pommes leur a donné plus de soucis que de pluisir. J'aime mieux acheter un sac de belles pommes fraiches et fermes et les manger tout de suite, pendant qu'elles sont bonnes. —- (Ce que vous dites me parait plein de bon sens, fis-je en riant, pour activer le monologue.

— Ben, moi qui n'ai plus qu'à regarder les autres alentour, je trouve que la vie est un peu comme un quart de pommes:en n'en tire pas beaucoup de bon parce qu'on n'a pas assez de bon sens pour jouir des honnes choses 7:ndant qu'elles sont bonnes.

Ça me rappelle une voisine, la Michon.

lle m'invite, une fois, pour me montrer ‘ne belle robe de gros de Naples, c'était beau dépareillé.

Cré bon! Vas-tu être faraude là-dedans, à la messe, dimanche qui vient!

À la messe! qu'elle crie, vous êtes pas folle la Tofie! Je serre ma belle robe dans

du papier de ioie, dans la commode d'en haut, et je sais pas quand je la mettrai, à quelque noce peut-être..plus tard. Tenez, en voilà une autre en popeline brune, je l'ai de puis cinq ans, et je l'ai mise quatre fois.

Mais pourquoi as-tu des robes alors ? Pour les garder dans tes armoires ?

Je les garde pour plus tard...

En attendant on te voit toujours dar ta vieille robe de mérinos changée qui a l'air aussi ancienne que moi. Quand tu portera:

tes belles robes, elles seront devenus anciennes, aussi.

‘’Ben entendu qu'elle n'a pas fait de ea de ce que je lui disais: c'était une bonne fem me, mais ça se croyait capable de conseiller le bon Dieu sur la manière de conduire le monde! Un bon jour, elle prend une pomonie qui la fait mourir. Au bout de l'an, Miehor se remarie, et c’est la seconde Michon qui :

usé les belles robes. Et c'est comme ça' Il n'y en a pas assez qui profitent chaque jour de la joie de chaque jour qui est à leur por*ée. Les autres attendent toujours uelque chose de mieux: ils se reposeront pitt:

tard, ils s'achèteront ce qu'il leur faut plutard, quand ils seront vieux. Et pendant qu'ils sont jeunes, ils se piètent, et ils *e lamentent et ils disent que la vie n’est pa:

drôle!

Avec l'expérience que j'ai, je sais que ce n’est pus prudent d'attendre d'être vieux pour jouir de la vie. Pourtant, moi j'ai tou-

dar:

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jours été pauvre, mais j'ai toujours 6t6 passablement heureuse, Quand j'étais jeune, je dansais, je m'amusais avec les jeunes, et quand j'ai été vieille, j'en ai pris mov parti en riant: je tricote, je voisine...et je mange des pommes, ajouta-t-elle en clignant drôlement de l'oeil.

Le bonheur voyez vous c'est un oiseau à grand'queue: quand il passe, si on l'a guetté, on peut toujours lui arracher quelques plumes. C’est plus sûr que d'attendre qu'il aille se percher sur la elôture pour le prendre tout rond...C'est pas dans ses habitudes de se laisser poigner. Je n'ai jamais regretté la joie que j'ai prise muis celle que je n'étais pas assez fine pour voir quand elle était près de moi.

On ne peut pas avoir tout ce qu'on veut et les choses ne vont jamais juste comme on les désire, mais si je suis décidée d'aimer ce que j'ai, j'aurai toujours ce que j'aime! Et c'est vrai rapport au gens comme rapport aux choses. Il n'y a pas d'anges sur la terre, et au lieu de tant éplucher les défauts des autres, si on essayait de voir leurs qualités et d'en profiter. .ça m'a réussi, vous savez, et j'ai toujours margé les. meilleures pommes les premières!”

Potins

Suint-Nazaire est un prund village de:

Laurentides, rempli de gens socinbles, poti niers et flaneurs. Les plus occupés ont de nombreux loisirs: c'est vous dire que les au tres en ont trop! Le train du soir apporte la malle, et après le souper, en attendant la distribution des lettres, il y a toujours grande réunion au magasin de Michel Foisy, pendant que dans une salle voisine, mademoiselle Foisy procède au partage de la correspondance,

Autour de la grosse tortue bourrée de charbon, les histoires s'éparpillent avec la fumée des pipe .

Avee-veus vu la nouvelle locataire de Buisson ? demande. un soir, le notaire au docteur. Non...une étrangère ?

Oui, elle est venue visiter et louer |:

maison, la semaine dernière, et elle vient d'arriver, ce soir.

Dans quel gendre? demande «4:

bedeau.

-— Pas laide, jeunette, et avee du gro bagage. — Une famille? — Elle est arrivée toute seule... .avee son chien.

Quelques jours après, dans le salon de madame Landré, il n'est question que de la nouvelle venue.

lenil

om on

[y a là les cinq ou six amies de lu dame, toujours informées authentiquement de ce qui se passe et de ce qui va arriver, Elles se communiquent les nouvelles sous le sceau du plus strict secret, et à peine séparées, elles les jettent allègrement aux quatre vents.

Elles sont en effervescence, car la locataire de Buisson est séparée de son tari, paraît il, elle à de l'argent. on sait ce que ça veut dire quand une femme vit seule, qu'elle est jolie et jeune. il serait prudent de s'abstenir de la voir, pour le moment, conelut la fenime du notaire, une maJestueuse dinde du cercle intime.

Quinze jours après, c'est bien une autre histoire! L'étrangère loge un Hionsieur chez elle! [est arrivé l'après-midi de mardi, et depuis, on ne les voit ni l'un, ni l'autre!

Quel scandale! Ne devrait-on pas prévenir le Curé, et le propriétaire. eur ce dernier est uï homme respectable, et de la ville voisine il ne soupçonne pas ce qui se passe jei!

Les yeux roulent, effarés les plus austères lèveñt les bras au ciel pour mieux témoigner leur indignation. Mais, risque une femme plus culme et plus charitable que les autres, cet homme est peut-être son frère ? Son frère ?

Naive que vous êtes! Et ces allures mystérneuses. . et ce que l'on raconte sur le compte de. .cette personne! - Qui le raconte ?

D'où viennent ces renseignements ? Moi je l'ai rencontrée sur la rue, cette jeune femme. elle parait très bien: modeste, distinguée, et

crains tree tt API ns

si jolie! — Depuis quand la beauté est-elle un brevet de vertu > dit d'un ton acide, lu plus laide de ln compagnie.

Et l'air du salon devient icrespirable tant il y flotte de malice et de mépris.

Autour de la fournaise du marchand, le:

hommes répètent les cancans de leurs ver tueuses compagnes en clignant de l'oeil d'un air entendu.

Le curé fut dûment mis au courant par une charitable personne, mais il connaissait *e ouailles de longue date et il se définit de leur imagination!

[l alla faire visite à sa nou elle paroissien ne qui le reçut gentiment et le pria de lu suivre dans la salle, où son mari, immobilisé par une entorse, se trouva tre le fils d’un de ses amis d'enfance. C'était un homme me nacé de tubereulose et à qui sa femme épar gnait tous les soucis matériels. Il venait aancet accueillant village de Saint. Nazaire pour y retrouver la santé!

Dans les bois d'Automne

L'été qui s'en allait à regret est rever pour un dernier adieu. Dans l'air chaud k doux parfum des feuilles sèches ajoute une tendresse triste à la beauté de toutes le:

belles choses qui vont mourir. Je croyais le: jolis oiseaux partis, mais deux weuis des mot

elle

, lu ant

le:

ver l'un

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de

jen

Le lu ilisé d'un me pur autipour

averti ud À e unie es les 1is les mot

tagnes, sur la fine pointe de sapins voisins, sefont leurs confidences en roulades chur.

mantes, Les gazons fleuris sont encore de velours vert: les nuages ourlés d'argent et les arbres roses se mirent dans le Ine eluir: les cigales chantent éperdument pendant qu les sauterelles dansent comme des folles.

C'est encore l'6t6, la forêt nous attire, plus belle que jamais dans ses couleurs d'automne, Mon amie, active et gourmande, apporte un panier, et nous allons dans un endroit où est assemblé tout un peunle falot de champignons, I v en a de toutes les formes et de toutes les nuances: gris, bruns, verdâtres, beiges, Noirs, roses, blanes, orangés. Il 4 en a qui re-semblent à des petits nains eoiffé. de chapeaux chinois;, d'autres, à des parapluies de poupées; quelques-uns ont l'air de minuscule: tables plates et rondes, et les eh: mpignons roses ont pareils à des petites danseuses aux jupes finement plissées, à Ja japonaise. Parmi tous ces fantasques personnages, il y en a de meurtriers dont il faut avoir grand'peur!

Mon amie fait paisiblement sa cueillette et “On panier se remplit: je prédis des empoisonnements tragiques, elle annonce un souper succulent. Et voilà que, mise en demeure de répondre à une question directe, je déclare “ans rougir, queje veux partager le souper mirobolant! Et de rire de mon inanque de

logique!

Les heures passent trop vite dans la forêt bruissante que les petits “Suisses,” les perdrix, les insectes et les oissaux remplissent de bavardage: et d'appels. Comme tout est vivant! On a peine à croire que dans quelques semaines ce sera l'hiver.

Pendant que nous CAUsOns, le vent s'élève:

il vient de loin avec ur bruit de marée qui eroit et décroit. Bientôt l'onde mystérieuse atteint la cime des arbres qui frissonnent, €1 peu à peu, tous. sapins, érables, tilleuis, chênes se mettent à vibrer d’un chant grave, lent, vieux comme le monde. -— “C'est la prière du soir de la forêt,” dit mon amie. Et nous prions avec elle. Là-bas, au couchant vers lequel nous allons, le soleil, qui disparaît derrière les montagnes, strie le ciel de couleurs ardentes comme des reflets d'incendie.

Le clocher de l'église se détache sur le fond, splendide comme un bijou étincelant, et le son adouci de l'angelus met une musique pieuse dans cette belle fin de jour. Comme te serait impossible de nier Dieu quand Il respire dans toute cette beauté du ciel et de la terre! Il la prodique et c'est le trop plein de son amour qui s'exprime dans ces couleur:.

ces formes gracieuses jetées partout, moins pour manifester Sa puissance que pour nou:

dire, de mille manières ingénieuses et délieates, qu'il s'occupe de nous et qu'il veut conquérir nos coeurs, NS pauvres COQUTS €Trants, lassés et déçus, avides de perfection: et de durée introuvables ailleurs qu'ea Lui.

se ot 18, ve, la Et int ait pulie.

nd, Lo que e ce rese la \ de urs.

OIns OU:

déli-

Nous nous taisions, écoutant Dieu tout près de nous: une grande douceur nous enveloppait avec l'ombre qui s'étendait sur la nature recueillie.

Le Prince de Galles

Il était une fois un roi qui avait un fils beau comme le jour, gracieux, intelligent, et dont le sourire gagnait tous les coeurs.

Son père désira qu'il visitât ses possessions au-delà des mers, et il partit pour un long voyage...

Ce prince de conte de fées est .unu: il a parcouru notre pays en se faisant aimer. et sa séduisante personnalité à réuni dans un même sentiment de sympathie tous les habitants du Canada: de l’ouest à l’est, Français et Anglais, catholiques et protestants ne faisaient qu'un pour l’acclamer et l’admirer.

ÿn nous quittant, aurait-il emporté le doux soleil de l’automne finissant ? Tout est gris, la neige tombe sur le raysage terne, non la *eige éblouissante qui fait charmantes les plus laides closes, mais une neige timide, affolée, qui se jette avec désespoir dans la boue à laquelle elle se mêle pendant que le vent méchant la siffle en agitant draperies et étendards mouillés, déteints, qui pendent lamentablement en attendant leur tour d'être

146 LETTRES DE FADETTÉE

EE oc EESÉEES eriiic

décrochés. Tout est laid! C'est un lendemain de fête!

Et quelle fête ! la semaine dernière fut une fantasmagorie! Les petites personnes qui dansèrent avec le ‘fils du roi” croyaient rêver, et elles en rôêveront longtemps!

11 restera certainementun souvenir sérieux et bientaisant du passage du Prince de jalles. Il a donné, peut-être avec intention, peut être sans s’en douter, des leçons dont nous pourrons tous profiter. Aux Anglais.

il a prouvé que, dans son estime, les deux races sont égales et que rien n’est plus loin de sa pensée que de manifester une préférence pour la race anglaise. A nous, Français, il à démontré le plus aimablement du monde qu'il nous aimait comme nous étions, et que l’anglicisation qui tente tant de snobs ne ferait que nous enlever de ‘notre mérite.

Partout où la majorité était française il parlait français, et même, quelques Anglais ont trouvé qu'il avait poussé un peu bien loin cette règle de conduite, et que la fameux coffret eut dû contenir une copie anglaise de l'adresse de la Ville de Montréal. N'empéche qu'il a fait ce qu'il trouvait bien, et cela fera sans doute réfléchir les extrémistes.

Ses discours ont exprimé encore plus clairement ses idées larges et bienveillantes, et je pense que le prince Charmant est aussi un prince Clairvoyant qui entend aider deson influence cette fameuse union des races dont on parle si bien mais que l'on pratique Si peu!

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ireol ussi son lont peu!

Voilà que mes pensées deviennent vagues:

c’est que, pendant que j'écris, un air de Schumann m'arrive du salon, assourdi et triste! Dans la maison silencieuse, on n'’entend que ce chant inquiet et ma plume qui court. Les notes familières peuplent ma solitude d'êtres aimés qui les ont entendues avec moi, et tous les regrets de ma vie remontent des profondeurs de l'âme, là où habitent. silencieuses, toutes les tristesses. Perçant l'obscurité, traversant les vitres ruisselantes, les glas de huit heures entrent, laissent tomber lourdement, un à un, leurs appels de détresse, et c’est à genoux que je veux m'app )cher de ceux qui m’appellent.

Ma prière les fait tout près: pour un moment, elle me les rend. Chères âmes, c’est votre mois! Que j'aime l’expression anglaise, ‘Mois des âmes,’ mieux que la nôtre: ‘Mois des morts,’ puisque justement ils ne vivent qu'avec leurs âmes éclairées, affranchies de tout ce qui nous empêche, nous, de comprendre et d’être meilleurs!

RTE Coeurs Fidèles

L’exquise douceur de ces derniers jours d'octobre distille une tristesse infinie, il y entre le souvenir de la désolation de l’automne dernier avec ses processions de cercueils sur les chemins boueux, sous le ciel ruisse-

1438 LETTRES DE FADETTÉE

tre oo RES

lant. Les sonneries de glas, dans la brume matinale , font revivre ces jours d'angoisse où les cloches pleuraient tout le long du jour, tant et tant qu'il fallut les faire taire, et où les malades à peine morts étaient enlevés trop rapidement. La terreur était dans l'air; les désespoirs des uns se heurtaient à l'égoiste frayeur des autres. La mort passait et tous se renfermaient. Elle entrait quand même partout: elle prenait les pères et les mères, elle vidait les berceaux, elle séparait les fiancés, elle envahissait les couvents et les collèges.

Rappelez-vous l'angoisse, les demeures fermées devant lesquelles on passait hâtivement, les nouvelles guettées avec angoisse et toujours plus inquiétantes, Îles interminables listes de morts dans les journaux.

Il y a un an de cela...si peu de temps’ pourquoi nous étonner que l’espace soit rempli de voix de l'autre monde ?

Les disparus voient-ils ee qu'ils sont devenus dans le coeur de ceux qu'ils aimaient ?

O tristesse! Combien de ces chagrins éphémères se sont effacés dans l'agitation des vies futiles! Ceux qui sont partis cherchent-ils en vain les tendresses passées, voient-ils les visages aimés se détourner, et les volontés froides s'appliquer à effacer les souvenirs du passé? Douze mois ont suffi pour !es rayer de la vie des êtres chéris qui leur ont tant juré de les aimer toujours. Toujours! C'est long pour les petits coeurs humains, et les

voix plaintives de l'automne pleurent, parce que la mort a pris tant de victimes et parce que l'oubli les à fait disparattre!

Il est pourtant des coeurs où les aimés ne meurent pas! Dans les coeurs des mères ils sont toujours vivants. Les mères gardent tous les souvenirs, depuis la première heure où elles étreignirent avec ravissement leur nouveau-né, jusqu'à la dernière, où elles le virent dans toute sa beauté et sa force viriles s’anéantir dans la mort. Sans cesse elles les bercent, et leurs sanglots de bébés, et leurs plaintes d'hommes se confondent et se perdent dans leur tendresse qui ne se lasse ni ne s’affaiblit.

Elles sont les mères fidèles, jamais distraites, jamais consolées, vivant en communion avec leurs enfants, leur disant les choses qu'elles n'osaient leur confier, leur demandant ce qu'ils n’osaient leur dire. Leur coeur s’est brisé mais leur amour continue, recueillant les moindres parcelles de souvenir, cherchant la solitude pour mieux trouver leur enfant et ne rien perdre de ce qui leur vient de lui à travers les espaces.

Et avec les mères, que d’âmes profondes qui ne cessent de vivre avec leurs morts et de s'inspirer d'eux. Qui ne sait que la noblesse de certaines vies tient toute dans cette communion intime avec les âmes invisibles mais présentes, compatissantes, voyant en Dieu le rôle de chacun dans le plan divin, secourant les faiblesses, éclairant les aveugle-

ments. Leur sympathie, comme des bras aimants, soutient l'effort des coeurs vers la Bonté et la Vérité. Les âmes de Lumière, doucement, tirent en haut les âmes tristes qui ne veulent pas croire à la disparition de leurs aimés, et c’est bien là l'union qu'il faut entre des âmes immortelles.

Jours de pluie

Trois jours de pluie dans les Laurentides, en novembre, à dix minutes des voisins, c'est une épreuve, et c'était bien l'opinion de la jeune femme qui ne faisait qu'un tour entre la cheminée où flambait un bon feu, et la fenêtre où dégoulinait la pluie.

De son côté, dans la cuisine la vieilleservante grognait. Sa lessive, terminée lundi, trempait encore dans les cuves jeudi! Il paraissait aux deux prisonnières que jamais le ciel ne s'éclaircirait. La pensée qu'elles passeraient une année encore dans les montagnes pour assurer la guérison commencée n'était pas, ce matin là, une pensée réconfortante.

Des pas sur la galerie firent bondir là petite agitée qui se précipita à la porte afin de voir un visage nouveau: C'était l'enfant du laitier, ruisselant, joufflu et rose qui chantait à tue tête: “C'est la belle Françoise.” — Un beau temps pour être dehor:

fit ironiquement la dame en prenant la bouteille de lait-— Pristi oui! un beau temps, quand même qu'y mouille, je viens de voir un renard en longeant le bois. Un beau renard! S:1 je peux le poigner, je vas l’apprivoiser.””

Et reprenant sa chanson, il se sauva en courant à travers le voile que tendait la pluie entre le ciel et la terre noire.

KRevenue près du feu, notre amie songeait.

“Comme il est heureux ce petit garçon!

Il va courir après son renard.....que lui importe la pluie ou le soleil! Mais, pourquoi n'irai-je pas dans le bois, moi aussi! je verrai peut-être le renard ?”

Malgré les protestations de la vieille Agnès qui n'avait pas foi dans la cure d'air, Madame Larche, bottée, vêtue de son imperméable, coiffée de son chapeau ciré, prit le sentier qui grimpait la montagne.

Elle ne vit pas le renard, bien entendu, pas même le chasseur, mais que de belles choses elle découvrit dans la forêt avec sa belle gaieté retrouvée!

Sur les pins immobiles et solennels, la pluie fine dansait en murmurant des folies, les mousses reverdissaient sous la douche tiède, des arbrisseaux sans feuilles portaient à la pointe de leurs branches brunes une quantité de petits fruits rouges comme du feu. Les saules, Ô miracle, se faisaient un printemps à eux tout seuls: satinés, verts, encore feuillus, ils se balançaient auprès des bouleaux d’ar-

gent minces et élégants qui mettaient une lumière dans le bois aux teintes encore variées.

Voilà qui vaut mieux que mes laumentutions au coin du feu, se disvit-elle, en riant de sa mauvaise humeur disparue. Il n'y a pas de soleil, c'est vrai, et la lessive ne séchera que demain et je croyais ce matin que c'était presqu'un malheur! Oh! le délicieux parfum d'automne et comme la pluie est jolie et discrète ici! c'est à peine si elle mouille! Je comprends aujourd'hui seulement le plaisir des chasseurs qui ne tuent jamais de gibier et qui ne renoncent pas à leur expédition de chasse annuelle. C'est la forêt qu'ils aiment et dont ils jouissent en prétendant chasser une proie insaisissable et dont ils s'occupent peu, en somme: Ah!

le bon petit garçon qui chantait dans la pluie et qui révait tout haut de “poigner” son renard! Bien sûr je Île récompenseral de m'avoir entraînée ici!”

Pour ceux qui sont bien vivants, attentifs à tout ce que nous offre la vie, il n'y à pas de jours sombres, où, un chant, quelquefois vague et lointain - ne rappelle que les ennuis sont passagers , et souvent, Îles épreuves, bienfaisantes.

Il y a des âmes sereines et fortes dont la rencontre est pour les autres un encourage ment et un exemple salutaires telle l:

chanson du petit garçon qui fit trouver là pluie charmante à la dame ennuyée.

Tout de même, soupirez-vous, il y a des jours tristes où l'on pleure presque malgré soi, Il faut bien les endurer! je voudrais bien savoir pourquoi, par exemple! Quand vous apercevez une souris dans la pièce où vous lisez, restez-vous tranquille sur votre chaise à dire que c'est ennuyeux? Vous courez chercher un balai, si vous êtes brave, un autre bras, si vous êtes poltronne, et vous menez rondement la chasse. Chassez avec la même énergie les pensées sombres: essayer d'évoquer le soleil après la pluie, de croire aux joies qui sont là, plus près de vous que vous ne vous en doutez.…..et quand ce ne serait qu'un rêve qui vous rendrait du courage, rêvez-le, mes petites soeurs, et reprenez le courage qui vous fera marcher bravement.

Je le sais

Songeuse, je regardais, à travers la vitre, les moineaux sur les branches ouatées de neige : avec leur infaillible instinct, ils devaient sentir approcher la tempête de neige qui se ramasse depuis ce matin. Que combinent-ils dans leur petite cervelle, pour se mettre à l’abri du flot blane qui bientôt s’abattra partout? Et pourquoi tous les oiseaux ne s'envolent-iis pas vers des régions ensoleillées, puisque leurs aiïles lesy porteraien t

si facilement et que la migration du plus grand nombre est la règle.

[ls s'exposent aux angoisses de la fuim, aux tortures de froid, à tant de mois de misère, pourquoi ?

Quand revient le printemps les familles d'oiseaux se comptent et il en manque beaucoup à l'appel, - lex plus faibles et les moin chanceux qui ne purent résister aux épreuves du cruel hiver.

Et au cours de mu petite rêverie, je pensui

à la question que je me posais jadis: que deviennent les oiseaux morts puisque jamais on n'en voit dans la forêt ou duns les champs? Mais aujourd'hui je le sais, un naturaliste américain, rencontré l'été dernier au Mont Tremblant, m'a donné une réponse de savant qui peut-être intéresser mes lecteurs.

Quand l'oiseau mort tombe sur le sol, il est encore beau, il a sa forme et son plumage in tacts: il se corromprait très vite s'il restait là, Mais voilà qu'une légion de scarabée:, noirs, rayés de jaune, accourent de tou:

côtés, guidés par un instinct étrange. Ce sont les ouvriers fossoyeurs chargés de faire disparaître le petit cadavre.

En hâte ils se mettent à l'ou vrage: leurs pattes robustes remuent la terre et leur tête carrée, garnie d’une sorte de pelle. li prend et la rejette sur le bord de la fo:

ainsi creusée. Ils sont si nombreux et =

ee me ee ee ee |

actifs que bientôt l'oiseau descend enfoui dans le sol,

Ces scurabées, ‘les nécrophores'" n'ont rien pris à l'oiseau, n'ont rien retiré pour eux-mêmes de la terre qu'ils fouillent ainsi. A quel mobile ubéissent-ils done ?

A la préoccupation que tous les êtres vivants éprouvent pour leur progéniture, à la prévoyance qui leur donne tant d'ingéniosité pour lui préparer, à l'avance, un logis chaud et abrité et une substance abondante et à portée.

Le petit corps de l'oiseau va disparattre, grûce aux efforts des nécrophares mâles, alors les nécrophares femelles, d'abord spectatrices oisives, se glissent sous les ailes et déposent, à l'abri, les oeufs qui, là, se conserveront et écloront seuls. Profitant de l'occasion, de grosses mouches bleues, des libellules au corselet vert, des papillons brillants, et d’autres insectes minuscules à peine visibles à l’oeil nu, s’abattent sur la petite forme inerte laissant partout la semence féconde qui donnera naissance aux larves, en attendant que, de ce foyer de vie, s'échappent à leur tour les scarabées, les mouches, les papillons, tandis que la terre engraissée portera là des fleurs plus éclatantes et plus parfumées.

Et il y a là une des preuves merveilleuses du principe immuable qui gouverne la nature: la vie renaissant de la mort dans un perpétuel recommencement. C’est moins

156 LETTRES DE | ADETTE

poétique que mon idée des petites âmes d'oiseau disparaissant dans l'espace vers un paradis créé pour elles mais c'est plus vraisemblable et comme toujours lu science positive coupe les niles de la chimère!

Veille de Noel

A la suite de la soeur portière, Je traversai de longs corridors, Je montai beaucoup d'escaliers, et ce n'est qu'au dernier étage, tout en haut qu'elle frappa à lu porte de l'atelier et disparut. En entrant, j'eus devant les yeux un tableau charmant. Une religieuse, penchée sur un Jésus de cire, disposait avec soin ses boucles blondes; sur des tables qui faisaient le tour de la pièce, il y avait des Jésus de toutes tailles, blonds, bruns, nus ou habillés de chemises de satin bordées de galon d'or, ce qui, entre nous, s'éloigne de la couleur locale, les étoffes soyeuses et les rubans d'or n'ayant jamais approché la pauvre crèche de Bethléem! N'empêche que c'était un joli spectacle, et debout sur Île seuil, je regardais, et la petite Soeur absorbée ne m'aperçut que lorsque le beau Jésus fut coiffé dans toutes Îles règles de son art ingénu.

Quand elle se tourna vers moi, je vis qu'elle était d'une pâleur excessive avec de grand:

cernes bleus autour des yeux. Je lui exposui

le but de mu ‘isite: un petit Jésus pour mettre dans une crèche déjà habitée par des bergers et des roi mages: de toute nécessité il fallait que lEnfans fût plus petit que ses adorateurx! Elle en avait bien un, mais il était laid, son visage ‘tait maigre et vicillot: sans préciser la raison de mon refus, je dis:

Non, pas celui-là. Pauvre petit, fit la soeur en rougissant, je lui demande pardon tous les jours de l'avoir fait si viluin, mais j'étais trop l..sse et je n'at pas mis la quantité de cire sutfisante dans le moule, et elle répéta encore en soupirant, j'étuis si lasse!

Et vous l'êtes encore, repris-je vivement, vous devriez être à l'infirmerie, Pourquoi vous fait-on travailler ? C'est moi qui ai prié Notre-Mère de me permettre, jusqu'à la fin, de faire des Jésus. Elle les regarda avec tendresse, Je les aime, ce sont mes petits enfants,

.... Elle s'était assise, huletante: Vous comprenez, si je ne fuis plus mon service à l'atelier, je ne <erai bonne à rien, inutile!

Elle était si fragile et «1 triste, que je ne résistai pas au désir de lai consoler. d'essayer au moins. Ma petite Soeur, voulezvous savoir ce que disait saint Paul, quand il était bien las? Et c'était un homme fort et un grand saint! Car la faiblesse, vous le savez, n'est ni un péché, ni même un mal, c'est une des volontés du Bon Dieu. Voici done ce que disait saint Paul: ‘Je n'ui pas fait grand’chose, les autres trouvent que ce

n’est rien, mais comme je n’en puis plus, vous voyez bien, mon Dieu, que je vous offre toutes mes forces.” — C’est beau, dit doucement la religieuse, dites encore pour que j'apprenne cette prière de l’homme saint et fort qui n’en pouvait vlus!

Je n'oublierai jamais les minutes que je passai avec la petite Soeur. Si peu de mots entre nous, et cependant un contact si intime de nos âmes que j'ai eu l'impression de vivre une heure rare Cans ma vie. J'entendais comme le dernier souffle sur la terre d'une âme presqu’échapp“*...et dans ce souffle passait la plainte poisnante et muette d'une âme de lumière, mystérie #meni tourmentée par l'abandon de ses furces et l'idée obsédante et pénible qu'elle n’était plus utile dans son couveut.

Il y a ainsi des âmes délicates et fermées qui ont besoin d’être dilatées dans la confiance: craintives, elles reculent sans cesse dans l'ombre et le silence.

Revenant dans la neige glacée et tourbillonnante, je rêvaisde mères spirituelle:

perspicaces et tendres qui ouvrent des bra< maternels à ces enfants souffrantes et qui leur tiennent fortement la main pour leur faire traverser les couloirs sombres du découragement. Il y en a, je sais, mais, au couvent comme dans la famille il y a peutêtre des mères tellement prises par la vie active, si énergiques et extérieures ellesmêmes, qu’elles sont aveugles Eur les besoins

de tant d'âmes diverses qui leur sont confiées.

Et voilà pourquoi on peut voir une petite Soeur Césaire se mourir toute seule, au milieu de Jésus roses qui sont ses petits

enfants!

Mamzelle Melanie

Chaque année, au début de l'hiver, la même pensée triste obsédait Mamzelle Mélanie. Son vieux coeur de bonne vieille fille s’apitoyait sur les enfants pauvres qui ne connaissent aucune des joies enfantines de Noël: bel arbre couvert de jouets, bas remplis de surprises, friandises de toutes sortes. — ‘Ce n’est pourtant pas juste qu'ils n'aient pas les plaisirs de Noël parce qu'ils sont pauvres! Jésus était pauvre, et les rois mages lui apportèrent des cadeaux...”

La conclusion s’imposait, mais hélas, Mélanie était pauvre et il faut beaucoup d'argent, dans certains cas, pour être logique!

La vieille fille était un personnage dans sa petite ville: elle était vieille, infirme et originale: tous la connaissaient, l’estimaient, l’appelaient ‘‘Mamzelle Mélanie,” et tous lui parlaient, car elle était un peu bavarde, et elle ne perdait pas l’occasion de faire un bout de causette pour peu qu'on l'y encourageût.

Elle gagnait sa vie à faire du raccommodare à la journée, et quand le loyer de sa

160 LETTRES DE FADETTE or aaremrsttrerr entité

chambre était payé, qu'elle avait mangé à peu près à sa faim trois fois par jour, il lui restait juste de quoi se vêtir bien modestement.

La bonre femme était très charitable et elle rognait sur la nourriture et sur le vètement pour donner aux plus pauvres qu'elle.

Elle était pieuse, simple, d’une crédulité naïve renversante et, je l'ai dit plus haut, el'e causait volontiers.

C’est dans ses moments d'expansion qu'elle confiait à ceux qui s'intéressaient à elle qu'elle aurait trouvé à se maritr dans le temps, mais qu'elle n'avait pas ‘“‘ça dans le goût, la reproduction.”

Ce manque de vocation ne l'empêchait pas d’adorer les enfants, comme vous voyez!

Cette année, elle ruminait depuis Six mois le projet de faire une fête de Noël de sa façon à ses chers gamins pauvres. Elle s'était privée de nourriture, elle n’avait pas remplicé sa vieille robe rapiécée et verdâtre; :0n feutre, bossé et défraichi, n'avait plus de garniture, mais la bonne Mélanie, sou à sou.

avait amassé quatre belles piastres qui gonflaient sa bourse peu habituée à tant de richesses.

Le vingt-quatre décembre elle n’alla pas travailler, et ses allées et venues entre la rue commerciale et la Salle des Habitant éveillèrent bien des curiosités, entr’autres celle de la nièce du curé, fillette de quinze ans. fine et espiègle qui aurait bien voulu

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savoir ce que complotait Mamzelle Mélanie!

Elle osa même lui demander pourquoi elle était si affoirée: “Si on te le demande, ma petite, tu diras que tu ne le sais pas,” répondit la vieille en riant et en fermant la porte au nez de ln curieuse.

Marie bombarda son oncle de questions.

et finit par savoir ce qui l'intriguait si fort. Elle eut voulu aider la vieille fille, mais le curé s’y opposa; Mamzelle Mélanie lui ayant fait clairement entendre qu'elle voulait s’arranger toute seule! La pauvre femme cependant n'était pas sans inquiétude. Ses quatre piastres dépensées jusqu'au dernier sou n'avaient pas donné autant de bonbons et d’oranges qu'elle avait compté avoir, et quand elle refaisait le calcul de ses invitations et celui de ses petits sacs, un doute lui pinçait le coeur.

Le hasard voulut que lorsque Mamzelle Mélanie alla dévotement faire ses prières quotidiennes à l’église, Marie faisait les siennes dans le bane voisin. Or, c'était l’habitude de la vieille fille de ronronner ses prières à mi-voix, et la jeune fille entendit distinctement <a dernière supplique: ‘Mon doux Jésus, je n’ai plus un sou et j'ai peur de manquer de quai, s’il vient beaucoup d’'enfants. Vous qui avez si bien arrangé les choses aux noces de Cara, vous ne permettrez pas qu’un de mes petits soit césappointé! Je me fie à vous, O hon Jésus!”

Bottante et rassurée, elle sortit de l'église pendant que sonnait l'angelus du soir.

Marie ne priait plus: il lui était venu une de ces idées lumineuses qui ne souffrent pas de retard. Courir au presbytère, mettre son oncle au courant des inquiétudes de Mélanie et de son propre projet fut l'affaire de quelques minutes. A la veillée, un des placards vides de la salle fut rempli à déborder de jouets modestes et de sacs de friandises.

Le jour de Noël, après un diner sommaire, Mamzelle Mélanie, sur le seuil de la maison paroissiale, attendait ses hôtes. Ils arrivèrent: pas quinze ri vingt, mais une quarattaine au moins, et en un quart d'heure lu salle fut remplie de visages souriants et de voix criardes. — Mon Dieu! Mon Dieu! soupirait la vieille toute bouleversée, comment arriver avec mes vingt-cinq paquets ?

Elle ouvrit son armoire et regarda avec angoisse ses provisions insuffisantes ; machinalement elle ouvrit l'armoire voisine. À si stupéfaction succéda rapidement une profonde émotion: pieusement, elle croisa lemains et pria dans toute l'admirable simplicité de son coeur de eroyante: — “Merci mon doux Jésus d’être venu à mon secours et pardon d’avoir douté de vous une minute !”

La distribution des trésors se faisait au milieu d'une joie délirante, quand le euré vint voir la fête de Mélanie: rouge, le chupeau de travers, aussi animée et heureuse

que les petits, la vieille femme ne souffla mot du miracle à son curé.

C'était son secret et plus tard, à l'église, près de la crèche, elle pleurait de joie de ce que Jésus eut daigné opérer une telle merveille pour elle si indigne et pour ses chers

petits qui étaient pourtant si insupportabies.

Dans le noir

Ce soir là, le vent âpre soufflait furieusement et le grésil battait les vitres: la tempête, au dehors, faisait plus tiède et plus recueillie la petite pièce intime qu'éclairaient les lumières ambrées et le joli feu clair qui pétillait dans l’âtre.

On peut être toute seule et ne pas sentir ‘'isolement dans un chez-soi aimé, entourée de choses familières et avec des livres qui sont nos amis.

Aussi, écoutai-je sans tristesse les cris désolés du vent, et dans ce bien être si doux, avais-je oublié égoistement tous ceux que la mauvaise saison malmène.

Soudain, toutes les lumières s’éteignirent ; grâce au verglas, je me vis condamnée à l'obscurité partielle pour la soirée, car je ne possédais pour tout luminaire qu’un petit bout de bougie. Cela mettait fin à la lectu re, et bientôt, ne voyant plus rien, je sentis ma solitude.

oi

Dans l'obscurité de la rue et celle de la maison, le vent et la pluie avaient pris des voix lamentables, et les ombres, autour de moi, étaient tourmentées et inquiétantes.

Peu à peu mon petit salon se transformait, et je n'osais bouger, envahie par une petite an goisse qui me serrait le coeur. Oh! ce n'était : pas la peur! — je me vante volontiers d'être brave, — mais cela lui ressemblait singuliè rement.

Tout en regardant l'écroulement progressif du brasier qui lançait des fusées d'étincelles, je prêtais l'oreille à mille bruits inusités et que dominaient tous les cris du vent qui grandissait, brisait les branches et faisait vibrer sur tous les tons les fils de téléphone. La eloche des morts se mit à clamer, lentement, un à un, ses glas qui se perdaient dans le bruit de la tempête, et à genoux, je retrouvai la sécurité avec mes âmes dont la prière me rapprochaïit.

Puis, de nouveau, je fixai la lueur du foyer que rien n’allumait plus. Est-ce parce que je m’appliquais à ne penser à rien que surgirent devant moi des visions de toutes les années de mon existence ? Ces visions n’observaient ni ordre, ni suite, elles paraissaient et s'évanouissaient, elles venaient semblables à des ombres et elles s'effaçaient de |

se

même. Mais hélas! elles n'étaient pas des apparitions réjouissantes. Chacune avait Île visage fermé et froid d'actes égoistes, négliwents, lâches, qui m'avaient parus insigni-

fiants quand je les faisais, mais qui, à cette distance, prenaient une importance énorme.

Tous les bienfaits mal reconnus et les bienfaiteurs à peine remerciés; toutes les injures légères mal pardonnées puisque le souvenir amer en était conservé. Et les affections pauvrement rendues, et les belles amitiées mortes de mes indifférences. Et ces millions de bonne paroles que j'aurais pu dire, et ces millions de bons sourires que j'aurais pu échanger, et ces innombrables actions, légères et faciles qui auraient aidé ou réjoui les autres.

Et autour de moi se resserraient les visions méchantes et accusatrices: je ne voyais au'elles et elles éteignaient leslumières de ma vie.

Au plus fort de ma détresse, les lumières jaillirent aux électroliers...mais je ne repris pas mon livre, et dans la clarté, je continuai à réfléchir sérieusement et sans découragement. Il me semble que les retours sur le passé ne doivent servir qu’à éclairer l'avenir, et que l’aveu et le regret de nos faiblesses doivent préparer les progrès sincèrement résolus.

Nous sommes debout sur le rivage de cette mer dont les vagues sont des années. Elles accourent, se brisent et retombent, mais nous n'y prenons pas garde; cependant, avec chaque vague la marée monte, et nous savons qu'elle nous atteindra et nous emportera...

quand ?

RÉ

La devote Menagere

En cette fin d'année où chacun prépare ses cadeaux et adresse ses souhaits, je vous arrive avec les miens. Si j'en avais le pouvoir, j'y joindrais un cadeau; je le donnerais aux femmes, les hommes en bénéficieraient, et ainsi, mon cadeau apporterait de la joie à tous mes lecteurs qui sont bien un peu mes amis, il me semble ?

Ce cadeau, ce serait la gaieté, l'égalité d'humeur, l’amabilité constante enfin, qui rend la bonté délicieuse parce qu'elle est souriante. Le sourire, mes amies! Quelle force il nous donne, quel charme il nous communique. J'entends le charme dans le sens employé par les sorciers du bon vieux temps, Le charme qui conquiert, qui attire.

qui attache, qui transforme. Un joli sourire vaut de longs plaidoyers et il remercie mieux que des belles phrases!

La femme qui n’a jamais l'air renfrogné.

boudeur, indifférent, piqué, dédaigneux.

têtu, impatient, c'est celle qui est douce et souriante: tout le monde l'aime simplement parce qu’elle est toujours aimable.

Sans vouloir calomnier mes soeurs, je ne puis m'empêcher de voir que toutes prétendent à être beaucoup aimées et qu’un gran nombre s'inquiètent peu de se rendre digne»

de tant d'affection! Elles font, au contraire, ce qui est nécessaire pour être détestables, et elles se lamentent des résultats logiques qu'elles obtiennent.

Je crois bien que la femme la plus désagréuble que j'aie connue habitait un presbytère où elle faisait gagner le ciel au curé par bonds prodigieux.

Ce curé, qui était un peu mon parent, m'avait invité à passer quelques jours chez lui. C'était un homme doux et timide et je ne fux pas longue à voir que ce n'était pas Jui le maître du presbytère, mais bien la ménagère aux yeux durs, longue sur pattes, bavarde et grondeuse qui régissait la maison; elle ne souffrait ni suggestion, ni remarque, ni intervention d'aucune sorte de la part du curé. Elle était honnête, propre, travaillante et insupportable!

Confondant le moyen avec le but, elle tyrannisait le bon prêtre, sous prétexte de le rendre heureux, en lui tenant sa maison irréprochablement. Entendons-nous: pour elle, la maison irréprochable n'était pas celle où l’on vit confortablement, mais celle où il n'y a pas un grain de poussière, pas une mouche, pas d'air et pas de soleil!

L'accès du salon était à peu près interdit:

stores baissés, meubles rangés et époussetés méticuleusement, ce salon dormait dans une netteté immaculée qu'il était défendu de contempler de près. Les rares visiteurs qu'elle était quelquefois forcée d'y admettre,

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