‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 151 sur 260 · LETTRE CXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXI

A Monsieur Spon, docteur en médecine, a Lion.

Monsieur,

Après vous avoir souhaité une longue santé en cette nouvelle année, je vous dirai, sur ce que vous souhaitez de sçavoir, que M. Cousinot. premier médecin du Roy, est en bonne santé et en fort bon état pour sa charge. Je souhaite qu'il y soit fort long-temps, et je ne pense pas qu'il perde sa place qu'avec la vie. Je lui parleray de vous la première fois que je l'entretiendray. M. Yautier est bien loin de son compte ; mais quand il seroit en ce zénith de la fortune, où il ne viendra aparemment jamais, il ne nous pourroit faire aucun tort ; nous sommes au-dessus du vent et des tempêtes *.

Il est vray, comme on vous l'a dit, quil y a icy un Anglois, fils d'un François, qui médite de faire faire des caresses qui iront et reviendront en un même jour de Paris à Fontainebleau, sans chevaux, par des ressorts admirables. On dit que cette nouvelle machine se prépare dans le Temple. Si ce dessein réussit, cela épargnera bien du foin et de l'avoine, qui sont dans une extrême cherté. Pour votre collègue, qui a entrepris de faire mourir de faim les scieurs d'Aix par sa nouvelle machine, je ne sçay point son nom, et je serois bien d'avis que les scieurs d'Aix ne le sçussent pas aussi. Mais à propos de collègue, que fait voire M.

1. Cf. la note de la lettre précédente. — Il ne fut nommé que l'année suivante premier médecin de Louis XIV, mais comme il était très bien en cour, le Ijruit de sa nomination se répandait déjà. Du reste, on voit que malgré une réticence, l'assurance de Patin est moins affirmative.

Meysonnicr? Est-il grandement catholique? Renversera- t-il le party de la prétendue réformation ? Le pauvre homme n'avoit que faire de se hâter à ce changement, on le connoissoit déjà assez bien, qui en eut douté n'eut eu qu'à lire ses écrits, qui seront toujours le portrait de son esprit.

Je vous ay obligation du livre du sieur Potier, dont vous m'avez fait présent ; mais je doute fort si le public en aura à M. Huguetan d'imprimer de tels livres, qui serviront plutôt à faire des charlatans que de grands docteurs, e livre est plein de mauvais remèdes, de vanteries, de faussetés, et plût à Dieu qu'on n'eût jamais rien imprimé de telle sorte ' ! 11 est trop de chymistes et de malheureux empiriques ; mais il est fort peu de gens qui s'étudient à bien entendre les épidémies d'IIippocrate. J'ay ouï dire à M. Moreau, qui est Angevin comme ce Potier, que c'étoit un grand charlatan et un grand fourbe, qui se mêloit de nostre métier ; qu'il ne montoit sur le théâtre que pour mieux débiter les denrées ; qu'il étoit sorti du royaume et avoit pris le chemin d'Italie ; aussi fait-il dans son ouvrage l'aristarque et le censeur des médecins. A l'ouir dire, il n'y a que lui seul qui soit scavant et entendu. Ce qui me fait soupçonner tout son fait, c'est qu'il parle trop souvent de son or diaphorétique, de son opium ou laudanum, et qu'il blâme trop souvent les autres remèdes, dont le public reçoit tous les jours du soulagement. Son livre est une perpétuelle censure de la médecine commune ; il n'y aura néanmoins que les sots qui l'admireront, et les honnêtes gens n'en feront jamais leur profit. Ce livre deviendra ridicule, ou il rendra ridicule tout le métier dont nous nous mêlons vous et moy.

Le 22 décembre dernier, est icy mort un commis de M. Fiubet, trésorier de l'espargne, nommé Jean-Baptiste Lambert ; fds d'un procureur des comptes, petit fils d'un médecin de Paris, et neveu de M. GuiUemeau notre collègue. J'ay esté son médecin depuis huit ans. Il m'a laissé par

1. « Opéra omnia medica ac chimica » ; Llgdum, 164o, in-8" —Michel Potier (Poterius) vivait au commencement dn dix-septième siècle et s adonnait spécialement à la chimie. A ce titre, il ne.pouvait ôlrc un ami de Patin.

testament, dans son codicille, la somme de trois mille livres, et un autre article qui vaudra plus que cela. Il avoit le rein droit tout consumé et purulent, dans le follicule duquel il avoit y seize pierres qui pesoient quatre onces ; le poumon estoit aussi gangrené. Il est mort tout sec, sans aucune violence, ayant eu beaucoup de temps à donner ordre à ses affaires. Il étoit riche de trois millions ; il avoit gagné ce grand bien, 1° dans les partis, étant commis de M. de Bullion, 2° pour avoir été commis de l'espargne pendant dix huit ans : 3° par son grand ménage, n'ayant eu maison faite que depuis Pâques dernier. J'étois fort en ses bonnes grâces, mais j'ay toujours méprisé la fortune dont il me vouloit faire part. Je suis,

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.

Pati>.

De Paris, le 20 Janvier 1645.

Lettre bepbodlite daxs toutes les édit. des lettres DE Patin a Spox, sauf dans l'édit. d'Amsterdam 171S.

Edit. de Rottkbdam 1725

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