‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 6 sur 23 · FENTE · texte numérisé non relu

FENTE

chaîne qui s'allonge. Mon histoire personnelle influera sur toute ma lignée, rien de ce que j'ajoute à la série ne sera perdu. Dans Île présent, je travaille pour la beauté morale ou le bonheur futur de mu famille et de mon Pays. mais je travaille aussi peut-être pour sa déchéance et son malheur ?

Il est évident alors que si je modifie en mieux ma nature, si peu que ce soit, il sortira de mes efforts du bien qui vivra après moi, et toutes les fois, au centraire, que je déchois, je sème des difficultés et des misères pour les miens.

Quand nous serons pénétrés de cette vérité, nous n’oserons plus parler de notre vie monotone, du temps perdu à d’humbles tâches, d'actions insignifiantes... [Il ne devrait pas y en avoir, en réalité il n'y en a pas, puisque en chacun de nos actes il y a des vermes de vie ou de mort que nous semons dans le moment présent et qui lèveront, tôt ou tard, mais infailliblement.

Voilà de quoi chasser l'ennui de toutes les vies, Ce qui eause l'ennui, c'est la sensation d'isolement... regardons en arrière, revardons en avant et nous ne nous sentirons plus seuls et tout ce que nous ferons offrira le plus grand intérêt. Nous agirons avec intelligence, parce que tout est important, avec ardeur, parce que notre action vivra toujours, et surtoui, nous nous défendrons de la tristesse.

La tristesse est déprimante et nous avons

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besoin de toutes nos forces pour être un bon anneau solide dans ln chatne qui s'étend si : loin en arrière et qui s'allongern peut-être encore bien, bien longtemps.

Petites Filles

Petites filles, fleurs délicates, bijoux précieux que les mains pâles de vos mères reçurent dans l'extase de la materrité nouvelle, vous n'êtes pas longtemps en sécurité dans les bras protecteurs, et dès que vos petits pieds vous éloignernit des berceaux, votre destinée serre le coeur de ceux qui observent votre quasi-abandon ! Car elles sont abandonnées, les milliers de fillettes qui poussent dans le monde comme les fleurs sauvages le long des routes, à la merci du soleil. du vent, des frimas et des passants ! Leur parents leur donnent les stricts soins matériels , et encore ! à On les rencontre dans les villes, si petites et si faibles devant tant de dangers qui les menacent... elles sont chargées de paquets, parfois même de bébés, dont !e poids fait p'oyer leur petit corps frêle, ou bien elles graminent comme les moineaux à qui elles ressemblent. La maman les a mises dehors dans le but d'en débarrasser ja maison: elle est harassée, surchargée de travail, elle a des

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tout petits, et elle croit sincèrement que se fille de six ans est une personne responsable et tout élevée comme elle le dit volontiers:

elle marche, elle a toutes ses dents, elle parle, elle est prête à se tirer d'affaire !

Chez ceux que le souci du pair quotidien et le travail incessant n'absorbent pas, lex coeurs des petites filles ont-ils plus de chances d'être connus et cultivés afin de s'épanouir ?

[1 y a certes beaucoup de femmes qui sont mères jusqu'au bout et qui enfantent les âmes comme les corps de leurs enfants et je demande qu'on ne m'aceuse pas de trop généraliser : je n'ai qu'à louer les vraies mères et c'est des autres que je parle.

Hélas ! chez trop de riches et chez trop de pauvres, on soigne plus ou moins bien les corps des enfants et on ignore tout à fait leur âme.

Les uns les traitent comme des petits animaux savants dressés à coups de friandises ou de rudesse suivant l'humeur des jours; d'autres se font une parure de leur beauté et une gloire de {eur parure. Il y en a beaucoup qui ort de la bonne volonté et qui voudraient sincèrement les bien élever, mais ils ne savent pas. Ils ne comprennent pas la nature de l'enfant: ils ne se donnent pas la peine de l'étudier dans toutes les manifestations inconscientes de sa petite personnalité, et à l'aveugle, leur appliquent une méthode invariable, ile tentent de les conduire, de les

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éduquer, mais *anx fimières, NAPx cette putience fine, douce et ferme qui devine, qui COTTILE en ménagennt. *uggestionne plux qu'elle re corrige et enseigne plus qu'elle ne Commande, Et combien d'autres qui, par tendresse mal entendue et sensiblerie, gâtent leurs enfants ! Sa rendent.ils compte de l'égoisme que ouvre leur bonté courte et oublieuse de l'intérêt de l'enfant ? Par leur faiblesse ils s'épargnent eux-mêmes :

c'est leur tendresse trop sensible et trop molle qu'ils mMénageut, et l'enfant choyé paiera bien cher probablement ln coupable lâcheté de ses Parents,

D'autres encore pensent que les enfants doivent être traités comme des grandes per.

sonnes raisonnables et ils leur demandent, inflexiblement, des vertus qu'ils savent mieux exiger que pratiquer.

Et voilà Pourquoi, en haut, en bas, dans «08 familles, dans les maisons d'éducation, y a tant de urs de petites filles que Dieu fit exquis, mais dont les qualités lgnorées ou écrasées sont réduites à l'inaction, pendant que germent en ces coeurs négligés la sécheresso, l'égoisme, l'orgueil, le mensonge, tous les vices que développent ]n mauvaise éducation, ln fausse éducation et l'absence d ‘éducation.

J'entendis hier quelque chose de délicieux.

Il avait neigé dans Ja nuit, mais le froid était grand. En sortant de la maison avee Sa maman, Jeannire fut ravie de

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l'éblouissante blancheur : posant avec précaution son petit pied dans la neige : Jennnine va-t-elle salir ln jolie neige en marchant dedans ? Raxsurée par sa mère, elle fit quelques pas Oh ! mamen, s'écria-telle inquiète, nous faisons mal à la neige, elle crie !

C'est celn, In délicatesse et la sensibilité des coeurs de petites filles, mais que de tuct pour ne pus les froisser sans leur permettre de devenir excessives; avec quelle sincérité et quelle droiture on doit s'adresser à leur âme naive et crédule; que de raison, d'intuition, de prudence pour éveiller leur conscience et la faire vivre !

Car c'est dans les coeurs des petites filles que doivent s'acecumuler les trésors de t2ndresse, de générosité, de pitié, d'indulgence, de raison où viendront puiser ceux qui souffrent et ceux qui sont faibles, quard elles seront devenues des femmes dont le vrai rôle est celui d'anges gardiens et de protectrices même de ceux qui se croient forts.

Le Filleul Les innombrables correspondances de suerre entre marraines et soldats français ou

belges, furent l'occasion de petits romans, légers comme le papier sur lequel ils étaient

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écrits, mais elles créèrent aussi des drames silencieux, plus nombreux que ne le supposent ceux qui ignorent avec quelle facilité les femmes s’attachent, et ce que veut dire pour elles ce commerce d'âmes où le meilleur de soi passe presqu'à son insu. On écrit si facilement les pensées profo:;ues que la timidité empêche de dire et on se révèle plus intimement dans une série de lettres que dans de longues conversations.

Ces correspondances transforinèrent certaines vies : les lett-es au petit timbre bleu ouvraient les coeurs à une vie sentimentale qui ne fut pas sans danger.

Une jeune fille de vingt ans, infirme à la suite d’un accident d'enfance qui arrêta la croissance sans nuire au développement de l'esprit et du coeur vc::lut, au commencement de la guerre, adopter un filleul comme le faisaient toutes ses amies. Il se trouva que son filleul était un homme cultivé et bien élevé.

Les lettres de France devinrent bientôt le grand événement de la vie de la petite malade. Dans cette vie chimérique au’elle se créait en dehors de la réalité monotone, elle oubliait ses tristesses et elle résolut de n'en jamais parler à son nouvel ami. Quand elle écrivait, elle était une autre, celle qu'elle eut été sans l’affreux accident. Son esprit, libéré temporairement des misères de son corps auquel elle refusait de penser, devenait un esprit de lumière qui rayonnait la joie, une

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joie mystérieuse et ineffable dont elle ignorai la sourre et qui, peu à peu, remplissait on cour en attendant d'empoisonner sa vie.

Ses lettres äitaient exquises : sa jeunesse isvlée, sa beauté perdue, son inaction for- £e avaient deveicnpé en elle une vie intérieure intense. Son coeur, somnolent jusque là, s'éveillait avec des réserves de tendresse pure et d’adorables ignorances qui devaient charmer le brave soldat, et de son côté, il s'attachait insensiblement à cette amie lointaine.

Les années se succédaiert : il avait été blessé et elle l'avait comblé d'attentions délicates, et sans cesse, les lettres se croiant d'un cé‘6 de l'océan à l’autre, nouaient entre eux des liens dont ils ne sentaient encore que la douceur.

Chez la jeune fille cependant, le remords de n'avoir pas été vraie avee son ami, grandissait avec l'affection qui l'envahissait.

C'est un besoin si impérieux de dire la véritéentière quand on aime... elle ne se décidait pas, pourtant, à avouer à l’homuie loyal qui avait confiance en elle, que celle qu'il appelait sa meilleure amie était laide et infirme, et qu'elle le lui cachait depuis auatre ans ! Elle tentait parfois de se rassurer : “Il ne le saura jamais !”’ se disait-elle, mais dans son cher bonheur il entrait maintenant une angoisse qui la torturait, car elle était droite et fière.

La guerre terminée, les lettres continuèrent , ec un jour il en vint une, où, dans une griserie de joie, il lui ann. nçait que l'offre d’une shiuation inespérée l'amenait à Montréal pour s’y fixer, et pour la première fois, il laissait entrevoir des projets d'avenir.

La pauvre enfant connut alors une détresse sans nom... elle n’osait confier son secret à personne et elle se sentait défaillir à la seule pensée de rencontrer celui qu'elle aimait, — elle savait à cette heure à quel point, --et qu'elle trompait depuis si longtemps par son silence.

Ce mensonge se dressait entre eux dans toute sa laideur et lui faisait horreur, et elle ne savait qr2 faire dans cette situation sans issue.

De toutes façons, c'était la fin de son bonheur, la disparition de la seuie joie de su vie, celle qui lui avait révélé son âme de femme.

Elle s'arrêta enfin à la seule chose digne d'elle: L'aveu, la confession douloureuse et prudente où elle s’efforçait de dissimuler l'amour qui la possédait. 1] reçut la lettre au moment de son départ.

Quand il la vit, plus tard, si petite, si fragile, il lui pardonna trop bien, hélas, puisqu' il s’éprit de sa jeune soeur et l’épousa sans se douter de la cruauté d’un tel dénouement.

Il se disait sans doute, que pour la petite infirme. la correspondance avait été un jeu littéraire, car elle savait. elle, jue l’amour

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entre eux était impossible, comme si de savoir qu'un amour est déraisonnable et n'apportera que de la souffrance, pouvait em-

pêcher d'aimer !

Perdu dans la Neige

Les dernières tempêtes m ont rappelé une histoire de tempête de neige dont j'ai eonnu le héros, un petit homme de onze ans, dont le père était bûcheron dans les montagnes du Nord, près de Val-Morin, et passait dans la forêt une partie de l'hiver. Il partait le lundi avec des provisions pour la semaine et il revenait le samedi. Il ‘faisait du bois” à trois ou quatre milles dans la montagne. Un lundi, il prévint sa femme qu'il terminerait son travail afin de revenir définitivement et il lui demanda de lui faire parvenir 4: rouvelles provisions à la fin de la semaine.

Jean rêvait depuis longtemps + accompayner son père au bois, mais il eût fallu pour cela manquer l’école, et ça, M. le curé l'interdisait sévèrement, et la maîtresse ne plaisantait pas sur l'exactitude !

Entendant les projets de son père, il eut vite combiné une excursion qui ne lui ferait pas perdre une heure de classe et il décida facilement sa mère de profiter du congé du samedi pour l'envoyer porter les provisions:

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il coucherait à ‘la campe”’ et reviendrait le dimanche.

Le temps était doux et la distance n'était Das pour effrayer un gamin du pays. Jean partit joyeusement, curieux de revoir en hiver la forêt, où, l'été, il chassait les écureuils, dénichait les oiseau: et dormait sur la mousse quand il était las de courir.

Quand il laissa la grande route pour vrendre le sentier qui conduisait, à travers bois, à l’endreit que l’on déboisait, il eût désiré un peu de soleil. Sans l'inquiéter, ce temps sombre lui faisait sentir sa solitude dens la forêt glacée et muette, et peu à peu, sa joie s'en allait. Il <e mit à siffler pour rappeler les pensées gaies, mais l'ombre s'étendait, épaisse, presque hostile et un instant, le netit fut tenté de revenir sur ses pas... Mais quoi!

ne pas se rendre après avoir tant insisté pour partir! Ondiraitqu'il avait eu peur ? Il secoua

ce qu'il appelait sa poltronnerie et qui n’était que l'instinct sûr l'avertissant d'un danger réel, et il continua sa route.

Une heure ne s'était pas écoulée quamd la neige commencea de tomber en larges étoiles si douces que Jean oublia ses craintes vagues, tout à la joie de ses visions de glissades, de promenades en raquettes avec la belle paire toute neuve qu'il n'avait pu chausser encore faute de neige.

Mais le vent s'éleva et souffla bientôt en tempête; la neige devenue piquante. drue et dure tournoyait, balayée par le vent d'est.

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Jeanreprisparl'inquiétude, eut froid jusqu'au coeur, mais il n'était plus question de revenir, le camp étant plus rapproché que le village. Il essaya de marcher plus rapidement, mais c'était déjà difficile, la neige nivelait tout, effaçant es lignes du sentier. Soudain une angoisse l'étreignit : suivaitil la bonne route ? Mais il était brave et réfléchi : il parvint à s'orienter et reprit avec assurance sa marche interrompue quelques minutes. Il avançait péniblertent au travers des grandes vagues blanches où il enfonçait jusqu'à perdre pied, rudoyé par la poudrerie qui l'aveuglait et l'étouffait. La fatigue vint, il s’assit haletant, le front couvert de sueurs et le corps secuué de frissons. La reige tombait implacable et glacée, les arbres, agités par la rafale, ressemblaient à des squelettes qui menaçaient de le saisir, le vent passait dans les sapins en se lamentant et une terreur folle saisit le petit, le mit sur pieds et le voilà parti en courant, tête baissée, ne regardant ni à droite ni à gauche, buttant, se heurtant aux arbres, fouetté et égratiené par les branches : il tombait, se relevait, tombait encore et s'épuisait rapidement...

enfin il ne put se relever, rt couché dans la neige, il se reposa un peu. Ces minutes d'immobilité lui permirent de se ressaisir, mais ce fut pour se rendre compte du grand danger où il se trouvait, si loin de tout secours. Le froid augmentait, ses jambes ne pouvaient plus le soutenir. Il se sentait perdu dans

cette mer de neige qui menaçait de l'ensevelir, mais le courage lui était revenu et il fit la seule chose raisonnable qu'il lui restât à faire. Avec son bâton et ses mains, il creusa un trou dans la neige, il enveloppa sa tête de son foulard et acerocha solidement son bonnet de laine à une branche au dessus de la fosse où il se blottit. Puis ses idées se brouillèrent et il s'engourdit dans cette angoisse de mourir là, tout seul, comme une petite bête abandonrée.

Dans l'après-midi, la tempête s'apaisa, et le père ayant vainement attendu des vivres se décida à revenir. Imaginez le cri de la mère quand elle le vit seul et leur inquiétude en devinant ce qui s'était passé!

L'alarme fut donnée au village et on partit à la recherche du pauvre petit. Ce fut long, il avait tant neigé qu'il ne restait aucune trace sur la neige où les hommes enfonçaient jusqu'aux genoux. Enfin, en s'écartart du sentier que Jean avait perdu, ils aperçurent le gland rouge de la petite tuque que le vent agitait au-dessus de l'enfant complètement recouvert par la neige. Il n’était qu'engourdi par le froid heureusement et il se réveilla dans la tiédeur de son lit et la bonne tendresse de sa maman : ils en furent quittes pour la peur.

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LETTRES DE l'ADETTE 43

L'Aumone [ngenieuse

Je ne sais où j'ai iu cette petite parabole qui m'est revenue aujourd'hui.

Un pauvre vieil homme, très vieux, très pauvre, très déguenillé, descend une côte.

Pour toute nourriture, il n'a que des radis dans son panier défoncé. Illes mange un par un et jette les petites feuilles vertes. De temps à autre une plainte s'échappe de ses lèvres : ‘‘Seigneur ! Seigneur ! Personne n’est aussi malheureux que moi sur la terre !”

Voici que, se retournant par hasard, il aperçoit, derrière lui, un autre vieil homme, plus vieux, plus déguenillé que lui encore et qui ramasse les feuilles de radis et les mange avec avidité. - ‘Seigneur !'Ilyena done de plus malheureux que moi et qui se nourrissent de ce que je dédaigne !” Oui, il y a toujours plus malheureux que soi, c'est notre égoisme qui nous empêche de les voir.

Qui ne se plaint aujourd’hui de la cherté des vivres, des hardes, de tout ? Les plus riches se lamentent autant que les pauvres, et pourtant eux, ils n'ont qu'à donner plus d'argent, ils ne songent jamais à se passer des objets dispendieux. Ceux même pour qui la vie est devenue plus difficile ont-ils le droit de tant se plaindre que nd ils mangent à

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44 LETTRES DE FADETITE

leur faim et qu'ils sont vêtu: convenablement ?

Derrière eux, en longues files désolées, il v a les misérables, ceux qui n'ont rien et qui se nourrissent de ce que nous laissons tomber. Inefaut pas jeteravec nonchalence, maisavec la charité qui met son coeur dans son aumône, apprenons à recueillir avec soin ce qui peut être utile aux plus pauvres que nous.

Ayons notre ‘armoire des pauvres’ où nous déposerons tout ce qui est hors d'usage, ce que nous avons conservé inutilement dans les coffres pendant des années et aussi la part que nous pouvons faire à la charité de nos provisions et de nos conserves.

Je ne l’ai pas vue moi, cette pièce d'un vieux manoir détruit et appelée le ‘magasin des pauvres,” qu'une grand'mère au coeur d'or ne laissait jamais se vider : hardes, couvertures de lits, remèdes, confitures et compotes, légumes, beurre, oeufs remplissaient les armoires et elles étaient

toujours pleines. Les pauvres n'avaient pas même à demander et les paniers du ‘“magasin”’ montaient et descendaient la côte du village pour approvisionner tous les affomés qui payaient avec des prières la bienfaitrice qu'ils & doraient.

Savez-vous qu'il s'agit moins, pour être charitable, d’avoir de :’argent que de penser à l'usage que les pauvres feraient de ce qui

ne nous est plus utile. On apprend à être ingénieux en ce sens si on croit à la véritable misère et sion la voit. Tant qu'on ne la voit pas, y croit-on ? Veut-on admettre qu'il y a des gens qui sont affamés et qui n'osent sortir parce qu'ils n’ont pas de chaussures ? Si quelqu'un le dit devant nous, n'essayonsnous pas de nous convaincre qu'ils exagèrent ? Si nous étions vraiment et sincèrement charitables et remplis de bonne volonté au lieu d'être pétris d'égoisme, nous irions la regarder, cette misère, et je vous l'assure, nous ne pourrions plus l'oublier !

Faire une part de ses biens, ce n'est pas seulement donner de Ia nourriture et des vêtements aux misérables, Nous avons tant d'autres biens que d’autres n’ont pas! Nous pouvons prêter nos livres, donner un peu de notre temps, distribuer nos fleurs, faire jouir de notre bonne humeur. Si dans notre coeur nous avons une bonne provision de bonté, pourquoi n'en pas donner à ceux qui mesquinent en se servant de la leur. Vous êtes ‘‘en froid” avec une personne, vous ne avez ni l’une ni l’autre où sont les torts, et au fond ils sont insignifiants : c’est à la plus riche en générosité et en esprit d'aller au devant de l’autre, avec une bonté souriante qui déborde et de lui dire : ‘J'ai eu tort, vous êtes trop bonne pour ne pas l'oublier.” Mangeons os radis sans nous lamevter.

et ne laissons pis tomber les feuilles sur les chemins poussiéreux; conservons-les pour

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les donner à ceux qui sont plus pauvres que nous,

Le passant

Le feu brûlait en s'amortissant dans le gros poêle sur lequel la bouilloire chantait sa chanson fine, pendant que dans l'ombre du jour finissant, lu vieille femme, frileusement, serrait autour d'elle son tricot en tirant son fauteuil près de la fenêtre. Aucun bruit ne troublait le calme de l'étendue blunche, qui, peu à peu, se voilait derrière les carreaux à demi-glacés. Une tourmente de neige menaçait et le vent, par tourbillons capricieux, soulevait des colonnes de poussière de neige. Son vieux tardait à rentrer : voilà que la boîte à bois était vide, et cette tempête qui s'élevait. vraiment il devrait être de retour! Inquiète, elle égrenuit, avec ses Ave, tout un chapelet d'accidents possibles, lorsque la silhouette d'un homme grand, minre et vieux se profila sur la route se dirigeant rapidement vers la maison. Mue comme par un ressort, la vieille fut debout, une terreur mystérieuse la clouant à sa place pendant que la porte s'ouvrait. L'homme s'avança et dit simplement : — Oui, Marie, c'est moi.— Une angoisse lui tordit le coeur, elle s'affaissa sur son fauteuil et se cacha la figure dans les

mains, Je Vois que tu me reconnais, reprit4l à Vois presque busce, mai pourquoi as-tu si peur, Mure, je ne suis prs un revenant ? Tremblante elle Balbotia * J'ni plus peur de toi Vivant que d'un revenant Jean Mathieu!"

S'approclhant d'elle, 1 détueha doucement les pauvres mains de li fivure terrifiée

Je n'ai pourtant jumnis té mauvais pour toi ? C'est vrui Hits. ,,.je te croyais mort je Cal attendu si lorctemps, si longtemps ! puis le petit ect mort: j'étais seule... je me suis remariée..Mon Dieu.

que c'est affreux ce qui arrive !

Ecoute, Marie, je ne viens jui te faire des misères : je savais que, virgt ans après mon départ, tu avais épousé Jce Robert, Tu n'es rien à te reprocher, na pauvre femme, c'est moi qui ai tous les toits et je ne suis pas si fautif que je le paruis ! Qriond je me suis sauvé du chantier, vois-tu, j'étais fou, out, j'étais fou : j'avais bu, je m'étais battu avee Varette, [1 était étendu dans la neige, j'ai cru que je l'avais tué. Alors je me suis enfui.. j'ai couru, marché et couru encore : j'ai eu froid et j'ai eu faim: j'ei entendu hurler les loup: et je n'étais pas armé: puis j'ai fini pur gagner la frontière, j'ai pris un autre nom, et pendart des mois j'ai vécu dans la terreur d'étre découvert et :rrêté.

Ü y a envirer trois ons, j'ai eppric qu Varette n'avait pas même été ble:sé, qu'ic on me croyait mort, et la pire de toutes les

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nouvelles, Marie, que tu étais remariéce !

Il était trop tard pour revenir : je t'avais perdue par ma faute et je résolus de ne j as troubler ta vie, Mais on est lâche quand on eat seul et j'ai véeu comme un ours, là-bas, rapport que je me croyais Un assassin.

L'idée de revenir au pays, de te voir, de t'expliquer tout, d'embrasser le petit, s'est mise à me ronger : je ne dormais plus, je ne pensais qu'à m'en aller, et quand je n'ai plus été capable de résister Oh ! Jean! Jean ! sanglotait la pauvre vieille désespérément.

Il la regardait avec une grande pitié, puis il reprit : A présent que tu sais pourquoi je ne pouvais pas te dire. rici, que je sais, moi, que tu ne peux pas m'en vouloir, je serai moins malheureux, et toi, \uarie, il ne ‘aut pas te faire de chagrin à cause de moi.

Je vais m'en aller, mais je resterai au Canada..." Il se leva, et, solennellement :

“Marie, écoute et rappelle-toi ce que je vais te dire, ça te consolera : après mon coup de tête, je n'ai jamais bu et je rie suis conduit en homme, en honnête honime. Des foi:, j'étais tenté, mais je pensais à toi et cela me tenait ferme. Je t'ai fuit du inal mais c'est involontairement et je t'ai toujours aimée.

Toi, tu ne m'as fait que du bien, faut donc pas avoir de chagrin ni de rewrets..

Leurs vieilles mains s'étreisnaient à croire qu'elles ne pourraient être séparées que par la force, Elle essava de protester : Mais

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Jean, ce n'est pa: possible Il se leva brusquement Adieu, prie pour moi, Marie ! Et il s'en alla, son grand corps

courbé luttant contre la neive et le vent dans lesquels il disparut

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