‹ Lettres de Fadette [microforme] (volume 4)Chapitre 7 sur 23 · AVI · texte numérisé non relu

AVI

Les choses sont ce qu'elles sont

Les choses <cnt ce qu'elles sont, Cela semble une séiité simple et que tout le monde croit? Pas du tout, Les plus sages seulement eonnaissentleschoses comme elles sont, Les autre- les voient eomime ils les désirent on -e leurrent de l'idée qu'elles peuvent être modifiées pour eux. Et pourtant la connaissance véritable des choses n'est possible que parce que nos désirs ne sont pas leur loi : cette connaissance nous apporte de la joie purce qu'elle est un lien qui nous attache à toutes les choses qui nous entourent : elle les fait nôtres en quelque sorte, et ainsi elle étend les limites de notre personnalité.

Nous ne faisons pas un pus sans avoir à tenir compte des autres et de toutes les choses, Nots re serons seuls que dans la mort.

L'indivitu:lisine tant prôné est done une erreur danzereuse, et en l'acceptant comme une loi de progrès, les hommes deviennent

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des monstres d'évoisnie. C'est que nous ne

devenors srands qu'en étant de plus en plus uris à ros semblables, à la nature et par eux au ('réateur.

Et c'e:t la loi qui régit l'univers qui rend cette union possible. Il serait simple et sage del reconnaître et de l’accepter doucement. Ce sont nos déäirs individuels, en lutte contre les lois de 13 nature, qui font que nous demeurons si enfantins et si futiles et que nous souffrons inutilement.

Ce: lois d'ailleur: n'agissert pas contre nous et ne sont pas opprimantes: elles nous servent et nous protègent. Elles ne nous contrarient et ne nous nuisent que lorsque, par manque de raison , nous voulons aller contre le courant raturel des choses.

Il en est de même dans la vie spirituelle Les grondes lois morales sont faites pour tous et quand nous voulons faire exception et «ler à l'encontre, nous nous amoindr'ssons et nous æppelons la souffrance :

alors ce qui paraît le succès est réellement une faillite et ‘l’accomplissemert de nos désirs nous dégrade et précipite notre ruine.

Rejetant 1: loi commune, nous prétendens avoir des r'ivilèges spéciaux et de ce fait nous entrons en lutte ave: ceux qui respectent l1 loi générale. Notre orgueil et notre ésaisme élèvent des herrières artificieiles ertre eux et nous, mais nous n'échappons pas à leu: condamnation, bien rlus,

nous n’échappons pas à notre propre condamnation.

La plus grande leçon donnée par la vie à l'homme, ce n’est pas qu’il y a dans le monde du travail et de la souffrance, c'est qu'il dépend de lui de rendre ce travail et cette souffrance profitables, et que c'est avec eux que l'homme construit ses succès et ses bonheurs.

Nous ne devons done pas nous servir de notre liberté pour essayer d'éloigner les afflictions, les soucis et les difficultés, mais nous devons les faire servir à nos fins, et créer des joies avec les obstacles et les difficultés que nous surmontons. Naturellement nous n'y arriverons qu'en étant convaincus que notre individualité ne doit pas primer les intérêts généraux; que nos désirs ne doivent pas s'affranchir des lois morales et chrétiennes; que nos plaintes et nos révoltes ne peuvent rien changer à ce qui est, et enfin que la peine est l’envers de la joie.

Quand nous saurons tout cela, nous comprendrons aussi que nous ne sommes pas des mendiants. Nous achetons, et si cher parfois, tout ce qui compte dans la vie:

succès, sagess., amour. Ces biens sont précieux justement parce que nous les payons avec le meilleur de notre esprit, de notre travail et de notre coeur.

Que vaudrait la nuissance d’un homme oisif qui prétendrait gouverner les autres sans s'occuper d'eux ?

Que vaudrait un amour qui rejetterait la souffrance et qui n'aurait jamais pleuré ?

Autodaÿfé

Seule :’j'entends le vent tumultueux courir sur les toits en soulevant les tourbillans de neige: sifflant et hurlant, il tord les branches qui résistent et se brisent, et l’espace est rempli de plaintes et de cris qui me font penser au ‘Vent chargé du désespoir” du poète. Est-ce lu douleur de cette heure, dans le monde entier, qui passe dans ses gémissements ? Les agonies des mourants, l’angoisse des vivants, les terreurs des enfants, toutes les détresses qui se sont contenues tout le jour et qui éclatent quand il fait nuit ?

J'entends le vent qui a passé sur ces souffrances, et je frissonne de pitié et de peur aussi, peut-être : on est faible quand on est triste ! Dans l’âtre presque étreint, je regarde des cendres pareilles à de la poudre grise...tout ce qui reste de lettres aimées tant de fois relues ! Le feu, en les dévorant, a fait dans mon coeur une large blessure.

Un joùr vient où l'on se dit que les choses qui furent la chaleur et la douceur de nütre vie doivent nous précéder dans la mort, car dans ce monde étrange, pour garder à soi ses trésors, il faut les faire disparaître !

Quand la mort nous prend un être aimé, elle nous frôle de très près, et elle nous chuchote que notre tour vient : l’un après l’autre, nous nous en allons tous ! Ses avertissements nousserrent le coeur, de crainte ou de tristesse? Ils nous causent plutôt un étonnement, comme si mourir était une chose nouvelle, et pourtant nous ne saurions compter ceux que nous avons connus et qui sont morts !

Je me dis ce soir devant mes pauvres lettres brûlées que, lorsque la mort frappera à ma porte, elle me dira : ‘Prends toute ta vie, depuis tes premiers sourires jusqu’à tes dernières agonies, c’est l’heure : tout ce que tu es, tout ce que tu as été, tout ce aue tu espères, tout ce que tu aimes, c’est ton âme immortelle que j'ai attendue pour la conduire â ton Seigneur.” Et je partirai, et les étoiles continueront à . veiller dans la nuit, et les aurores à inonder le monde de lumière rose, et les heures, comme des vagues ininterrompues, verseront les joies et les souffrances aux vivants laissés derrière moi qui oublieront, eux aussi, que la mort les attend et viendra les prendre avec leur vie telle qu'ils la vivent tous les jours.

Quel mystère que notre insouciance de cette fin certaine et peut-être si prochaine! Elle est tellement universelle et prodigieuse qu'elle est sûrement une des bénédictions de Celui qui, en nous donnant la vie, a voulu que nous l’aimions. Il veut sans doute aussi

que nous aimions la mort? Et beaucoup de mourant: la désirent et l’appellent.

Je ne puis détacher mes yeux de ce petit tas de cendres : le meilleur de deux âmes a rempli les feuilles que le feu a anéanties, c'était le lien visible et palpable entre deux coeurs dont l’un était l'écho et le reflet de l’autre; la flamme a détruit l'expression du sentiment, mais rien au monde ne peut faire disparaître le sentiment vivant qui s'attache aux profondeurs d'une âme humaine ! C'est la consolation des séparations cruelles rt comme la signature divine des affections impérissables.

Afin de ne pas arriver comme des pauvres de l’autre côté où nous attend notre Seigneur, cultivons les affections, les pensées, les sentiments que Dieu peut signer, et nous lui tendrons toute notre âme faible, aimante et douloureuse, mais tellement sienne qu’Il la reconnaîtra en souriant.

Pendant qu'elle rêve

Dans le ciel d'hiver d’un azur délicat, les nuages qui n’habitent nulle part, se forment et disparaissent comme les rêves de la jeune fille qui brode , assise à la croisée de la grande salle, basse de plafond, meublée avec une simplicité vieillotte et sévère assez rare par ce temps de luxe plus ou moins criard.

La tête penchée sur son ouvrage, elle brode : mille petits trous ajourent la toile, et des fleurs en relief s'épanouissent sur le fin tissu...Est-ce la mystérieuse histoire de son coeur qu'écrit là l'enfant diligente, et ces ramages et ces entrelars représentent-ils ses projets d'avenir ?

Pendant qu'elle brode sur la toile, le wivre dessine sur la vitre des fougères et des personnages falots, et les moineaux affairés viennent jusque sur la rampe de la galerie s'assurer qu'aucune miette ne reste de la dernière distribution.

Elle est seule : son petit visage fermé ne laisse voir que l'application à broder vivement.

Pourtant, elle finit pas relever la tête, se doigts s'immobilisent et elle laisse échapper un grand soupir.

Au loin, sur la route de neige dure, des wrelots secouent leur musique légère dans le silence de la campagne, et au-dessus de sa tête, son chardonneret chante à perdre l'âme.

Encore une journée finie ! Mon oncle va rentrer : il lira son journal, nous souperons, il s'assoupira sur son livre. Au lieu de regarder par cette fenêtre, le soleil se coucher, je regarderai la lune se lever par la fenêtre de ma chambre ! Et demain, je recommencerai à broder, à rêver, à regarder la neige...

Rien n'arrive jamais !...et les jours vides “en vont ! Je ne suis pas malheureuse,

Le

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