‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 105 sur 260 · Eibeuf (Duc d'). Cf. sa note : Lettre du 27 octobre 163i · texte numérisé non relu

Eibeuf (Duc d'). Cf. sa note : Lettre du 27 octobre 163i

3. Chàtcauneuf, l'ancien garde des sceaux disgracié en 1G33, que la cabale du duc de Bcaufort désignait ouvertement pour succéder au chancelier Séguier, rentra dans sa maison de Montrouge et attendit les événements. Cf. sa note. Lettre du 20 mars 1633.

4. Sainte-Maure {Catherine de), fille du baron de Montausicr, femme de Jean de GalJard de Béarn, comte de Brassac, qui fut chevalier des ordres du Roi, gouverneur de la Lorraine, ambassadeur à Rome sous Urbain Vlll, et surintendant de la maison de la reine. Madame de Brassac avait été donnée comme dame d'honneur à Anne d'Autriche, par le Cardinal, à la place de Madame de Sennecy (Marie Catherine de Larochefoucauld) qu'il avait fait chasser. Mais après la mort de Richelieu et de Louis XIII, il y eut une réaction à la faveur de laf[uelle Madame de Sennecy rentra à la cour et réclama sa place. Quoique la reine fut très contente de Madame de Brassac qui était, dit Tallemant, une personne douce et modeste, mais très instruite, elle se crutoljligée de se priver d'elle et de reprendre Madame de Sennecy. {Op. cit. T. 111. p. 185.)

5. Hautefort {Marie de\ née en Périgord en 1616, de Charles de Ilautefort et de Renée du Bellay, morte en 1601. Disgraciée sous l'influence de Richelieu en 1640, cette ancienne favorite du Roi était, depuis celte époque, restée éloignée de la cour. Son dévouement à la Reine, son caractère droit et fier ne devaient pas porter moins d'ombrage à Mazarin qu'à Richelieu et le nouveau ministre obtint d'Anne d'Autriche son renvoi (1644). — Llle épousa, en 16S6, le duc de Schomberg. Cf. l'ouvrage de Cousin : Madame de Ilautejort. 4» édilinn.

d'un livre latin qu'il a fait in-fol. lequel contient l'histoire du Roy Louis XIII, ab anno 1610 ad anniim 1629'. Mais ce n'est pas fort grand'chose; joint qu'il est tout à la louange du cardinal défunt, lequel il loue partout où il peut. Cet autheur s'appelle le président de Gramond'.

Je vous baise les mains, à madame Belin, MM. vos frères et à M. Sorel, et suis,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 2 de Juin 1643.

Edit. de Rotterdam 1695.

iD. 1725.

— Paris 1846.

1. Ludovicus XJII, sive annales Galliœ ab e.rcessii Henri IV. Liber quo reruni in Gallia, Germania, Italia, Bclgin, Lolharimjia per Gallos hoc tempore gestariim (iisque ad anniwi 1617), accurata narratio conlinetur et qaidem uherior quani in aliis Itarlenui edilis Ubris ; Paris, 16tl, in fol. Cet ouvrag-e fut continnr par l'aiileur, le Président tle Graoïmont, jusqu'en Kîâfl. Toulouse, 16i3. in fol. : Amsterdam, 1653, in-8.

2. Gramond ou Grammont (Gabriel-Barthélémy seigneur de) né à Toulouse vers 1590, mort dans cette ville en l(5a4. Président aux requêtes du Parlement de Toulouse, et conseiller d'État. Son ouvrage très médiocre est sévèrement apprécié par notre auteur en plusieurs circonstances, entre autres dans sa lettre à Spon du 19 juin 16i3. Cf. ja note de celte lettre,

Mss. 03r8. FOI. 70.

LETTRE LXXXYII A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Tro\es,

EN ChAMPAOE.

Monsieur,

J"ay esté tout estonné quand j'ay apris par vostre dernière que Madame [Langlois] estoit encor en cette ville, veu que je luy avois dit a Dieu, et que je l'avois quittée, toute prête a partir comme elle disoit ; et le tout, avec très bonne intelligence entre nous deux, qui nestoit pas peu de chose. Du depuis, j'eusse esté la revoir, ayant sceu par vous qu'elle estoit encor icy ; mais ayant apris de l'apothiquaire qu'elle se plaignoit de moy, disant que je l'avois abandonnée, alors que je pensois estre fort bien avec elle, je crus qu'il valoit mieux ne bouger, en attendant qu'elle me fit sçavoir de ses nouvelles. Sur cela, j'ay aujourd'huy esté tout estonné quand j'ay veu entrer dans mon estude la fille de son hostesse. laquelle m'est venue remercier de sa part, en disant qu'elle partoit demain pour Troyes, avec une pistole qu'elle m"envoyoit, et que quand elle seroit à Troyes, qu'elle me donneroit une plus ample satisfaction. Je luy ay renvoyé sa pistole, et luy ay mandé que j'estois fort contant de sa bonne grâce, et que je ne l'avois jamais visitée en attendant aucune récompense d'elle, que vous estiez trop mon amy pour prendre de son argent. Et voylà comme tout s'est passé; je ne sçay pas à quel jeu j'ay perdu ses bonnes grâces, mais je vous asseure qu'il n'y a pas de ma faute. Cest une femme qui a beaucoup d'esprit, mais elle est trop colère, et voilà tout ce que j'en sçay. Je souhailte fort que par cy-après, elle et son mary se remettent en fort bon mcsnage.

Le catalogue de M. de Cordes ' se vend icy, c'est un in-quarto assez gros, que l'on vend 45 sols: c'est un livre qui ne vous est guères nécessaire ; en tant qu'il y a fort peu de livres de médecine, et c'est la sorte dont il y en a le moins ; mais il y en a beaucoup de théologie, et encore tout autrement d'histoire, car le nombre de ceuxcy semble presque infîny. Le président de Gramond est fort mal contant du débit de son livre, duquel personne n'achepte. Le livre de M. d'Antueil ne va guère mieux : je ne sçay si le second viendra, mais j"ay apris que si le Cardinal de Richelieu eut vesceu, qu'il y eut eu quatre tomes à cet ouvrage ; et que ce cardinal eut commencé et finy ce quatrième ; mais ce n'en est plus le temps. Mais il est passé, il est en plomb, Dieu rïlercy.

Ou dit que M. le duc d'Anguien assiège Thionville". Les députez pour la paix partiront d'icy le mois qui vient, sçavoir : MM. de Longueville, d'Avaux ^ et d'Esmery. On n'a point dit icy aucune autre défaite que celle de Rocroy. La Reine a envoyé mesdames de Brassac et de Lansac ^; et du depuis, MM. Bouthihers' père et fils'. On a mandé à M. de

1. Cordes (Jean de) né à Limoges en 1370. mort à Paris en 1642. chanoine tle Limoges. Très ériidit, il avait legoiit des livres, comme beaucoup d'hommes de son temps et possédait une très belle bibliothèque, achetée après sa mort par le Cardinal INIazarin qui en fit don à la Bibliothèque du Roi. Elle renfermait 8-i24 volumes. C'est du catalogue de cette bibliothèque, rédigé par Naudé, dont parle Patin.

2. Ville forte sur la rive gauche de la Moselle, à 28 kilomètres de Metz. Assiégée par le ducd'Enghien, elle fit une résistance énergique et ne capitula qu'au bout de deux mois, quand les mines furent étendues jusqu'au dessous de la -ville.

3. Mesme (Claude de), comte d'Avaux, frère du président deMesmes, né en lo9o, mort en 16o0. Diplomate et surintendant des finances. Fut avec Servien un des négociateurs du Traité de Westphalie. Balzac lui consacra un de ses ouvrages « La Silve ».

4. Souvré (Françoise de) fille du Maréchal de Souvré, marquis de Courtenvaux, qui fvit un des plus fidèles serviteurs de Henri IV, et le gouverneur de Louis Xlll. Elle avait épousé Guy de Saint-Gélais, seigneur de Lansac, et était gouvernante du jeune Louis XIV auprès duquel on la remplaça par Madame de Vaucelas. Le Maréchal de Souvré avait une autre fille Madeleine qui fut la marquise de Sablé.

5. Le Bouthillier (Claude), né en lo8i-, mort le 13 mars i6oo. D'abord, conseiller au Parlement, puis secrétaire d'Elat chargé du département des Affaires étrangères (1615), il fut nommé surintendant des Finances avec Claude Bullion (16.32). Il avait été désigné par Louis Xlll dans sa déclaration du 20 avril 1643 pour faire partie du Conseil de Régence, avec son fils Bouthillier de Chavigny. Au moment de l'histoire où nous sommes arrivés, il venait d'être disgracié.

6. Chavigny (Léon Le Bouthillier do). Cf. sa note. Lettre du ?8 avril 1639.

la Meilleraye, qui est en Bretagne, qu'il aye à \enir ; tout le party cardinal a bien la puce à l'oreille.

Je vous baise les mains, à Madame Belin, à MM. vos frères, MM. Camusat et Allen, et suis,

Monsieur,

Yostre très humble et obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce vendredy 19 de Juin 1643.

Il y a cincq sepmaines que le chancelier branle, et ne tombe pas '. M. de Bassompierre " dit que sa femme est bien heureuse d'avoir un mary qui branle si longtemps. On dit quil est un peu confirmé depuis deux jours, mais que ce n'est pas pour longtemps. Jecroy que s'il ne tenoit qu'à de l'argent, qu'il en donneroit beaucoup pour estre conservé : car il en a bien mis dans ses bottes durant la tyrannie du cardinal, mais je pense que ce mauvais temps est tout passé.

Edit. de Rotterdam 1695.

— iD. 1725.

— Paris 1846.

Les éditeurs précédents ont tous mal transcrit dans le passage cidessus, le texte original et en ont dénaturé le sens. Au lieu d'arrêter la phrase après les mots « Bouthiliers père et fils » comme l'indique le manuscrit, ils l'ont continuée et ont ainsi écrit : « MM. Bouthiliers père et fils ont mandé etc. » en sorte que ce sont les ministres déchus qui donnent, dans cette version, l'ordre au maréchal de la Meilleraye de se rendre à la cour, tandis que l'invitation lui en fut adressée par Mazarin. On voit par ce trait dont il sera facile de citer bien d'autres exemples que des erreurs historiques, attribuées à Patin, ne sont imputables qu'à ses éditeurs eux-mêmes.

1. Le parti des Importants et Madame de Chevreuse, l'ancienne amie de la Reine — rappelée récemment à la cour — réclamaient le renvoi du Chancelier de Seguier et son remplacement par Châteauneuf.

2. Bassompierre (François, baron de) (en allemand Betstein) né en Lorraine le 12 avril 1579, mort le 12 octobre 164-6. Colonel général des Suisses en 1614, chevalier des ordres en 1618, maréchal de France en 1622. Enfermé à la Bastille par Richelieu en 1()31, n'en était sorti qu'après la mort du Canliual, cette même année, 1613. Ses mémoires sont bien connus. — (Cologse, 1665). — La Société de l'Histoire de France en a publié une nouvelle édition.

Mss. 9357, FOL. 6.

LETTRE LXXXVllI

A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de

LA PoUL.VILLERIE, A LyON.

Monsieur,

Après vous avoir très humblement remercié de vostre belle lettre, dattce du 2 de ce mois, je commenceray à vous faire responce par l'action de grâces que je vous doibs pour voslre Phrygius, que j'attendray en toute dévotion et patience. J'ay fait icy imprimer depuis peu un livre françois intitulé Considérations sur la Sagesse de Charron. L'autheur en est inconnu ; aut saltem non vnlt nominari, un temps viendra qu'il parlera'. C'est un inoclavo de trente lueilles : j'en ay mis un dans vostre pacquet ; je vous prie de l'avoir pour agréable, lequel pacquet je vous prie de me mander à qui vous desirez que je le délivre, estant accomply de tout ce que j'y veux mettre pour le présent ".

Le Roy défunt mourut à Saint Germain le jeudy jour de l'Ascension, à deux heures trois quarts après midy. Il fut ouvert le lendemain sur les dix heures du matin : on luy

1. Considérations sur la Sagesse de Charron, en deux parties par M. P. G. D. en M. Paris; Claude Le Groult et Jean Le Mire, 1643 ; in-8'. — Patin ne garda pas longtemps le secret sur le nom de l'auteur, et il apprend à Spon dans sa lettre du 17 août suivant que l'ouvrage fut écrit par Paul Chanet, médecin de La Rochelle. Celui-ci, du reste, ne tenait pas à l'anonymat autant que le disait notre auteur, car il publiait, l'année suivante, une seconde édition de son livre signée du sieur Chanel. La Bibliothèque nationale possède un exemplaire de cette seconde édition, ayant apparteiui à Patin lui-même et portant inscrits de sa main sur la feuille de garde son nom et son litre: Guido Patinus Bellovacus, doctor med. Paris... Cf. la note : Lettre du 17 août I6'i3.

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