‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 115 sur 260 · LETTRE XCVII · texte numérisé non relu

LETTRE XCVII

A Monsieur Spon, docteur en médecine, rue de

LA PouLAILLERIE, A LlOiX.

Monsieur,

Le titre du livre intitulé : u Du rappel des Juifs », qui vous semble scandaleux, n'est pas ce que vous pensez ; il entend par là le rappel des Juifs à lEglise, etc ; et y conte de fort belles chansons, qui vous feront pitié quand vous les verrez. Il y a néanmoins aussi quelque chose de bon. Sunt boiia, suiit qusedam mediocria, suiit mala multa, etc.

M. de Saumaise est encore ici ; on parle de l'y arrêter et retenir tout-à-fait, moyennant quelque grosse pension, à quoi lui peut servir extrêmement la faveur de M. le président Bailleul, surintendant des finances, qui est son grand et intime ami; il n'y a pourtant encore rien d'arrêté. Il ne m'importe où il aille, pourveu qu'il soit bien et que ses œuvres soient imprimées. Les pensions ne sont guères soigneusement payées de deçà, à qui que ce soit ; le sçavant Casaubon pensa en mourir de faim à Paris sous Henry IV, sur quoi vous voyez une si belle épitre contre les financiers, m Epistolis Josephi Scaligeri, viri incomparahills. C'est l'épitre cinquante-huit; elle est de l'an 1601. D'un autre côté, il est haï en Hollande par les amis de Daniel Heinsius, auquel il a été préféré, piiblico décréta, joint que Mademoiselle sa femme voudroit bien n'y pas retourner, etaimeroit tout autrement demeurer ici. Pour moi, ubinam sit, nihil moror, modo ei benè sit, modo vivat et valeat. Je ne sçay ce que c'est piilvis nabathiniis

ad albiiginem ocaloriini. Nabathœa est une province de l'Afrique. M. Grotius, en louant Scaliger, a dit :

Sœva tend charlas Nabalhœi mimera cœli, de.

par où il entend le papier.

Fr. Feyneus étoit un professeur de Montpelier qui a eu grande réputation, qui vivoit vers l'an 1564 ', Vous m'en direz davantage quand il vous plaira. Le duc d'Anguien étoit ici revenu quelques jours après la prise de Thionville, mais il a été obligé de s'y en retourner, pour contenir son armée dans le devoir et aider à M. de Guébrian ^ contre l'armée bavaroise qui le menaçoit. L'armée du parlement d'Angleterre a eu de l'avantage sur le Roi, qui a perdu quatre mille hommes, et les troupes du pape ont été mal menées par le duc de Parme. M. l'abbé de Saint Cyran, très docte et très excellent personnage, mourut ici d'apoplexie, dimanche H de ce mois, âgé de soixante six ans. Il a toujours été cru être le vrai Petrus Aiirelius \ 11 étoit aimé et révéré de tous les gens de bien de deçà, et surtout de la Sorbonne. Le père Caussin, que la feu Eminence avoit fait exiler, est ici qui fait imprimer sa Cour sainte, en cinq tomes in-S", et un volume in-foho, avec beaucoup de changements de ce qui a été par ci- devant.

1. Feynes (François), on latin, Peyneus, professeur de la Faculté de Montpellier, né à Béziers vers 1525 siècle, mort à Montpellier en 1573. N'a écrit qu'un cours de médecine qu'il laissa en manuscrit et qui, aux yeux des savants, perdit beaucoup de sa valeur quand il fut imprimé, car ils purent alors le juger. Ce cours est intitulé: « Medicina practica in quatuor librus digcsta. » Lugdum, IGoO, in-4°.

2. Guébriant {Jean-Baptiste Bude, comte de), né au château de Plessis-Budes, en Bretagne, le 2 février 1002, mort le 2i novembre 16i3. Capitaine en 1630 au régiment de Piémont, maréchal de camp en 1636 à l'armée d'Allemagne, vainqueur à la bataille de Kempen où le général des Impériaux Lamboy fut fait prisonnier avec Meixy (1612). — Cf. Lettre du 31 juillcl 16'i2. — Il fut, au mois de mai de la même année, nommé Maréchal de France par Louis XIII. Dans cette campagne de 16'i-3 contre les Ba\arois, blessé le 19 novembre au siège de llotweil, il mourut le 2i, des suites de ses blessures, après avoir emporté la place.

3. Cf. la note du « Petrus .\urclias ». Lettre du 20 mars î(!33.

J'ai autrefois ouï dire que les jésuites de Lyon vendoient en leur maison, à tous venans, une certaine confection purgative, comme une espèce de lénitif des boutiques, huit sols l'once ; qu'ils en vendoient si grande quantité que les apothicaires de Lyon en estoient mal contents, en tant que cela les empêchoit de débiter leur lénitif et leur catholicon ', et quelques médecins s'en plaignoient aussi, sur ce que divers malades prenoient et usoient de ce remède à contre temps et fort mal à propos. Je vous prie de me mander ce que vous sçavez de cela; si ces bons pères continuent ce trafic, ce que c'est que cette drogue, combien ils la vendent, et sçavoir si les apothicaires ou médecins de Lyon n'ont jamais fait aucune plainte contre eux là dessus.

J'ay veu aujourd'huy M. de Saumaise. Oh! l'excellent et incomparable personnage ! Il m'a dit que pulois nabathinus est une poudre faite ex saccharo nabeth, qui est une espèce de sucre duquel il est souvent parlé dans les Arabes, et que ce mot de nabeth peut venir de nabalhœa, qui est en Arabie pétreuse, et qu'il en a parlé dans son livre deManna elsaccharo. Il m'a aussy aprisqueM Samuel Petit, professeur à Nismes, étoit mort de trop étudier. Cette mort m'a fort touché ; j'ai céans quelques bons livres de lui. Il y a longtemps qu'il travaille sur le Josèphe grec et latin' à y faire des notes, et m"a dit que l'ouvrage en étoit tout achevé, qu'il seroit imprimé. Pulvis nabathiniis sera quelque poudre détersi\e ad albugine m, comme

1. Drogue de Tancienne pharmacopée. Celait un électuaire purga» lif composé de rhubarbe, de séné, de casse et de tamarin.

2. Historien juif, né à Jérusalem, l'an 37 avant Jésus-Christ; a écrit l'histoire de la guerre des Juifs contre les Romains — 7 livres en syriaque et en grec. — Les œuvres complètes de Josèphe, réunies par Havercamp avec traduction latine deHudson — Amsterdam, 1726, 2 vol. infol., — ont été traduites en français par l'abbé Glaire, 184-6.

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quelques médecins se servent aujourd'hui de sucre candv en telle maladie des yeux. Hic lahovamas peimria novitalis. C'est pourquoyje finis en vous suppliant très humblement de croire que je suis et serai de tout mon cœur, et toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble serviteur.

Patin .

De Paris, ce 26 Octobre 1643'.

Edit. d'Amsterdam 1718.

— DE La Hâte 1718.

— DE Paris 1846.

1. Lettre écrite en deux reprises et prol)ablement remaniée par les précédents éditeurs. Les deux passages relatifs au « /julvis nabathinus » ne laissant aucun doute à ce sujet.

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