‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 103 sur 260 · LETTRE LXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXV

A Monsieur Belix, docteur en médecine, a Troyes.

Monsieur,

Il est vray que Madame voslre sœur est difficile, et de mœurs et de santé; j'espère pourtant venir à bout de son mal. Je vous escrivis avant hier en haste, chez elle, trois petits mots, selon qu'elle le désira, combien quejel'asseurasse autant qu'il me fut possible qu'elle guérira. C'est un corps extrêmement billieux, et chargé, en toutes ses cavitez, de beaucoup d'humeurs ; je commence à la purger doucement, et bellh procedit.

Des quatre pièces que je veux vous envoyer, la quatrième me manque, qui est deux opusculles de nostre M. du Yal, lesquels sont pourtant imprimez ; mais je ne vous puis dire pourquoy il ne les distribue pas encor. M. des Roches, chantre de Nostre-Dame, et qui a esté un des secrétaires du feu Cardinal, nous donne dix mille escus argent comptant, pour faire rebastir nos escholes '. Un des nostres luy a fait un remerciement que vous trouverez-là ^ ; M. du Val, luy

1. La donation de Michel Le ÎNlasle était destinco à reconstruire le Théâtre anatomique de la Faculté qui tombait en ruines. Elle fut attaquée et réduite à vingt mille. L'amphithéâtre que cette somme permit de construire plus tard — car la construction dut être ajournée — fut démoli en 1742, et remplacé jiar un édifice vraiment monumental, qui était situé à l'angle de la rue de la Bùcherie et de la rue des Rats.

2. Remerciements à Monsieur Michel Le Masle, conseiller du Boy en ses conseils d'état et privés, chantre et chanoine en l'église de Paris, abbé des Poches, prieur de Notre-Dame des champs, Montdidier, Brézoles et

ea a fait aussi une grande épistre *. Vous y trouverez tout cela, et autre cliose aussi. Paralipomena Sennerti Lugduno tandem ad nos adoecta sunt : Us facile carebis, est enUn opus ingenii senescentis.

Lundy, 18 du mois, la Reine et notre petit Roy furent au Parlement, où elle fut déclarée régente toute pure, et permis à elle de se servir de tel conseil qu'elle voudra. M. l'évesque de Beauvais * s'en va estre cardinal ; il n'est encor arrivé aucun autre changement, mais il faut attendre. Par provision, on permet à tout le monde de revenir, et prisonniers et exilez.

M. le duc d'Anguien et M. du Rallier' ont défait les Espagnols près de Rocroy*, où nous avons gagné dix-huit canons, tout le bagage, force argent, et trois ou quatre mil hommes sur la place " : voilà un coup du ciel qui sem-

Longpont. Au nom de la Faculté de Médecine de Paris par l'un de ses Docteurs pour le rétablissement de leurs escholes. MDC. XVIII. Le document avait été rédigé par Morcau.

1. Du "\ al dédia à Michel Le Masle, en reconnaissance de son don à la Faculté, la dernière édition de son II istoria Monogramma. La première avait été dédiée à Richelieu. Cf. sa note : Lettre du 24 novembre 16^/2.

2 Cf. la note de l'Evèque de Beauvais : Lettre du lU septembre 16U3. La Reine dont il était le premier aumônier l'avait, en effet, recommandé, d'une façon toute spéciale, au Cardinal François Barberin, neveu et ministre du Pape Urbain VIll, et celui-ci paraissait disposé à rélever au cardinalat. Mais Mazarin trouva le moyen de faire traîner l'afraire jusqu'au moment où l'Evèque de Beauvais eut été disgracié et relégué dans son diocèse.

3. Hallier (François de l'Hospital, comte de Rouy, seigneur du) chevalier des ordres du Roi, né en 1383, mort le 20 avril 1660. Entré dans l'armée en 1611, maréchal de camp en 1622, lieutenant général en 16.37, il prit une part brillante à la bataille de Rocroy et fut nommé maréchal de France en 164-3. Gouverneur de la Champagne, après avoir été gouverneur de la Lorraine, il se relira pendant la Fronde dans ce gouvernement et resta fidèle au roi.

4, Rocroy, place forte à 31 kilomètres N.-O. de Mézières. Avait été fortifiée par François I"et Henri II. Elle lut assiégée par dom Francisco de Mello et à la tète de vingt-sept mille hommes des meilleures troupes espagnoles. Le duc d'Enghien les défit et remporta, le 19 mai 1643, la victoire de Rocroy qui fut la plus brillante de sa glorieuse carrière.

o. L'armée espagnole perdait huit mille morts restés sur le champ de bataille, six mille prisonniers laissés entre les mains des Français, deux cents drapeauv et soi\ante étendards, plus ses bairagcs. Cf. les Mémoires de Sirot (Paris, 16S3j, Vouvrage de Chéruel (,op. cit.) Vllistoire des Princes de Condé, du Duc d'Aumale, etc.

ble approuver la régence de la Reine, et qui pourra disposer les Espagnols à la paix, en les humiliant. On dit que Messine ' est révoltée en Sicile contre l'Espagnol, et que les Siciliens veulent avoir un roy de leur pais ; on dit aussi qu'il y aune révolte àGayette ', dans le royaume de Naples, contre l'Espagnol. Vous trouverez dans vostre pacquet des Observations importantes, ^onv vous ; l'autheur de ces deux pièces est un jeune homme qui n'eut jamais vingt sept ans, et qui néantmoins a eu l'approbation générale ; est popiilaris meus; il s'appelle M. Hermant; il est baschelier de Sor]:)onne et chanoine de Beauvais \ Je vous l'indique

1. Messine, ville forte de Sicile, à 200 kilomètres de Palcrme. Etait alors sous la domination espagnole.

2. Gaëte, place forte de la province de Caserte, à 70 kilomètres de Naples. Les Français y avaient signé en 1504 la capitulation qui abandonnait le royaume de tapies aux Espagnols.

3. « Observations importantes sur la requête présentée au Conseil du Foi, par les Jésuites, tendant à l'usurpation des privilèges de l'Université de Paris ». Paris, 1643, in-8. C'était une réponse à une requête présentée par les jésuites en 1()43 pour être incorporée dans l'Université de Paris. L'auteur « ce jeune bachelier en Sorbonne « devait devenir l'ami de Patin — s'il ne l'était déjà — et nous a laissé quelques renseignements intéressants sur son compte dans son histoire de Beauvais encore inédite (Bibl. Nat. Mss. 8583. T. IV). Né à Beauvais le G février 1G17, mort à Paris le 11 juillet 1690, Godefroy Hermant fut chanoine de Beauvais en 1643, recteur de l'Université de Paris en 1646, docteur en théologie en 16o0. Rappelé à Beauvais par son évèque Nicolas Choart de Buzenval, il fut enveloppé dans la querelle qui s'éleva entre cet évèque et son chapitre et privé de son bénéfice. 11 lui fut rendu en 1688. Son jansénisme — il défendit, en 16oo, Antoine Arnaud en Sorbonne — le fit exclure de la Sorbonne. 11 a laissé de nombreux travaux de polémique et d'histoire religieuse.

parce qu'il le mérite, combien qu'il n'y ait pas voulu mettre son nom, propler metum Pharisœonim qui siint Loyolitœ.

Je vous baise les mains, et à Madame Belin, et suis,

Monsieur, Yostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce samedy, 23 May 1643.

Le dernier accez de Madame [Langlois] ' a esté fort doux, et n'a point eu de frisson; elle se porte mieux, Dieu mercy. >tous allons avoir une amnistie perpétuelle, parce que la Reine fait revenir tout le monde. Le garde des sceaux de Chasteauneuf a permission de revenir en telle de ses maisons qu'il voudra. A Dieu Monsieur.

— iD. 1725.

— P.\Ris 1846.

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