‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 116 sur 260 · AU H. P. D. JEAN DE SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

AU H. P. D. JEAN DE SAINT-PAUL

iNoLV. ACQ. IR. 1136,

lOL. 60.

LETTHE XCVIII

Au R. P. D. Jevn de Saint-Paul.

Mon Révérend Père,

Je vous donne le bonjour ; je vous renvoyé le volume de vos deui[ses], duquel je vous remercie de toute mon affection. Je vous envoyé le catalogue des livres de M . Naudé. Je rendray compte des tomes [de] ÏAldrovandus au premier voyage que je feray chez vous, qui sera, D[ieu] aidant, bientost. Si vous desirez quelque chose de ce catalogue de M, Naudé, j'ay tout cela céans à vostre service. Je vous envoyé un seco[ndj cahier des trois que je vous prie de lire au plus tost. M. de Saumaise partit d'icy pour la Hollande, mardy dernier. M. Mesnage ' fai[ct] imprimer de luy un livre latin contre Heinsius touchant la querel[le] que Balzac a eue avec le dit Heinsius sur la tragédie Herodes Infanticida ; dès qu'il sera l'ait, je vous en envoyeray un. On a imprimé diverses pièces latines et françoises contre Montmor soubs le nom de « Maiiinerra », que je pourroy

1. Ménage (Gilles), né à Angers le 13 août 1613, mort à Paris le 23 juillet 1692. Il appelait Patin « le médecin le plus gaillard de son temps ». Il disait aussi de lui « que ses lettres sont remplies de faussetés, qu'il ne prenait pas de précaution dans ce qu'il écrivait et que la préoccupation lui faisait voir mille choses qui n'étaient pas » (Menagiana, t. II, p. 125). J'ai déjà fait remarquer — et rien n'est plus facile pour le lecteur de s'en rendre compte — qu'il est très rare, au contraire, de prendre Patin en flagrant délit d'inexactitude historique, du moins pour les faits importants.

bien vous faire voir '. Samuel Petit, professeur à Nismes, est mort de trop estudier, il s'est tué". Soubs peu de jours, on verra les 3 tomes de la Théologie du P. Pe[ tau], imprimée à Rouen, le Jansenius Yprensis, avec quelques traictés nouveaux.

Il y a un livret nouveau intitulé : Le Maréchal d'[Ancre]. martyr d'Eslal. dans lequel le Cardinal qui est en pl[omb] est descripl et descrié comme un parfait tyran, et je pense qu'il dit vray. J'en ay un que j'ay donné à M. du Piiy. Xostre Faculté a faict deux nouveaux livrets contre le Gazettier, et y en aura bien[tost] encor un troisième \

Je n'ay point eu de jettons nouveaux, on [n'en donne plus. Le sieur de Saint-Germain, aumosnier de la feue

1. Montmaur {Pierre de), bel esprit et parasite célèbre, né en Limousin vers lo6i, mort à Paris en 1648. C'est à lui que s'adressent ces vers de Boileau :

<( Pendant que Pelletier crotté jusqu'à lecbine S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine. Savant en ce métier si cher aux beaux esprits Dont Montmaur autrefois fit leçon dans Paris ».

et ceux-ci de Colnet, dans son poème, VArl de dîner en ville :

Toi qui, dans un seul jour, dinais souvent trois fois, O mon maître, Montmaur, daigne écouter ma voix.

Dans les « Miscellanea » de Ménage, 1632, in-4", on trouve deux satires latines dirigées contre lui : a Mamurrse, parasilo-sophistœ Metamorphosis », en vers et « Vita Ganjilii Mamurrœ, parasita pœdagogi ». CL le Dictionnaire de Bayle et le recueil de Sallenger : Histoire de Pierre de Montmaur. La Haye,, 1715.

2. Petit (Samuel), né à Nîmes le 25 décembre 1594, mort dans cette ville le 12 décembre 1643. Professeur de grec au collège des Arts de la ville de Nîmes. Erudit et orientaliste d'une baute valeur.

3. Il s'agit des libelles dirigés par la Faculté contre Rcnaudot. Nous avons vu que le premier avait été écrit par René Moreau (1641). Le second le fut la même année par Riolan. Nous lui avons consacré une note: Lettre du 15 mai IGil . Deux autres portent à quatre le nombre de ces pamphlets connus et devenus extrêmement rares. L'un publié sans titre ni nom d'imprimeur, avec la date de 1643, a été attribué à Michel de La Mgne, alors doyen, et commençait par ces mots : Le procès entre le doyen et docteurs regens en la Faculté

de médecine de Paris et Théophraste Benaudot L'autre publié le

4 novembre 1643, sans nom d'auteur, porte le titre suivant : « Examen de la requeste présentée à la Beine par le gazetier, 4 novembre 1643, in-4o, 40 pages. Or ces deux libelles sont de la plume même de Patin. On trouve, en effet, dans les Commentaires, des noies du dovcn qui ne laissent aucun doute à ce sujet. {Reg. Comment., t. XIII, fol. 100 et 200).

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reine- mère, [presjchera dans Saint-Severin , mercredy prochain; plusieurs s'attendent [d'] aller pour le voir là. Dès que M. de Saumaise sera en Hollande, il fera achever son livre de Primatii Pétri, et un autre pe[tit], de Manna et Saccharo. Je vous baise très humblement les mains, et suis,

Mon très Révérend Père, Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Signe': Patin.

De Paris, ce 8 de novembre 1643.

On imprime en Hollande un livre de M. Blondel contre le P. Pctau sur la controverse de Episcopis et Presbyteris '. On imprime icy la Physique toute nouvelle, une Morale assez grande et une Logique de Pierre du Moulin. Cela fera trois volumes séparez en françois et par après on les fera tout de suite en latin. Toute la copie en est preste^.

LkTTRE n'ayant PA8 ÉTÉ PUBLIÉE DANS LES ÉDITIONS ANTÉRIEURES.

1. Blondel, théologien protestant, né à Châlons-sur-Marne en 1591 mort en 1653 à Amsterdam, où il avait remplacé Gérard-Jean Vossius dans sa cliaire dMiistoirc.

2. Cette lettre dont une très mauvaise transcription existe au Collège de France (Fonds Montaujlon, fol. 157) est déchirée à jilusievirs endroits. Une main inconnue a rétabli les textes que nous avons placés entre crochets. On voit que Patin qui annonce dans cette lettre la mort de Samuel Petit était mal informé, cette fois, puisque ce savant ne mourut que le 12 décembre.

Mss. 9537, FOI. 9.

LETTRE XCIX A Monsieur Spo\, docteur en médecine, rue de

LA POULAILLERIE. A LyON '.

Monsieur,

Je vous prie de croire que si vous estes bien aise de recevoir mes lettres, que je suis encore tout autrement joyeux de recevoir les vostres : je sçay bien que vous m'aimez et tout autrement que je ne mérite : votre amitié m'est un insigne bonheur, et mon peu de mérite est mon mallieur : je me licndrois bien heureux si je le pouvois amender. Le bon M. de Sauniaisc est party le 4 de ce mois pour [la] Hol- . lande : iitinam fellci ciirsu naviget : c'est le grand bien de la République littéraire, qu'il soit là afin qu'il nous y face imprimer tant de beaux livres qu'il a tous prests. Tandis qu'il est en chemin, je l'accompagne de mes vœux, comme fit Horace le bon Virgile qui s'en alloit d'Italie à Athènes :

« Navis quœ tibi creditiim Debes Salmasiiiin finibus atticis, Reddas incohimen ]irecr)i\ El serves nniin.r diiiddiam mère. »

On luy a offert ici des pensions, mais je pense qu'il a fort bien fait de ne s'y pas arrester". Si Casaubon s'en estautre-

1. Lettre entièrement tronquée dans les éditions antérieures. Les premières lignes sont supprimées. On compte jusqu'à dix-sept importants passages retranchés dans le cours de la lettre.

2. A ce propos, Balzac aussi sceptique que Patin écrivait à Chapelain : « Je n'ai point assez de foi pour croire les six mille francs de pension. — On peut les faire espérer, on peut les promettre, on peut

fois plaint, ce seroit bien pis maintenant : les financiers estaient des saints en ce temps là, au prix de ceux d'aujourdhuy, quoy qu'en dise Joseph Scaliger en ses Epistres, Epistola 58, que je pense vous avoir indiqué par cy devant. Je pense que le Zuccharum Nabethdes Arabes, est quelque espèce de sucre qui ne se void point de deçà : nous verrons ce qu'en dira M. de Saumaise en son traité. Si vous n'avez pas à vous les Epistres de Casaubon in-4°, mandez le moy, je puis aisément vous en envoyer de deçà : Pour le Gronovius ', je l'ay veu icy.

La sepmaine passée, j'eus le bonheur de consulter icy pour vostre ancien ministre et presque le Pape de toute la Réforme, M. du Moulin : je fus tout réjouy de vair ce bon honmie encore gay en son âge : ce fut M. Guénaut le jeune qui m'y mena : il est fort âgé, sed criida viridisqiie senectiis. On imprime icy sa Physique, qui est toute nouvelle, sa Morale qui est toute autre que celle qui est imprimée et sa Logique qui est corrigée : quand ces trois livres seront imprimez en françois, on les imprimera en latin. Je suis ravy de ce que vous me mandez de M. Petit : et souhaitte fort qu'il soit vray ; tanto enim Doctori impense faveo ! M. du Moulin revient des eaux de Saint-Myon", où il s'est gouverné à ce que j'apprends, par le conseil d'un médecin de Lyon, nommé M, le Gras : Dieu le conserve, puisque par son bon conseil, il nous a conservé un si digne personnage : il parle de s'en retourner à Sedan au plustost, mais tout le monde le retient icy, et ne sçait pas quand il partira. Je vous prie de me conserver aux bonnes grâces

les payer la première année. Mais, sans doute, le publicain ne persévérera pas dans cette belle chaleur pour les Muses, et ce docteur (Saumaise) sera mal conseillé, s'il quitte la place de Scaliger pour celle de Casaubon », {op. cit. L. XXX.)

1. Gronovius (J. Frédéric), né à Hambourg en 1611, mort à Leyde en 1671. Philologue et historien hollandais très érudit ; occupa à Leyde la chaire de grec et de littérature devenue vacante par la mort de Boxhorn.

2. Les eaux de Saint-Myon (Puy-de-Dôme), bicarbonatées, sodiques, froides, légèrement ferrugineuses. Employées encore aujourd'hui dans In dyspepsie et la chlorose,

3i4 LETTRFS DE GUI PATIN

de M. Ravaud. — Je luy ay beaucoup d'obligation, et à vous aussi : néantmoins si j'eusse pensé que c'eust esté tout de bon, je vous eusse fourny quelque mémoire pour mon épistre, quandoqiiidem licet viro bono habere ralionem suse famœ, qiiam nullo prello débet negligere ; mais puisque c'en est fait, il n'y faut plus penser.

Le Docteur anonyme de nostre corps est le jeune Yvelin ' qui est embarassé dans la démonomanie de Loiwiers : il médite encore quelque chose de nouveau sur cesubjet : Pour les Energumènes, je croirois volontiers que c'est une fable que tout ce qu'on en dit : l'authorité et la saincteté du ^ouveau Testament me révoquent de cette croyance : je croy ce qu'en dit la saincte Escripture, mais je ne croy rien de ce qu'en disent les moines d'aujourd'huy : nous sommes en un siècle fort superstitieux, et tout plein de forfanteries. En toutes les possessions modernes, il n'y a jamais que des femmes ou fdles : des bigottes ou des religieuses et des prestres ou des moines après ; de sorte que ce n'est point tant un diable d'Enfer qu'un diable de chair, que le saint et sacré célibat a engendré : c'est plustost une métromanie ou hystéromanie, qu'une vraye démonomanie. On ne parloit pas autrefois de cette diablerie ; ce ont esté les moines qui l'ont mise en crédit depuis cent ans, ou environ, afin de faire valoir leur eau béniste, laquelle autrement auroit pu s'évanter par les escripts de Luther et de Calvin^. Je necroiray ny homme, ny femme démoniaque, si je ne les voy ; mais je me doute qu'il n'en estguères. La démonomanie de Loudun a esté une des fourberies du Cardinal tyran ^ (et plùt à Dieu qu'il n'eut fait que celle-là) pour faire brûler un pauvre prestre qui valoit mieux que luy, nommé Grandier , qui avoit autrefois escript un libelle

1. Médecin de Paris. Bachelier en lG3i-, licencié^ docteur et régent en lG3o. — Il fut médecin du Roi, premier médecin de la Reine-mère et médecin de la Duchesse d'Orléans.

2. Tout ce fragment de la lettre a été supprimé dans les précédentes éditions.

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