LETTRES DE FAD!TTE
je cherche en vain une pensée à vous communiquer. Elles dorment toutes et je n'ai pas le courage de les appeler. 11 suffit d’en faire lever une pour agiter les autres, et elles recommenceraient autour de moi leurs “pourquoi”, leurs “si” et leurs “comment”, et moi je recommencerais à vivre comme avant et comme vous |
Vous allez donc excuser Fadette cette fois?
Elle ne vous envoie que son sourire qui évoquera peut-être à vos yeux la vision d’un pays où l’on végète délicieusement et où l’herbe est si verte qu’on en mangerait, si on pensait devenir ainsi une bonne petite bête paisible, douce, jamais tourmentée, qui ne cesse de brouter que pour mourir.
Ah! ne rien faire et surtout n'avoir rien à faire, se taire autant qu’on veut, n'entendre que les voix du bon Dieu dans la nature, ne rien désirer, ne rien regretter, c’est plus bon que vous ne sauriez l’imaginer, mortels actifs qui me lisez! Et je termine en vous souhaitant ce bonheur en ce monde et un paradis tout semblable dans l’autre.
Les pauvres petits
Les lilas embaumaient ce soir-là, et leur parfum entrait comme une joie subtile dans mon âme redevenue rustique et reprise à la vie vraie de la campagne. J’allais au mois de
tirent; à titine
er PRE ARE, À fé crie Mobil eut parfait
en
Marie par le sentier qui conduit au cimetière et de là à l'église. Je me sentais si heureuse de vivre, qu'à l'entrée du cimetière j'hésitai, prise du scrupule d'apporter ce rryonnement de vie parmi les pauvres moris. Mais là aussi les lilas bercés par un vent léger jetaient le parfum de leur beauté, là aussi l'air était très doux et toutes les tombes ressemblaient à de grandes corbeilles fleuries. Je traversai légèrement cet étrange dortoir où dormaient tant d’inconnus; machinalement je m’agenouillais avant de franchir la grille, quand j'entendis distinctement un sanglot, et me retournant, j'aperçus un petit garçon qui pleurait à chaudes larmes. Je le questionnai d'abord vainement: il ne répondait pas et tenait son visage caché sur son bras. Mais je m'assis près de lui et à force de diplomatie, j'arrivai à lui faire lever latête. Je le reconnus alors: un bon petit gamin que nous appelons l’étourneau au village, à cause de ses mines d'oiseau vif et de son étourderie où il n'entre pas un grain de malice, Mais voilà!
La vicille parente qui le garde depuis deux ans que son père est mort, n’a peut-être pas beaucoup de patience et elle traite tragiquement les sottises du pauvre gosse. Or, dans l'après-midi, mise au courant par une voisine d’une nouvelle espièglerie du petit diable, elle conclut la gronderie par ces paroles cruelles: “Serais-tu un mauvais Coeur, et vas-
tu ressembler à ton père qui a fait mourir ta mère de chagrin?"
En répétant ces mots, le petit se remit à pleurer et à travers ses sanglots. --Ce n'est pas vrai, dites, que mon père a été méchant pour maman! Il était bon, bon pour moi, et je ne suis pas un méchant, non plus!
Je niai tout énergiquement ; j'assurai que la tante étant très fâchée avait dit plus que sa pensée, que je savais que son père était bon, que sa mère avait été heureuse, et que lui était bien un peu espiègle mais un brave petit homme qui ne penserait plus jamais à cette vilaine histoire.
11 m'écoutait avec des yeux navrés, une petite figure crispée qui faisait pitié. Ah! le pauvre petit étourneau! Voilà que la vie lui faisait bicn mal déjà, et le blessait au plus vif: dans son culte pour la mémoire de son père, Oh! la vilaine femme qui voulait tuer une seconde fois ce mort, je lui en voulais tant à ce moment que je la trouvais inexcusable!
Mais à la réflexion, je revis sa figure niaise, et je me souvins de sa bêtise: mais être bête à ce point, c’est peut-être pire que d'être méchant! On ne se doute pas des chagrins désespérés que peuvent avoir les enfants; on ne sait pas assez le mal qu'on leur fait en leur disant du mal des autres, surtout de ieurs parents, et cette vieille folle, qui va à l’église quatre fois par jour, fera peut-être un mauvais sujet du bon petit coeur qui s’est révélé
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à moi ce soir-là, simplement en parlant à ort et à travers et en se laissant aller sur la pente de son incorrigible bêtise!
Rien à dire
J'ai toujours eu l’appréhension du jour, où, devant mes feuilles blanches, je nu trouverais rien à vous dire, et il est venu! J'y suis à cette heure même. J'ai fait à mon crayon une pointe très fine; avec un caillou pointillé d'or ramassé sur la grève, j'ai retenu les coins du papier qu'un vent léger effeuille: mais ni le crayon aiguisé, ni les feuilles frémissantes r'ont la moindre pensée à me suggérer et j'en veux presque à mon directeur, ---de journal--à qui j'avais déjà fait part de cette prévision lamentable:-.-Et quand je n’aurai rien à dire? --Oh! une femme parle sans avoir quelque chose à dire... n'en serait-il pas ainsi pour écrire?---L'impertinent! il a osé? vous écriezvous.---Parfaitement, et sa punition sera de lire la petite ineptie qui va se dessiner sous les coups du crayon vert... car il est vert, mon crayon!
La chaleur a fait le vide dans ma tête: je me la représente désolée et nue comme l’intérieur de la maison abandonnée, là-bas, où les oiseaux bâtissent leurs nids sous les corniches.
Qui sait, dans le silence accablé de ces
journées brûlantes, si, dans les coins vides de la cervelle de Fadette, des oiseaux ne construisent pas, brin à br':, les nids, d'où sortiront plus tard des n 16, nouvr!'- de pen-
sées ailées qui vole: nt, vou. * vous dédommager de m2. pur se ctiivair
C'est étrange ce'ie bn sticn de lu prnsée en nous: Îles inañc. iiiornt in, vos-e, e fixant, celles-ci, d'un: 1 otre os! reiles-là dans notre Cour... ..»,, 501 * s plus ou moins attentifs, mais, .!i sent de s'imprimer en nous, et les 51116: qui passent, les voix qui émeuvent, le, :: ‘+ qui re-tent, les
aotes qui vous font vibrer sont comme l'air que nous respirons: tout cela se joint, se mêle, sc coordonne, se nuance à notre imagination, prend racine dans notre coeur, et petit à petit, devient nous-mêmes: les opinions que nous émettons si nettement, les sentiments que nous découvrons avec stupéfaction, les idées toutes puissantes qui à un moment décisif orientent notre .e.
Ne médisons pas de nos inactions forcées.
c'est peut-être le temps où, silencieux, nou: observons et méditons davantage.
C'est peut-être de la lourdeur de l'été, d” la tristesse vague des choses qui font monter les larmes aux yeux, des vies humbles qui se déroulent naïvement au grar.d soleil du bon Dieu, que naîtront les lettres d'automne de votre amie Fadette qui vous demande par:‘on
70 LETTRES DE FADETTE onnrnipimntihéssientitnrntes à
de n'avoir rien à vous dire, mais qui vous aime bien, tous mes amis lointains.
À la montagne
“J'ai une maisonnette si haut perchée dans la montagne que je l’ai appelée “Le nid d’Aigle”, c'est là que vous viendrez me voir et tout de suite”, m'écrivait mon amie. Il avait fait si chaud ce jour-là; j'avais entendu, mélées au bourdonnement des mouches, les rumeurs plus agaçantes encore des petits cancans hebdomadaires et j'étais lasse; je trouvais mon village petit 1... La tentation de m'en sauver fut trop forte, et me voici, la tête perdue dans les nuages, dans ce nid d’aigle suspendu dans une sapinière qui embaume et où ne vivent ni les mouches, ni les cancans!
On y entend les oiseaux, les feuilles et les sources qui chantent, on y voit des petits brouillards qui s’enroulent autour des cimes comme des écharpes d'argent... et beaucoup de vert de toutes les teintes et un peu de bleu dans le ciel, du bleu qui ne saurait créer des diables comme dans les vallées d’en bas !
J'ai rêvé le jour, luné le soir, et dans ce paysage de légende sont remontés de mes souvenirs très lointains les contes qui ont charmé mes quinze ans, et qui me semblent aujourd’hui remplis de choses profondes que je ne pouvais deviner autrefois.
Je ne sais où j’ailu ou entendu celui d’une fée blonde, tine, menuv et jolie,enfermée par vengeance dans un palais de givre où elle devait demeurer jusqu'à ce que, le froid la gagnant, elle devint la statue de glace ornant le palais de givre.
De sa prison, un jour, la fée vit distinctement les rayons du soleil dansant sur les montagnes voisires, 2lle crut entendre les appels des oiseaux ©t les soupirs des fleurs pâmées sous l’ardeur du soleil, et toute en émoi, ce fut son coenr, son pauvre petit coeur transi et muet depuss si longtemps qu’elle entendit chanter éperdument : : -“Oh! tais-toil tais-toi”, faisait la petite fée angoissée, tu me tortures, je commençais * ne plus rien sentir dans l’engourdissement du froid”.
Mais le coeur, grisé par la vie entrevue, ne voulait pas se taire...
Alors la fée se dit : “A quoi bon un coeur si l'on ne peut pas aimer?” Et de ses doigts blancs, elle arracha de sa paitrine la petite chose frémissante qui ne voulait pas se taire, et elle couru! le cacher sous une grosse pierre, pensant que sa prison serait moins «lure si elle ne l’entendait plus chanter.
Depuis qu’il n’y a plus de fées dans ma vie, en ai-je rencontré de pauvres être humains enfermés dans des prisons de glace -’ condamnés à y geler! Les uns seuls, les autres avec des compagnons de misère, tous ne sachant que faire de leur coeur qui s’obsti-
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ne à chanter quand eux-mêmes ne cherchent qu’à s'engourdir dans le froid qui les
vnserre,
C'est que les coeurs ont été faits pour ne jamais mourir et qu’ils ne peuvent pas comprendre qu'ils battront sans aimer. Ceux qui se résignent deviennent de pierre. Ils sont morts. Ceux qui se révoltent et que l'on écrase sous les pierres grises ne cessent pas de fredonner tout bas leur éternelle chanson; elle monte, le jour, avec le parfum des fleurs, la nuit avec le tremblement des feuilles; elle ne cessera jamais, puisque les coeurs vivants ne savent pas se taire et ne meurent pas.
Aimer c’est avoir confiance
Le brouillard monte comme un grand voile de mousseline: nous aurons sûrement de la pluie, car l’air est lourd et les oiseaux rasent l’eau de leurs ailes légères; aussi, nous somines-nous hâtées de descendre su village renouveler les approvisionnements :
on a bon appétit dans le nid! — C’est vite fait, et nous voilà dans le sentier de raccourci, regrimpant notre montagne et admirant les montagnes alentour, sur lesquelles des morceaux de nuages paraissent être tombés du ciel par petits paquets floconneux si blancs, si fins, que le ciel en paraît de plus en plus obscur.
RER URSS Sébastien dé ee
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rennes.
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“Que ferons-nous toute la journée?” se lamentent les jeunes. L'une d'elles, détachée du groupe joyeux, marche seule, et su figure pensive indique un rève lointain et peut-être un peu triste.
Je la vois maintenant: elle est installée au petit pupitre de vieux chêne: elle écrit vite, vite, s'arrête comme pour admirer les petits traits noirs qui, sans parler, en diront tant, et elle recommence à faire courir sa plume sur le papier et les mouvements vifs me font deviner les spirales fines, les enroulements gracieux que les jeunes filles accrochent si volontiers, comme des ailes, à t::15 leurs mots.
Mais la voilà arrêtée : ses grands yeux bruns cherchent des idées nouvelies, ils se posent sur les rideaux à pois, errent sur les coussins du divan, puis le regard se perd là-bas; par la fenêtre ouverte on aperçoit le ciel lamentable, les arbres ruisselants, et la pluie qui tombe en faisant de grandes flaques brillantes dans le noir du chemin.
Elle ne trouve plus rien à dire, ou peutêtre en a-t-elle trop à dire: les deux causent le même embarras, vous savez! Sa plume est tombée sur le buvard en y faisant une large tache, mais l'enfant n’a rien vu: elle rêve en regardant les nuages menaçÇants qui se poursuivent comme de gros monstres glissants. Sur le doux visage une ombre s est répandue, et moi qui ne la perds pas
LE. ETS
de vue, j'aperçois bientôt de grosses larmes qui tombent sur la feuille inachevée,
—À qui écrit-elle, crois-tu? ai-je demandé tout bas à sa soeur, — Oh! à Jean! Depuis qu'ils sont fiancés, elle ne sait plus
écrire à personne autre! — Elle pirouette et s'en va en riant.
La petite rêveuse est si absorbée qu'elle n’a rien entendu, elle ne bouge pas et ressemble à une statuette de l’indécision inquiète, Qu'est-ce qui peut bien troubler la Pauvre petite âme et l'empêcher de continuer la lettre commencée si alertement? At-elle senti déjà qu'ils ne se comprenaient pas loujours, et que, malgré leur amour, ils pouvaient se blesser mutuellement? Est-il insouciant et rude et la fait-il pleurer sans s’en douter? Ou bien, a-t-elle des remords, et est-ce lui qui se plaint dans la lettre ouverte, à côté du buvard? La voilà qui recommence à écrire; elle s'interrompt pour relire la lettre de Jean... puis elle reprend sa plume, mais ses mouvements sont lents, elle cherche ses mots, on voit sa plume hésiter... Puis voilà trois ou quatre lignes rapides, précipitées, la signature et la lettre est finie! Mais, qu'il en reste du blanc sur la troisième feuille! L'adresse est mise et le timbre aussi, mais dans la petite main blanche, la lettre est serrée comme si elle devait rester là. Tout à coup, d’un mouvement rapide, elle a couru à la cheminée où flambe un beau feu, et voilà la lettre qui se
tord dans les flammes: elle la maintient avec le tisonnier de l'air grave et dur d’un exécuteur des hautes-oeuvres.
Je feins de ne rien voir, mais que toute cette scène muette me révèle de choses tragiques: mon coeur se serre en devinant ce qui est, en prévoyant ce qui sera.
Je ne sais ce que la jeune fille voulait dire à son fiancé: quoi que ce soit, elle a manqué de confiance, elle a eu la vision de son incompréhension à lui... donc, elle ne l'aime pas parfaitement, comme on doit aimer le compagnon de toute sa vie.
L'amour dans lequel entre l’estime, un peu d’admiration, le besoin de se confier et d'être soutenue est toute confiance. Il ne peut vivre dans la dissimulation, les réserves et les restrictions.
Si l'enfant hésite maintenant à laisser le fiancé lire dans son âme, si elle lui cache ce qui l’agite et la fait pleurer, que sera-ce plus tard, quand le fiancé, devenu le mari, aura nécessairement perdu du prestige dont l’enveloppent les illusions d’un peu d’inconnu?
J'aurais voulu lui dire à cette enfant: ce nest pas aimer que de se défier: ou bien il est digne de ta confiance et donne-la-lui entière, ou bien, il ne la mérite pas, et ne l'épouse pas! Si tu lui fermes ton âme, tu es perdue, ton bonheur est compromis.
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Le cheveu
J'ai retrouvé mon âme Campagnarde, et je suis tellement villageoise que je ne prends pas ma plume sans prendre en même temps le dé.
sir de vous raconter les petites histoires du village: elles sont simples et fraiches, et elles Yous arriveront toutes parfumées de sapin, Car mon village est planté sur le flanc d'une montagne, et après la dernière maison de la grande rue, on entre dans une sapinière où erre sans trève un murmure, vague, très doux, comme une romance sans paroles de Mendelssohn qui serait fredonnée à mi-voix. Quand je vous aurai raconté les petites histoires du village, je vous dirai peut-être ce que les grands pins se disent en se balançant dans l'ombre.
Ce soir, il s'agit d’un cheveu, d’un cheveu blond, très long et très fin; et il a une histoire?
Parfaitement.
Elle est bien humble la propriétaire du cheveu: elle a une petite âme inquiète et triste, un coeur assoiffé de tendresse... et elle vit toute seule avec un grand chien un peu féroce, qui veille sur elle avec force grognements peu aimables pour ceux qui sont le moindrement familiers. Et elle coud, elle coud, du matin au soir. C'est la seule couturière du
mette PR
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village, et que l'on veuille une robe d'étoffe du pays ou une légère toilette de mariée, c'est à elle que l’on s'adresse, et elle vous reçoit toujours gentiment, avec un sourire un peu triste et des yeux couleur de ciel, où il passerait un rayon de soleil.
Hier, j'entrai chez elle pour... au fait à quoi bon vous le dire, ce n’est pas ce qui vous intéresse. Elle me demande la permission de coudre tout en causant, parce qu’il y a “de la presse” au moment des vacances.
Nous parlons de la pluie, de la visite de l'évêque, d'une famille étrangère annoncée pour l'été et qui a loué la maison hantée...
Ses doigts blancs jonglent dans l’étoffe légère qu’elle manie avec des petits mouveinents vifs et gracieux, que j’observe tout en causant. Elle s'arrête subitement, tire un de ses cheveux qu'elle arrache d’un petit coup sec. Elle l’étend dans toute sa longueur à l'intérieur de l’ourlet qu’elle prépare et elle se remet à l'ouvrage, avec, aux lèvres, un petit sourire mystérieux et charmant.
On eût été intrigué à moins, et je questionnai: vous en auriez bien fait autant, dites?
La robe est destinée à une jeune fille qui se marie jeudi, et le cheveux blond, cousu dans sa robe, doit apporter “la chance d’amour” à la jolie enfant qui voudrait tant qu'on l'aime, et si le Sort veut bien entendre la prière éloquente du cheveu d’or, ma petite amie coudra avant longtemps, pour elle-
inême, une robe de mariée dans laquelle une
autre, à son tour, cachera un cheveux noir peut-être!
Et voilà pourquoi ici on se marie jeune !
C'est tout simple comme vous voyez!
La passée de Monseigneur
Une grande animation règne au village:
femmes, hommes et enfants sont pris d'une activité inusitée; dehors et dedans on procède à un nettoyage à fond pour “La passée de Monseigneur!”
O vous, gens des cités qui ne savez mème Pas quand votre évêque entre dans sa ville ou la quitte, vous devriez venir ici voir comment on se prépare à recevoir un prince de l'Eglise!
Il ne vient que tous les trois ans; et on y pense longtemps d'avance, et on en parle longtemps après!
“La passée de l’Evèque”, c'est le signal de la grande toilette des maisons, des jardins, des rues et des habitants du village!
Cette année, le Ciel maussade pleut à tort et à travers sur nos préparatifs, et c’est un désespoir quand il faut abandonner le pinceau ou la pioche; mais vienne une éclaircie, et, comme si l’on pressait un ressort, tout le monde est dehors et reprend, en grande hâte, le travail interrompu.
Nos deux peintres ne savent où donner
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de la tête: ils ont beau prolouger les heures de travail, “allonger le journée par les deux bouttes”, m'a confie l'un d'eux, lis n'arrivent à contenter tout le monde qu'en ne satisfaisant personne complètement: ils font le plus difficile, le pignon, les travaux sur les échafandages, puis bonjour, ils filent chez la voisine, et la courageuse maitresse de maison, grimpée sur un escabeau, armée du pinceau, les remplace tant bien que mal et avec plus d'ardeur que de succès dans la plupart des cas!
N'importe, l'ouvrage avance. Dans les rues bien balayées on plante des balises, les jardins sont peignés et ratissés, les maisonnettes se regardent, ravies: avec leurs vitres étincelantes et leurs petites mousselines bien blanches, elles se font des mines coquettes, et un bon soir, la veille du grand jour, le joli village pimpant et frais se mire dans le fleuve avec complaisance en s’exclamant: “Me trouvera-t-il beau, Monseigneur!”
Les dames en disent-elles autant, en ouvrant l'immense sac de papier d'où elles sortent soigneusement le beau chapeau mis de côté pour la fête?
Ah! qu'elle en a confectionné, des beaux chapeaux, la petite modiste, et que le marchand en a vendu des belles chaussures reluisantes, que l’on tient enveloppées dans du papier de soie en attendant “La passée de l’Evêquel”
C'est demain... mon Dieu! fera-t-H beau?
C'est à genoux que la moitié du village le demande, dans l'église toute fleurie.
Lis en sortent sur la pointe des pieds, marchant avec précaution sur le plancher si propre qui sent encore la bonne lessive, et par groupes, ils reviennent chez eux, non sans jeter un dernier coup d'oeil sur la belle arche de feuillage de la grand'rue d'où partent des banderoles jaunes, rouges et bleues.
Et àl a fait beau!
Le solei! faisait étinceler la grande croix
de la procession quand les cloches se sont mises à sonner à toute volée; semblables À un essaim d'oiseau, elles ont pris un vol fou aux quatre coins de l'espace, égrenant sur leur passage la bonne nouvelle, et tous sont sortis à la suite du curé et des enfants de choeur en surplis. Et l'évêque a traversé le village, bénissant à droite et à gauche les paroissiens agenouilés sur le chemin.
A sa suite, ils sont entrés dans leur église, et là, recueillis, pleins de foi, ils ont reçu la bénédiction solennelle qui a dû faire descendre sur eux la pluie de grâces qu’ils attendent et qu'ils méritent.
Oh! la jolie chose que “La passée de Monseigneur!”
iii hs
PAMET HET '
1 Mathieu HS cri
no nee ame
Le rêve bienfaisant
On m'écrit souvent que je suis une Fadette bien sage et bien sérieuse, mais on ne sait peut-être pas que je suis une Fadette qui adore la solitude. Et, qui a vu, dites-moi, une femme solitaire qui ne soit pas un peu une réveuse à ses heures?
Je rèvais donc tout à l'heure à tous les réves qui s’essaiment par le monde quand le soir descend et que l'âme veut s'échapper du laid. Je les voyais, ces rèves, monter des villages blancs semés le long du fleuve, et des grandes villes où les maisons s'entassent, Ils s'envolent des coeurs jeunes qui espèrent tout, et des coeurs vieux qui ressuscitent les joies perdues, et quoique différents, ils se ressemblent par un point; ce sont des rêves de bonheur, des aspirations vers ce qui n'est pas et pourrait être, et l'humanité toute entière me parait tendue vers le Bonheur comme un immense parterre de fleurs vers le soleil.
Le Bonheur, cette réalité vivante, insaisissable pour quelques-uns, éphémère pour tous, pour laquelle nous vivons, que nous ne cessons de chercher et d'attendre, quel problème pour celui qui refuse d’en chercher la s0lution hors de cette vie! D'ailleurs, la vie ellemême n'est-elle pas une énigme incompréhensible et désespérante pour qui ne veut pas
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
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