POELE 1 (AE POTONE EN
Yi UN
sans doute que je ne suis pas encore arrivée à lui ressembler.
Désillusion
Une pluie fine et continue bat les vitres et le bruit de l'averse sur le toit me rend le silence de mon petit salon presque insupportable. C'est comme si la chère soli: -de tant £imée devenait aujourd'hui agressive et méchante et me disait: “Enfin, je te tiens! Tu ne m'’échapperas pas et je te ferai souffrir si je veux!”
Et je lui demande en vain le vague de ses rêves, la magie de ses souvenirs, l'écho des joies heureuses; elle s’y refuse rudement, et son langage austère m'écrase le coeur, m’enlève mon courage et ma belle ardeur à vivre!
Je sais qu’il y a, de par le monde, des êtres à l'écorce épaisse qui ne se laissent pas affecter par la couleur du ciel. Mais on les trouve peu parmi les femmes qui sont rarement assez raisonnables pour ne pas se laisser attrister par les choses tristes, et qu'y a-t-il de plus triste qu'un ciel qui pleure en faisant la terre noire et lamentable et une solitude qui, > la ritournelle monotone de la pluie, se fait perspicace et trop brutalement sincère? Nous avons tant besoin de nous aveugler sur les mobiles des actions et des opinions humaines; à trop réfléchir, à trop analyser nous déchi-
92 LETTRES DE FADETIEL
he eg
rons les voiles nécessaires à nos admirations, à nos estimes et à nos confiances. Ils sont si rares les êtres vrais ct sincères jusqu'au fond, qui vivent ce qu'ils pensent et ce qu'ils croient! Ceux qui se flattent d'être plus sincères que les autres et qui s’en vantent, sont si souvent ceux qui ne s'interrogent pas pour découvrir le pourquoi de leurs beaux gestes.
Derrière tant de charités admirables, de grands dévouements, d’affections à l'air fidèle, qu'y a-t-il souvent si ce n'est de la vanité, de l'intérêt et du mensonge?
On va dans la vie agités, uffairés, empressés, évitant ainsi de voir plus :oin et plus profond que le dessus enjolivé et qui “parait bien”.
Et tout à coup, quand il pleut, qu'on ne remue plus et que l'on n’est plus étourdie par les belles phrases, on voit, et d'autant plus nettement que c'est involontaire, que tous tant que nous sommes, nous nous payons de mots, et que, sans nous en douter, tant cela nous est naturel, nous mentons à la journée et à la vie longue!
Nous mentons aux autres en leur jouant la comédie, et à nous-mêmes en retissant sans cesse autour des seules choses vraies les voiles épais qui les rendent si vagues qu’elles disparaissent presque, pour nous pern'ettre de vivre comme si elles n'existaient pas.
Mais là-bas, c’est un peu de bleu qui troue le gris, et sans se montrer encore, le
à me me memes de nn
soleil nous fait signe qu'il va venir et le souvenir de ma bonne petite vieille dame passe par ce bleu et ce rayon qu'on pressent, et me fait sourire. C'est pour le coup, si elle lisait ce qui précède, qu'elle me dirait sa phrase favorite. Soyez simple, ma petite; vous compliquez, vous analysez, vous subtilisez et à quoi cela vous mène-t-i1? Et je lui répondrais: Mon Dieu, madame, aujourd'hui au moins, à faire la lettre de FADETTE.
Ce qu'elles sont
C'est à un correspondant que je réponds aujourd’hui: sa question est un peu embarrassante: je voudrais m'en tirer sans froisser mes soeurs, mais je me dois à moi-même d’être absolument sincère afin de justifier la confiance que l’on me témoigne. Or, on n’a pas encore trouvé le moyen de l’être sans blesser ceux qui ont tort... et chacun notre tour nous avons tort, hélas!
Voici : “Madame Fadette, à vous lire, on a l'impression que les femmes sont des êtres de bonté, de grâce, de tendresse, des anges égarés sur la terre enfin! Seulement, quand je rentre chez moi le soir, ahuri et fatigué, et que je suis accueilli par une femme revêche, criarde, disputeuse, je me demande si tous les autres ont des anges à leurs foyers, et si c’est ma malchance d’avoir une.. exception? Vous
amusez-vous à brûler de l’encens sous le nez de vos soeurs, madame Fadette, ou bien sontelles en général bonnes, tendres et dévouées?”
Permettez-moi de vous dire, d’abord, monsieur, que vous généralisez trop. Toutes les femmes ne sont pas des anges, et c'est heureux, Car très peu d’hommes méritent de vivre avec des anges, mais il y en a : j'en connais. Il y a aussi des femmes détestables, et Vous avez toute ma sympathie si la vôtre en est une. Seulement, je me défie. Si vous êtes seul à lui trouver tant de défauts, elle ne les a pas. Demandez-vous aussi, si elle a toujours été détestable ou si elle l’est devenue? Auquel cas vous y seriez pour quelque chose?
C’est facile de reprocher aux femmes d’être disputeues, mais comme pour se disputer il f:ut être deux, le reproche pourrait se retourner, Y avez-vous pensé, amateur d'anges? A votre question maintenant.
Mon opinion sincère, c’est que la bonté chez les femmes s'exerce instinctivement pour les êtres qu’elles aiment: leur dévouement poussé par l'affection est inlassable: quand elles deviennent peu endurantes, irritables, agressives, si elles ne sont pas malades, c'est qu'elles ont cessé d'aimer, et qu’elles n’ont pas la vertu de faire “comme si”.
Il ne faut pas oublier que la femme est très impressionnable et très sensible; son coeur conticnt toutes les nuances de senti-
in aa LA GU EL ue
ment, et elle porte à l’extrème celui qui la domine à un moment donné. La meilleure et la plus tendre peut devenir dure et méchante momentanément, par vanité froissée, par jalousie, ou par amour blessé.
Je n'hésite pas, d’ailleurs, à admettre que 1cs femmes ont une disposition marquée pour la contradiction. Elles le font par un besoin d'affirmer leur indépendance arbitrairement lésée, elles le font souvent par nécessité, car, à trop céder, elles sont exposées à être tyrannisées. Leurs impressions sont très vives elles ont une grande facilité de s'exprimer, et, reconnaissons-le, de fréquentes occasions d’avoir raison en ne pensant pas exactement comme leurs seigneurs et maîtres qui parlent mieux de la sagesse qu’ils ne la pratiquent.
Elles ont tort, et elles manquent de finesse si elles ne peuvent discuter sans se quereller, mais je nie qu’elles soient nécessairement détestables quand elles ont des idées personuelles qu’elles aiment à faire valoir.
Je sais que l’habitude de contredire devient facilement un défaut qui entraine avec lui de nombreuses erreurs de jugement, car les femmes s'intéressent plus aux personnes qu’aux idées, ce qui les expose à être étroites et très personnelles. Ce défaut est la suite et le résultat de l’éducation qu’elles reçoivent. Une plus large culture, en ouvrant devant leurs esprits des horizons plus vastes, leur apprendrait aussi à penser, à raisonner, à juger en
dehors et au-dessus de leurs sympathies, de leurs préjugés et de leurs antipathies.
XE La Sonate
Oh! la hantise de certaines phrases musicales qui vous accompagnent à travers la vie et qui ont si bien pris l’accent et la couleur de tant d'heures différentes de votre existence qu’elles sont comme un morceau sonore de votre âme!
Telle une sonate de Beethoven, que mes plus lointains souvenirs entendent sortant un peu assouïr die, à travers la porte de la salle de musique, et dont le thème répété et recommencé sans cesse se mêlait à la récitation des leçons, aux coups secs du signal de bois, au tintement agaçant d’une clochette fêlée, au bruit continu et ennuyeux de la classe qui se traîne entre quatre murs blancs, quand, au dehors, par la fenêtre ouverte, la lumière gaie et le chuchotement du printemps vous appellent! La mélodie douce que je distinguais, se déroulant dans la cascade montante et descendante des notes légères, finissait toujours par faire surgir une petite angoisse vague qui grandissait, grandissait et du coeur gagnait les yeux qui se remplissaient de belles larmes qu’il fallait refouler!
Un jour, je pus moi-même la jouer cette sonate que j'aimais, mais dont j'avais un sou-
EEE
venir triste. O miracle! Le thème était un chant grave et serein, et les petites cascades, autant de sourires et de caresses qui s’enroulaient autour de la joie qu'il dégageait... et dans mon coeur heureux qui se croyait audessus et au-delà des tristesses communes aux mortels ordinaires, la belle sonate ajoutait quelque chose de très pur, de très noble, comme de grandes ailes à mon âme qui voulait s’élancer !
Et quand la vie dure eut commencé son oeuvre inexplicable et incompréhensible aux pauvres humains qu’elle meurtrit si impitoyablement, je retrouvai la sonate dans une église où par les voix éperdues de l’orgue, elle montait en détresse et en soupirs vers le Dieu puissant qui semble parfois dans sa gloire oublier la pauvre misère humaine. Je la reconnaissais et ce n’était plus elle! Et les souvenirs qu’elle évoquait doublaient l’angoisse de l'heure cruelle où je me sentais sombrer.
Et ainsi Ia divine mélodie va à travers le temps et le monde; créée par le génie d’un être humain qui a fait passer en elle tous les mouvements d’un coeur vibrant que rien ne laisse indifférent, nous croyons qu’elle est triste, sereine ou douloureuse parce qu’elle prend la nuance de nos âmes vivantes, mais elle est toujours la même dans son essence qui est la Beauté, et cette Beauté se dégage dès qu'elle entre en contact avec nos âmes si diverses et cependant si profondément sembla-
98 LETTRES DE FADETT et ent
nn mn
bles qu’elles sont bien l'âme humaine s'élun- Çant vers tout ve qui semble l’exprimer le plus parfaitement, elle qui est si tragiquement silencieuse quand elle est torturée, et si doucement muette quand elle est heureuse!
Les coeurs mous
La bonne femme me racontait les malheurs de sa nièce : “une si brave créature, qu'a du Coeur à l'ouvrage, mais quoi voulez-vous! Son homme block sû toute... J’vais vous dire, ajoute-t-elle, confidentiellement, c’est un coeur mou’,
Est-ce trouvé cette expression! avoir un coeur mou, c’est subir et non accepter sa propre vie; c'est manquer d'initiative, de résistance et de Courage. Un homme à coeur mou esi un lâche. Un ferame à Coeur mou est une nullité,
Et savez-vous comment on les fait, les coeurs mous? En gâtant les enfants: en ne leur laissant voir que les douceurs de l’existence, en les déchargeant de toute responsabilité, en Jeur épargnant tout effort person- 1€) en essayant de leur éviter les moindres con. “ariétés.
On réussit aussi, par la même occasion, à en faire des imbéciles!
Il est donc bon de dire aux jeunes mères qu’elles ont d’autres devoirs à remplir que
celui de pomponner leur bébé et de dévaliser leurs maris, en achetant tous les jouets extravagants qui tentent l'enfant.
O petite madame, achetez-lui plutôt avec vos peines, votre sollicitude, votre intelligence et votre fermeté, un coeur d'honnète homme, un coeur de vraie femme! Cela vous coûtera très cher, mais voyez-vous, ce n’est que dans ces coeurs-là que se trouve l’héroïsme nécessaire pour vivre une vie digne de ce nom.
Oui, j'ai bien dit, l’héroïsme. Oh! il n'est pas à panache et à fanfare, il n’attire pas plus l'attention qu’il ne commande l'admiration.
C’est une héroïsime obscur, continu, qui se manifeste dans les très petites choses qui font la trame de la vie, mais c’est lui qui empêche un homme de se décourager de sa tâche et une femme de se dégoûter de la sienne.
Sans lui on manque sa vie et on gâche celles de ceux qui ont compté sur nous. Foin des coeurs mous!
Ils ne connaïîtront pas la joie des âmes qui ont lutté contre les difficultés et qui en ont triomphé. Ces vaillants sont souvent blessés, jamais brisés, narce qu’ils ont une foi inébranlable dans la bonté de la vie: ils l’aiment toute avec ses devoirs, ses luttes, ses souffrances parce qu'ils savent voir aussi ses bénédictions et ses douceurs. Ne sont-ils pas les plus sages? Car on ne peut ni choisir, ni éviter: soyons donc prêts à accepter tout avec courage. Il n’y a que les coeurs mous qui
Mesa je
subissent la vie sans dignité, en se laissant écraser par elle,
BA M Tendresse discrète
Elle était le “reposoir de son coeur”. Quel mot charmant et quel rève de sérénité idéale il évoque. Il est heureux le mortel qui a trouvé la femme et l’amie qui sait le reposer de tout!
Ce rôle si féminin tente toutes les femmes:
plusieurs ont l'illusion de l'exercer, et quand elles n’y arrivent pas, elles accusent de mauvaise volonté ou d’aveuglement ceux des leurs qui ne veulent pas profiter de leurs offices de bonnes petites samaritaines.
Ce n’est donc ni le sentiment, ni le désir de bien faire qui leur manquent: elles aiment leur mari et leurs enfants, rien ne leur coûterait pour obtenir leur confiance, et elles constatent tristement, qu’à mesure qu’elles avancent d’un pas, ils reculent de dix.
C’est qu’elles ne se doutent pas du calme et du silence que réclament ceux qui sont bien las: elles n’ont pas remarqué que l’empressement trop visible, la curiosité aussi questionneuse que tendre les écartent définitivement de ceux qui n’aspirent qu’à se reposer.
Mes amies, si vous voulez devenir des “reposoirs”, devenez discrètes et douces, apprenez à paraître ne rien voir, guettez les ombres
LETTRES DE FADETTE 101 sur le visage aimé, mais ne les signalez pas; et si vous surprenez la petite fêlure dans le rire dégagé, demandez-vous ce qui fait souffrir, mais ne le demandez pas à celui qui semble vouloir le cacher.
Enfin,---il faut bien finir par le dire,--sachez vous taire à propos, mais que votre coeur veille et ne laisse pas échapper le plus léger indice de joie ou de chagrin.
D'ailleurs, qu'importe que vous sachiez le pourquoi d’une tristesse? Votre mission est d'entourer de douceur et de confiance l’âme en désarroi qui cherche un refuge où il aura la paix!
C’est ce'a que ne comprennent pas tan! de femmes aimantes et fines, et cependant si gauches avec ceux qu’elles aiment. Soyez patientes, qu’on se repose près de vous, et vous ne tarderez pas à être l’aimée, la confidente chère. Rien ne prépare mieux une femme à être le repos des siens que d’avoir souffert elle-même, d’avoir en vain cherché la solitude et le silence, d’avoir été blessée par des questions maladroites dont le coeur garde la cicatrice, d’avoir eu horreur des vains bavardages qu’il faut endurer, d’avoir été condamnée à parader avec un sourire figé sur les lèvres quand tout l'être aurait crié d’angoisse éperdue.
C’est quand une femme a subi ce martyre qu'elle a les délicatesses silencieuses, les effacements volontaires et les aveuglements
voulus qui permettent à un pauvre être humain d'être au moins libre de pleurer sans témoin, de se détendre et de se reposer!
Cela ne semble pas difficile? C’est une illusion. Pour y arriver il faut aimer “l'autre” uniquement pour lui, et n'avoir aucun souci de son propre bonheur et de sa propre tranquillité, car rien n’est plus difficile en ce monde que de souffrir ou de laisser souffrir les autres en paix! |
Consultez vos amis, repassez vos propres souvenirs, et dites-moi, si, dans vos plus grandes tristesse, il n’y aurait pas eu une douceur infinie à sentir, sans les “voir”, les sollicitudes affectueuses et à pouvoir vous isoler librement, sans crainte de faire de la peine, d’éveiller des soupçons, d'exciter la malvcillance de ceux mêmes qui prétendent ne vivre que pour vous.
Au collège
Il est déjà question de la rentrée et j'ai un petit ami qui sous un air crâne cache un coeur bien désolé de quitter pour la première fois le nid familial pour le collège... ce collège dont on l’a déjà maladroitement menacé quand il n’était pas un modèle de sagesse.
Maintenant il travaille bien: c'est un fameux petit homme dont ses parents sont fiers, et ils le mettent au collège, non pour le punir,
mama mea am temninnne =
mais parce que le temps est venu de commencer les études sérieuses... mais j'ai cru voir que les impressions désagréables créées par les anciennes menaces lui rendent le départ encore plus pénible. En vrai petit homme, il n'aime pas à me “dire” que l'inconnu de cette vie nouvelle lui fait Peur, mais en vraie femme je l'ai bien deviné, Je l'ai encouragé, mais au fond de mon Coeur j'ai eu moi-même une grande inquiétude: je crains que cette petite nature affinée, délicate, épanouie, dans la sincérité et Ja tendresse, ne soit désemparée quand elle sera mise en contact avec ces gamins rudes, tapageurs et malappris qui seront ses compagnons. I] leur ressemble si peu! Ils le prendront en grippe parce qu'il est poli, bien élevé, délicat, qu'il parle correctement, et s'ils le prennent en grippe que d'avanies l’attendent! Les 8arçonsen bandes sont méchants comme des petits loups: ils ont honte de laisser voir leur sensibilité, et afin qu'on ne puisse les Soupçonner d’être bons, ils deviennent cruels,
Je puis me tromper, mais i] semble que dans les écoles et les collèges on néglige de faire
S'ils voient un enfant craintif, se tenant à l'écart, n'osant se mêler aux jeux, ils n'interviennent que pour donner l’ordre sévère d'aller rejoindre les autres. Pourquoi ne suiventils pus le petit sauvage, et invisibles, n'entendent-ils pas l'accueil qui lui est réservé?
C'est une grêle de railleries, de taquineries, de brusqueries qui deviennent quelquefois des mauvais traitements. Ils sont dix contre un, et la pauvre petite victime est toujours fréle et incapable de se défendre, car les vilains poltrons se garderaient bien d'attaquer un garçon hardi et fort qui rendrait coup pour coup.
Et voilà justement où je veux en venir: c'est que les enfants ne pratiquent la générosité et la bonté que si elles leur sont enseignées, et c’est quand iis sont réunis en grand nombre qu'ils sont tentés d’opprimer les faibles, d'abuser de leur force et de toutes les supétiorités qu’ils s’attribuent. Leur parle-t-on quelquefois de la lâcheté qu’il y a à battre les faibles et à tourner en ridicule les timides? Leur inculque-t-on l'horreur de toutes les vilenies, depuis la délation jusqu’à la tyrannie? Peut-être pas assez... et il arrive que ces petits écoliers devenus des hommes, traitent leurs compagnes comme autrefois les compagnons qui ne savaient pas se défendre.
ls continuent à mettre en pratique le système qui leur réussissait et qu’ils n’ont jamais en-
tendu condamner: l'oppression du faible par le fort.
On m'a déjà dit: Oh! ces petites persécutions forment le caractère,
Je crois, moi, qu'elles déforment le coeur des persécuteurs et rendent bien triste la vie des petites victimes qui perdent la joie et la confiance: la confiance dans les autres et la conflance en eux-mêmes. Pour peu que ce vilain jeu se prolonge, il tue l'esprit d'initiative et tel enfant qui fût devenu actif et heureux, est pour toujours voué : la timidité et | la gaucherie souffrantes.
La mère
A l'extrémité du village, et loin du chemin, sur une pointe qui domine le fleuve, la longue maison au toit pointu et aux larges fenêtres à petits carreaux est recueillie et silencieuse, Quand j'y arrive, presque tous les jours, je rénètre dans le jardin comme dans une chapelle: les vieux arbres soupirent des prières, le parfum des plates-bandes fleuries monte comme un encens; tout au fond, sous la tonnelle, comme dans une niche, apparaît la figure sereine et creusée de rides de la sainte qui ferait aimer la vertu au diable, si jamais i] venait rôder autour d'elle. Mais il s’en garde bien, le malin!
Ma vieille amie vit là bien seule, après y
mu ne nee some man
avoir élevé une grande famille. Petit à petit lo couvée s'est dispersée, les uns pour chercher fortune ailleurs, les autres pour se construire un nid à leur tour. On a voulu l'emmener, mais elle n’a pas consenti à quitter la maison où elle a vécu, aimé, souffert, et elle me dit souvent:---Je les attends, tous mes petits: ils sont partis heureux, mais les heures mauvaises viendront, hélas, et ils me trouveront ici quand ils auront besoin d'un abri maternel et d'une protection souveraine. Quand la vie les meurtrira, ils se souviendront que la vicille mère les attend à “la maison” pour les consoler.
Oh! ce retour à “la maison”! S'y sentir chez soi, s'y revoir petit enfant, revivre doucement ou douloureusement son passé, c’est un bonbeur, vous le savez tous. Mais quand la pensée d'une séparation définitive nous envahit, quand nous nous représentons qu'un jour l'étranger s’emparera peut-être de ces lieux qui nous tiennent si fort au coeur, c'est une angoisse, et alors nous comprenons mieux la vieille mère fidèle qui s’est vouée à la solitude pour retarder l'abandon douloureux et pour garder le plus longtemps possible à ses “petits”, comme elle dit, le refuge où ils retrouveront un peu de la sécurité de leur enfance dans la tendresse maternelle toujours attentive et fidèle. Malgré son grand Âge. elle a non seulement le souci de conserver, mais celui d‘embellir sa maison, et chaque petite