‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 134 sur 260 · Ceinture d'argent que les femmes portaient · texte numérisé non relu

Ceinture d'argent que les femmes portaient

La belle mit son corset des bons Jours, Son DEMI cEi>T, ses pendants de velours.

(La Fontaine. Herm.) Cf. Liltrê.

i: Cf. la noie de Claire Manessier : Lettre du 27 avril 1632.

406 LETTRES DE G II l'ATlN

sont sortis sept enfants adhuc siiperstites : deux fils, dont je suis l'aisné, et un frère qui est en Hollande' ; les cincq filles sont toutes cincq mariées, et ont eu entre elles tout le bien de la mère, lequel estant divisé en cincq, a suffy pour les marier ; mon frère et moy avons eu le bien paternel, qui ne me vaut pas encor, apporté icy. cent escus de rente ; mais ce n'est pas la faute des bonnes gens qui ont vescu, moribiis antiqnis, sans avarice et sans ambition. Tout le malheur de feu mon père estoit un maistre ingrat et avare * et avec lequel il n'a rien gagné, nonobstant presque trente années de fascheux services.

Le regret qu'il eut d'avoir quitté Paris et s'estre arresté à la campagne sur les belles paroles d'un Seigneur qui nimiiim altendebat ad rem siiam, fit qu'il pensa, dès que j'estois tout petit, de me faire icy advocat, disant que la campagne estoit trop malheureuse, qu'il se falloit retirer dans les villes, et me disoit souvent ce bon mot du snge : Labor stiiltorum (iffliget cos qui nesciunt in urbem pergere ; à cause de quoy, il me faisoit lire, encore tout petit, les vies de Plutarquc tout haut, et m'apprcnoit à bien prononcer. A ce dessein, il me mit au collège à Beauvais, âgé de neuf ans, puis m'amena à Paris au collège de Boncourt % où

1. Ce frère, François Patin, s'établit et se maria à Flessingue (Hollande). On a perdu sa trace, et on ne possède aucun renseignement sur ses alliances et sa descendance.

2. D'Auxy (Gaspard), seigneur de Monceaux, baron de Houdan. M. Vuilhorgne qui a fait une enquête sur le caractère de « ce maître ingrat et avare », nous apprend qu'il était, en efTet, peu sympathique, chicanier, très infatué de son nom, processif et peu endurant (op. cit. p. 39). Il avait épousé Jacqueline Do, veuve d'Anne Tiercelin, seigneur de Sarcus, à laquelle Patin devait dédier une œuvre médiocre de sa jeunesse. (Cabinets de cantiques spirituels. Propres pour élever l'âme à Dieu, recueillis de plusieurs pères reVujieux, par G. P. B. — Troisième partie. A Paris, chez Antiioine de Sommaville, au Palais en la galerie des Libraires, par la Chancellerie, 1623. Cf. Chereau. Bibliogr. Patiniana.

3. Le collège de Boncourt devait sa création à « messire Pierre de Bécoud, chevalier de Flcchenel >* qui doima, en 1305, une maison sise au mont Sainte-Cicneviève pour recevoir huit jeunes hommes du diocèse de Térouanne, à la condition qu'ils fussent sujets du roi de France et non du comte de Flandre. — Pierre Gallaud, principal de ce collège, mort en l'an lo<J9, en fit un des plus beaux collèges de l'Université. (Arch. Nat., S. G233). — Larrieu, Guy Patin (1601-72'. Paris,

je fus deux ans pensionnaire, y faisant mon cours de philosophie. Quelque temps après, la noblesse, pour le recompenser d'une façon qui ne leur coûtât rien, luy voulut donner un bénéfice pour moy, que je refusay tout plat, protestant absolument que je ne serois jamais prestre (benedictus Deus quimihi illam mentem immisitin tenera adhuc œtate). Feu mon père, qui reconnoissoiten ce refus quelque chose de bon et d'ingénieux, ne s'irrita pas bien fort de mon refus ; mais ma mère en demeura outrée contre moy plus de cincqans, disant que je refusois la récompense des longs services que feu mon père avoit rendus à cette noblesse ; mais il n'en fut autre chose. Dieu m'aida ; je fus cincq ans sans la voir ny aller chez nous. Durant ce temps là, j'eus connoissance d'un homme qui me conseilla de me faire médecin à Paris \ Pour à quoy parvenir, j'estudiay de grand cœur depuis l'an 1622 jusqu'à l'an 1624, que je fus icy reçeu et alors père et mère s'appaisèrent, qui m'assistèrent de ce qu'ils purent pour mes degrez, et avoir des livres. Cincq ans après, duxi uxorem, de laquelle j'auray de succession directe vingt mille escus, ses père et mère vivans encore, mais fort vieux, sans une collatérale qui est une sœur sans enfans et fort riche *. Dieu a béni mon alliance de quatre fils, sçavoir est de Robert', Charles*,

1. C'est à celle époque, que pour subvenir à son existence, correcteur dans l'imprimerie Laquehays (Bayle), il dut faire la connaissance de Jean Riolan. On suppose que ce serait d'après le conseil de celui ci qu'il se décida à étudier la médecine.

2. Ce fut le 10 octobre 1628 qu'il épousa Jeanne de Jeansson, fille de riches marchands de vin de Paris, dont la mère était une Miron, fille ou nièce du célèbre Prévôt des Marchands et dont la sœur, Gabriclle, avait épousé Claude Bourdon, procureur au Parlement, et conseiller du Prince de Condé. Elle lui donna dix enfants : Robert (11 août 1629), docteur en médecine; Charles (18 noveml)re 1631), mort âgé de 64- jours ; Charles (23 février 1633), docteur en médecine ; Pierre (8 août 163i^ avocat au Parlement ; François (21 novembre 163o'. mort en bas-Age ; François (22 décembre 1()37) ; Catherine (9 mars 1642), morte à l'âge de deux ans ; Jean-Baptiste (14 juin 164-3), mort en bas-âge ; Gabrielle-Catherine (4 oclol>re 1644), morte en basâge; Godefrov (l.'i septembre 1647), mort à un an.

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