Le Pape Urbain Vlll était mort le 29 juillet 16ii
Mss. 935S, FOL. 90.
LETTRE CXIV A Monsieur Belin, docteur en médecine a Troyes.
Mo>SIEUR,
Je vous donne asseiirance que Monsieur vostre fils fait une bonne partie de ce qu'il peut pour vous contenter et moy aussi en ce que nous pouvons souhaitter de luy ; je Tay exhorté à continuer sérieusement, comme je croy qu'il fera ; Dieu luy en fasse la grâce ! Je vous envoyé les parties de l'apotliiquaire de M. Bareton avec un petit mot qu'il m'a deslivré; je vous prie d'en faire ce que jugerez à propos, afin de sortir de cette affaire, le tout néantmoins sans vous en donner beaucoup de peine, et en gardant la bienséance vers eux, puisque vous estes leur médecin. Il y a apparence que ces gens là n'ont guères d'honneur d'avoir si peu de soin de ne pas payer une dette de telle nature.
Le Roy et la Reine sont à Fontainebleau avec toute la cour. La Reine d'Angleterre est aux bains de Bourbon avec deux des nostres, sçavoir, MM. Chartier et de Pois ; et mademoiselle de Longueville' y est allée aussy depuis huit jours avec M. Brayer '. Les affaires du Roy d'Angleterre sont
4. Longueville {Marie d'Orléans de). Fille de Henri II d'Orléans, duc de Longueville, et de Louise de Bourbon-Soissons, née le o mars 1625, morte le 16 juin 1707. Mariée le 12 mai 16o7 à Henri H de Savoie, duc de Nemours. On connaît ses mémoires publiés pour la première fois à Cologne (1709, un vol. in-12) et imprimés depuis ordinairement à la suite de ceux de Retz et de ceux de Joly.
2. Brayer (îMcolas). Docteur de la Faculté. Bacc., 1626-1628. Licent. 20 juillet 1028. Doct. 1" août 1628. Les anciens éditeurs ont écrit « Bruger ».
en très mauvais estât contre le parlement de son royaume. Le prince d'Orange a pris le Sas de Gand ', et le duc d'Anguien a pris Philisbourg ". Tarragone ^ n'est pas encore prise, ny le pape fait : les cardinaux se battent rudement pour faire valoir leur party. M. de Saumaise va quitter la Hollande et s'en vient demeurer à Paris, moyennant six mille livres de pension annuelle à prendre sur l'élection. Il a depuis peu fait imprimer un livret de Coma \ à Leyden, où nous en promet dans peu de jours, aussy bien que plusieurs autres qui sont en chemin. M. Arnaud continue de triompher, malgré tous les efforts de la noire et forte machine qui estend ses bras jusques à la Chine.
Je vous baise les mains et suis.
Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur.
Patix ,
De Paris, ce 20 de Septembre 1644.
Edit. de Rotterdam 1695.
— • iD. 1725.
— Paris 1S46.
1. Ville des Pays-Bas (Zélande), bâtie par les Espagnols en 1570. Le Prince d'Orange venait do s'en emparer pendant le mois de septembre. (Cf. sa note: Lellre du 28 juillet 16ti2).
2. Ville faisant partie actuellement du grand duché de Bade, située à 2 kilomètres du Rhin, à 2(J kilomètres de Carlsruhe. Avait alors une très haute importance stratégique, car elle était la seule place forte sur la rive droite du Rhin entre Brisach et Hermanstcin (aujourd'hui Ehrenbreitsteiu). Aussi la prise de Philippsbourg par le ducd'Enghicn fut-elle considérée comme un très grand succès militaire et elle causa une vive joie à la cour.
3. Apres son grave échec devant Lérida dont il avait été obligé d'abandonner le blocus, le Maréchal de la Mothe-Houdancourt, dans le but de rétablir sa réputation militaire, était allé assiéger Tarragone |9 août 1644^. 11 éprouva un nouvel échec et se crut forcer de lever le siège à l'approche d'une armée espagnole de secours.
4. « Do coma dialogus » ; Letde, 1645, in-12, c'est un traité à forme badine sur les longues chevelures.
m LETTRES DE GL'I PATIN
Mrs. 0358, fol. 91,
LETTRE CXV A Monsieur Belin, docteur en médecine a Trotes.
Monsieur,
Je vous remercie de tout mon cœur de tant de peine que je vous donne pour M. Bareton, cet homme n'a guèrcs de courage ; je n'ay pourtant regret en tout cet affaire qu'à la peine que vous en avez prise. Nous avons enfin un pape qui est Jo.-Baplista Pamphilius ', neveu d'un cardinal Hieron. Pamphilius, soubs Clément YlII. Il a pris le nom d'Innocent X, et dit qu'il espère de mettre la paix en Europe, et qu'il ne veut demander à Dieu que celte grâce. Il a soixante douze ans, mais il est vigoureux ; il n'est pas sçavant, ni homme de livres, mais grand homme dans les affaires^ dans les négociations et dans les interests des princes ; comme ayant esté dans de grands emplois perpétuellement depuis près de cinquante ans. Il a bastards et bastardes. Il a deux cardinaux qui le gouvernent, sçavoir : Spada'et Pancirol % (|ui sont les deux ennemis jurez du cardinal Mazarin ', qui a un tel regret de celte promotion qu'il en
1. Pampliili (Jean Baptiste), ne à Rome en l.o72, élu pape le 15 septembre 16tl-. mort le 7 janvier IGo'i.