‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 22 sur 23 · LETTRES DF FADETTE · texte numérisé non relu

LETTRES DF FADETTE

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se sentaient coupables d'indiscrétion tant elle leur laissait voir son mécontentement.

Le publie avait naturellement accès au burenu, mris que de récriminations et de reproches twmbaient sur la tête du pauvre euré qui n'interrompait le flot de paroles grondeuses que par des: ‘Voyons! Voyons! Il faut bien que ces pauvres gens posent le pied quelque part!”

Alors, sa colère se tournait contre lui.

“Ah! ben oui! Ce n'est pas vous qui nettoyez du matin au soir! Curé ou pas curé. tous les hommes c'e-t pareil! Ils ne pensent qu'à eux! —"

Et les portes battaient furieusement.

Pour un retard au repas, c'était de véritables scènes et si nous mangions un diner refroidi, c'était tant pis pour nous! Et c'était elle la victime, à l'entendre!

Je n'ai jamais compris pourquoi le bon curé endurait cette mégère! Par churité, par esprit de sacrifice? Franchement j'aime mieux me rendre au ciel plus paisiblement et je ne l'aurais pas endurée une semaine!

J'exprimai cette opinion à mon cousin. Il sourit et admit qu'il était souvent tenté de faire un coup d'Etat. ‘J'aimerais tant recevoir librement mes amis, circuler à l'aise dans ma maison, manger les mets que je préfère et surtout vivre dans la paix que j'aime! Un jour pourtant, je me déciderai à en chercher une autre car je suis bien fatigué de lu vie que cette excellente personne me fait!”

Cette vieille méchante re mélait d'être dévote. Elle n'avait jamais pensé, je parie, qu'aimer Dieu et le servir, ce n'est pas faire d'interminables prières, mais mettre en pratique les préceptes de l'Evangile; pas plus qu'elle ne savuit qu'avoir de la conscience, c'était créer un intérieur confortable à celui qui la payait très cher dans ce but et qui était désappointé au point de se sentir volé.

Le Veuf

Si j'ob-erve un peu autour de moi, je puis constater que l'entente dans les amitiés et dans les ménages suit le niveu 1 de l'affection. Aussi longtemps que la tendresse est vive, elle voile les imperfections et met en évidence les qualités; il n'est rien qu'on ne supporte de la personne aimée, et si l'amour ne diminuait pas, on ne cesserait de s'admirer mutuellement.

Mais avec l'inconstance propre aux pauvres coeurs humains, la tendres<e s'émoussant, les veux s'ouvrent et voient ce qui a toujours existé mais sur quoi l'on s'’aveuglait. Cette clairvoyance, hélas! ne s'exerce pas également vis-à-vis de soi-même, elle nous rendrait certainemer’ indulgents. Elle ne s'applique qu'à relever ie: défauts et les faiblesses de l'autre: il arrive même que Îles

Rene 2 mer

qualités qui séduisaient contrurient et déplaisent.

Et voilà que surgit la grande douleur et la suprême injustice de cette vie, quand l'un des deux seulement n cessé d'aimer. Il a choisi et aimé ce qu'il trouvait désirable, il s'est fait aimer, il a juré d'être fidèle, et parce que son coeur est instable, parce qu'il était rempli d'illusior.: sur l'être aimé et sur luimême, il va faire souffrir cruellement. Lui, le coupable par inconstance, vn être le bourreau de celui qui est fidèle et A6 voué, et parce qu'il est le plus dur et le plus égoiste, il fera le malheur de l'autre et il ne souffrira pus. C'est l'histoire tragique de tant d'unions, qu'il faut une dose d'optimisme considérable pour croire au bonheur possib'e dans le mariage. Il existe pourtant, mais quelle plante fragile et comme il faut la soigner avec sollicitude!

Par ce beau matin enscleillé, je revois une autre journée d'été lumineuse où se déroulait la dernière scène d'une tragédie silencieuse dont le souvenir m'uttriste

Je suivais le convoi funèbre sur ün chemin de campagne: la rivière riait au soleil, les arbres étaient remplis de bruissements d'ailes et de chansons, nous passions entre des champs verts parsemés de bluets et de marguerites, La terre et le ciel frémissaient de vie intense. À chaque pas duns le cimetière nous écrasions des fleurs; des milliers d'insectes s'agitaient ardemment: et je me sou-

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