‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 152 sur 260 · LETTRE CXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXII

A Monsieur Spon, docteur en médecine, a Lion.

Monsieur,

Je viens de recevoir tout présentement la votre, sur quoi je vous dirai que je suis ravi lorsque je reçois de vos lettres. Je ne suis pas naturellement mélancholique ; l'embarras et les intérêts du monde me touchent fort peu ; mais si j'avois de la tristesse et du chagrin, je pense que vos lettres seroient capables de me Tôter.

Pour le livre de M. de Saumaise, de Episcopis et Presbyteris \ l'autheur même m'a dit qu'il en feroit imprimer ciaprès deux autres volumes. Le P. Petau n'y a point fait de réponse particulière, mais il a lâché d'y répondre dans le dernier des trois tomes de ses Dogmes théologiqiies. M. de Saumaise écrivit ce livre en Bourgogne, où il étoit venu de Hollande pour la succession de M. son père, qui étoit mort doyen du parlement, sans secours de livre, et presque tout, de sa seule mémoire. L'ayant envoyé tel que vous le voyez en Hollande, M Rivet le fit imprimer, quoique ce fut contre l'inlention de l'auteur, qui espéroit d'y mettre encor quelque chose, étant retourné à Leyden, et il m'a lui-même témoigné qu'il avoit regret que celte affaire eût été auti'ement exécutée : ce qui me fait croire que, quelque jour, ce sçavant homme fera réimprimer tout ce qu'il a sur cette controverse, tout ensemble, avec une réponce à ce qu'en a dit, au contraire, le père

1. « De Episcopis et prœsbiteris » ; Leyde, 16il. Cet ouvrage qui parut sous le pseudonyme de Wallo Messalinus était dirigé contre le P. Petau.

Petau, qui avoit donné le premier Toccasion à cette dissertation, par un livre gros d'un poulce, sur un passage de son traité de Fœnore trapezitico '. Le père Petau dédia son livre au cardinal de Richelieu, qufle reprit d'avoir écrit contre un homme que le roi aimoit, et qu'il vouloit tâcher de retenir en France ; il lui dit qu'il feroit mieux de ne pas écrire et d'avoir soin de sa santé, de laquelle il est fort incommodé en sa vieillesse. M. de Saumaise étoit alors à Paris, et ce fut en ce temps là que M. le cardinal de Richelieu traitoit avec lui pour l'y arrêter avec une bonne pension dont madame de Saumaise sa femme étoit ravie ; mais il n'y voulut pas consentir et se dégoûta des propositions générales qu'on lui en faisoit, pour une particulière qu'on y fit couler, qui étoit d'écrire en latin l'histoire de ce cardinal, ce que M. de Saumaise ma dit luimême en secret, et me protestant qu'il eût été bien marri d'employer le talent que Dieu lui avoit donné au service et à l'histoire fardée de ce ministre qui avoit failli à ruiner l'Europe par son ambition. Ce P. Petau est un des plus sçavans d'entre les jésuites, mais un homme fâcheux, mordant et médisant, qui n'a jamais écrit que pour réfuter quelqu'un. 11 a fait deux volumes in-folio pour réfuter Joseph Scaliger ", contre lequel il a vomi des charretées d'injures, bien qu'il fut mort vingt ans auparavant. Vous souvenez-vous de ce que dit Pline dans la préface de son Histoire naUirelle, qu'il n'y a que les lutins qui comballenl avec les morts 1' Il n'a écrit sur saint Epipliane"* que pour reprendre à chaque page le cardinal Baronius *. 11 a fait imprimer un autre tome intitulé Urano-

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