‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 167 sur 260 · LETTRE CXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXVIII

A Monsieur Belin, docteur en médecine, a Troyes.

Monsieur,

Je scay bien que je vous doibs responce. il y a longtemps, et vous prie de m'excuser si je n'ay peu m'en acquitter; les occupations de nostre mestier en sont cause. Combien que j'aime fort la vie sédentaire et à ne me point éloigner de Paris, à cause de mes livres, il m'a fallu, néanlmoins, faire cet esté trois voyages, presque bien malgré moy, dont le premier a esté en Beausse, par delà Pithiviers ; le deuxième a esté dans Orléans mesme, et le troisième en Normandie ; si je ne me connoissois bien, je dirois de moy ce qu'un ancien chirurgien de Paris disoit de soy-mesme, (( qu'il estoit persequuté de trop de pratique, parce qu'il estoit un trop habile homme ». Ces voyages me sont aussi déplaisans qu'ils ont esté nécessaires à ceux pour qui je les ay faits et m'ont extrêmement incommodé d'ailleurs. Je souhaitte que M. vostre fils soit bientost de retour de Montpellier avec joye et contentement de part et d'autre. On nous a dit de delà que M. du Ranc escript quelque chose contre nous, mais il n'est pas à craindre, s'il ne fait mieux que M. Courtaud, qui ne mérite pas responce, joint que ce M. du Ranc non meliiis audit Curlaudo. On dit icy que nous aurons Lérida bientost. Je n'ay reçeu depuis onze mois ny lettres, ny nouvelles de mon frère ; j'ay peur qu'il ne luy soit arrivé quelque chose.

Si je ne reçois le livre de M. de Saumaise, De primata Pétri, pendant la Toussaints, je ne m'y attenderay plus : j'en feray relier un et vous l'envoieray ; je n'ay insensiblement que trop attendu. On achève icy le livre de Gasp. Hofmanus : De Medicamenlis Officinalibiis. Ce seraunin-4, de près de cent fueilles : dès qu'il sera achevé, je pourray bien vous envoyer le Salmasius avec celuy-là, et quelque autre petite chose. On ne fait icy rien de nouveau : le nouvel impost que Ton veut mettre sur le papier a morfondu tous nos libraires. Si ceux de Montpelier font par icy quelque chose qui vaille, on pourra leur respondre : sinon, je pense que nous en demeurerons là avec nostre arrest de l'an 1644, contre lequel ils ont présenté requeste. au conseil, y estant portez par M. Vautier, laquelle requeste a esté cassée par M. le chancelier, qui leur a dit que nostre arrest n'estoit qu'une nouvelle confirmation de nos anciens droits et privilèges, que c'estoit un arrest donné parties ouiies; après cincq audiences publiques: qu'à tels arrests, il n'y avoit point de requestes civiles, et qu'il en falloit demeurer là. Autrefois, les médecins étrangers voulans avoir de l'employ se disoient chymistes, spagyriques, Paracelsistes, se vantoient de guarir les grandes maladies sans saigner, d'avoir de grands secrets contre toute sorte de maux, etc ; mais aujourd'huy nous voyons icy des estrangers très ignorans et purs charlatans qui n'ont point de honte, et disent effrontément qu'ils sont médecins de la Faculté de Montpellier. J'en ay veu quatre ou cincq qui n'y ont non plus esté que je suis à Rome, qui ne sçavent ce qu'ils font, artem qiiam profitentur non intelligentes, qui pour des remèdes ont les juleps cordiaux, les apozèmes et autres bagatelles, ut habeantfavenles pharmacopœos, l'antimoine, qu'ils disent mieux entendre que nous; mais néantmoins ils ne guarissent rien, ils se décrient eux-mesmes, et font tort à l'eschole dont ils se renomment, et de l'heure que je vous parle, il n'y en a pas un en crédit, et ne passent dans l'esprit de nos malades que pour ce qu'ils sont. Pardonnez à un si mauvais entretien.

Je VOUS baise les mains, à madame Belin, à MM. vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis.

Patin.

De Paris, ce 12 de Septembre 1646.

M. le duc d'Anguien est devant Dunquerque, M. le Mareschal de Turenne ' devant Hailbrun". M. de la Meillerayeest en Italie % on espère que Lérida* sera à nous dans ce mois, le comte de Harcourt ayant reçeu trois mil hommes de renfort.

EulT. DE ROTTKRDAM 1695.

— ID. 1725

— DE Paris 184ti.

1. Turenne (Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de) no à Sedan le 11 septembre 1611, tué à Salzback, le 27 .juillet lOTo. Maréchal de camp en 1635, Maréchal de France en 1643, Ministre d'Etat en 1652-53, Maréchal général en 1660. Il poursuivait alors cette belle campagne de 16i-6 entreprise de concert avec les .Suédois qui mit le sceau à sa réputation de grand capitaine, fut marquée par une série d'opérations hardies, et amena l'électeur de Bavière dont les États furent envahis à demander la paix. (Trêve d'Ulm, 14 mars 1647.)

2. Heilbron (Wurtemberg) alors place forte, située sur le Neckar à 40 kil. de Stuttgard. Elle avait déjà été assiégée en 1645, par le duc d'Enghien après sa victoire de Nordlingen.

3. Le Maréchal de Meilleraye, Grand Maître de l'artillerie, avait reçu le commandement d'une nouvelle expédition entreprise par la France contre la Toscane. Il s'empara, le 11 octobre, de la ville de Piombino, située sur la côte d'Italie en face de l'île d'Elbe et le 8 octobre de Porto Longone place forte de l'île d'Elbe occupée par les Espagnols.

4. Lérida ne fut pas prise. Le comte d'Harcourt fut, à son tour, obligé de lever le siège de cette place au mois de décembre suivant. Le même échec attendait le Prince de Condé lui-même, pendant sa campagne de Catalogne de 1647.

Mss. 93:8, FOL. 103.

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