Brancho, dans les édit. antér
2. La dédicace de Y Encheiridium est conçue en ces termes : Eniditissimo medico doctori Parisiensi D.-D. Guidoni Patino, amico et collegœ suo. Dans n l'épitre » qui suit, Riolan rend hommage à Patin et déclare qu'il est l'homme qui possède le plus de droit et de mérite à figurer en tète de son ouvrage. 11 dit qu'il fut le promoteur de ses œuvres anatcmiques et qu'il en a voulu surveiller lui-même l'impression. Quelques années après, Sauvin publiait VEncheiridium en français (Manuel anatomique et pathologique, Paris, 1601, in-12), dédiait encore cet ouvrage à Patin et renouvelait la déclaration de Riolan.
a allégué d'aulres raisons dans mon lit', comme je lui parus fort étonné de cet honneur qu'il me vouloit faire, et entre autres, de l'obligation qu'il dit m'avoir de ce qu'en toutes mes leçons et mes conférences que j'ai eues lan passé avec mes écoliers, je louois toujours feu M. Simon Piètre, son cher oncle et son bon maître, auquel il a, dit-il, de très grandes obligations, et dont il m'aimera toute sa vie. Ce M. Simon Piètre a été un des grands hommes qui fut jamais. 11 mourut l'an 1G18 ; il étoit frère aîné de M. Nicolas Piètre, qui est aujourd'hui notre ancien, et un homme incomparable, si on fait exception d'une certaine humeur particulière et stoïque " qui le maîtrise quelquefois.
Pour le bonhomme M. Hofmann, je vous prie de croire qu'il m'est très fortement recommandé, et que je le chérirai et honnorerai toute ma vie, lui et sa mémoire et les siens. J'honnorc sa grande érudition, et ne me plains point de son humeur. Je me tiens encore plus étroitement obligé à l'honneur de votre amitié, qui m'a procuré une si avantageuse connoissance.
M. Chartier a 74 ans, bien vieux et bien usé, force dettes et force procès, parce qu'il ne veut point payer ses créanciers, et même qu'il ne le peut. 11 y aura dans sa maison grand désordre après sa mort, des enfants de deux lits, force créanciers, peu de bien, force papiers imprimez de grec et latin sur Hippocrate et Galien, et rien de parfait. Il y a maintenant une presse qui roule pour en faire encore un tome, et après tout cela, la mort viendra, tanquainfur de nocte, et quœ parasti, cujas erunt ?
A notre vieux bonhomme, M. Seguin, autrefois scavant et grand valet d'apothiquaires, depuis, devenu animal trop dévot et plus que bigot, a succédé un docteur d'une bien autre trempe, qui est celui qu'avez deviné, M. Nicolas Piètre, un des premiers médecins du monde, et des plus rusés et déniaisés de la sottise du siècle. C'est un homme incomparable à tout prendre
1. Les deux éditeurs uiilérieurs ont plac(5 iii un point. La plirase suivante était ainsi rendue inconipréiiensible, alors (pie dans le texte primitif, cllede\ait se rattacher à la première.
2. Stoïque doit s'entendre ici dans le sens d'obstiné, d'opiniâtre.
Je n'ai point eu d'autres nouvelles de M. de Sorbière '. Vous diriez que cet homme est un sloïque, qui se retire à bon'escient de la communication des hommes. Quand il m'écrit, c'est une petite lettre de six lignes éloignées les unes des autres.
Pour votre autre lettre datée du 25 de février, qui étoit le jour du mardi gras, qui fut le premier jour que je relevai de maladie, et que M. Riolan, bon gré malgré moi, m'enleva de céans, et m'emmena dans son carrosse chez lui. afin de m'y traiter, et que nous y dînassions ensemble, y adjoignant ma femme et un de mes enfants, où il nous fit si grande chère, et étoil si fort réjoui de ce que j'étois guéri, ce disoit-il, et de ce que son Encheiridiiim anatomicum et pathologiciim étoit achevé, que je ne vous le saurois exprimer '. Je suis bien aise que soyez bon ami de M. Bauhin ' : c'est un honnête homme qui m'écrit quelquefois, et je lui fais réponse. Il y a vingt ans que nous nous connoissons ; je fais état de son amitié, mais je n'en ai jamais vu une plus seiche: je vous le dirai en un mot, il ne vous ressemble en rien. Je l'ai autrefois prié de m'apprendre ou de me faire savoir quelque chose de Bàle ; je
1 Sorbière (Samuel) né à Saint-Arabroix (Gard) le 17 septembre 1615, mort à Paris, le 9 avril 1670. Neveu du Ministre Samuel Petit, de Nîmes. II étudia la médecine à la Faculté de Paris, vers 1639, passa en Hollande en 16i2, et y résida sous le nom de Giithbertas lliglandus. Après avoir pratiqué plus ou moins la médecine à Leyde, il revint en France en 1630, et prit la direction du Collège d'Orange. Converti au cathoMcisme en 1653, bisloriograpbe du roi en 1660. On lui doit un seul ouvrage de médecine, que Riolan, on le verra plus lom, attribuait à Gassendi : (( Discours sceptique sur le passage du chyle et les mouvements du cœur ; Letde, 16i8, et des œuvres littéraires parfois intéressantes et dont le style est encore estimé. A publie entre autres travaux d'érudition, la vie de Gassendi dont il était l'ami et dont il partageait la doctrine : De vita et morihus Pétri Gassendi, Lo^iURES, 1662, in-12 et les Mémoires et Voyages de Rohan. Amsterd.vm, 1646, in-16. 2. La phrase est incorrecte et l'éditeur de 1718 l'a certainement
mal lue. , . , 1 1 • -i
3 Bauhin (Jean-Gaspard; né à Bàle, le 12 mars 160b, mort le 11 juillet 1683. Fils du célèbre anatomiste et botaniste Gaspard Bauhin et petit-fils de Jean Bauhin d'Amiens qui ayant embrassé la réforme fut oblio-é de quitter la Cour où il était médecin de la princesse Marguerite sœur de François I^', et de se retirer à l'étranger. Jean-Gaspard Bauhin fut professeur de botanique, comme son père, à l'Université de Bâle, et reçut, en 1639, le titre de médecin ordinaire de Louis XIV, avec une pension.
lui ai envoyé des livres de deçà, et, même un Hofmannus, de Me die amen lis ofjicinaL, sans gré ni réponse. Vous diriez que cet homme sort d'une boite ou de quehque enthousiasme extatique, et alors il m'écrit six lignes en une page. Si nous ne faisions autrement vous et moi. l'un et l'autre, à peine nous connoitrions-nous. Néanmoins, je le veux bien : quisque suos palimur mânes.
La thèse de M. Guillemeau est sur la presse pour le 26 mars : il y parloit des apothiquaires, des Arabes, et de leur pharmacie, et ce bien malgré moi ' ; je ne lairrai point de vous donner une copie de ce qui a été retranché. Tout le monde n'est pas également hardi en ce pays : ceux qui pensent être sages y adorent aussi le veau d'or et révèrent la fortune des médians. Comme je pressois un homme de ce parti sur ce châtrement de thèses, il me dit que tout le monde n'étoit point si heureusement hardi que moi, et que Bezoard idolum fatiiorum étoit bien pensé, mais qu'il n'étoit pas besoin de le dire ni de l'écrire. Je me mocquai de cette objection ridicule, et lui demandai s'il dormoit bien la nuit, s'il n'avoit point peur du loup-garou ou des esprits qui reviennent de nuit; que pour ceux du jour, je n'en avois nulle appréhension. Voyez jusque où va la peur de perdre un teston^ ou la bonne grâce d'un apothicaire dont je fais moins d'état que du trique-nique', comme dit le bon M. Estienne Pasquieren ses Recherches de France*. Pour moi, je me console avec le bon roi David "^ et dis de bon cœur après lui, dicite justo qiioniam bene. Quand les
1. Même observation que ci-dessus. Ce n'est pas, en effet, malgré Patin, que Guillemeau attaquait dans sa thèse les apothicaires et la pharmacopée arabe, comme pourrait le faire croire la mauvaise lecture des éditeurs; c'est au contraire, probablement à son instigation; et c'est, en tous cas, malgré son avis, qu'il retranche ces passages.
2. Teston. Ancienne monnaie créée par Louis XII. Elle valut de 15 f. 6 d. à 19 f. 6 d.
3. Triqae-niquc se disait d'une « alTaire de néant, d'une querelle sur la pointe d'une aiguille » (Furetière) ; pouvait venir, dit celui-ci, du proverbe grec, Trichcin nehios, c'est-à-dire, « dispute sur un cheveu. »
4. Pasquier (fîitenne) jurisconsulte et historien franrris, né à Paris, le 7 avril 1529, mort dans cette ville, le 30 août lOlo. Le premier livre des « Recherches de la France » parut en 15G1. Pasquier a publié neuf livres.
""5. David, roi d'Israël, né à Bethléem, l'an 1074 avant J.-C, mort en 1001.
apothiquaircs ru empocheront de travailler, je leur aurai obligation ; ils me lairront du loisir pour écrire plus souvent à nos amis. C'est folie à nos gens de flatter ces pharmaciens pour être employez, ils n'en ont point pour eux-mêmes. Tout le peuple, voire même le médiocre et la plupart des grandes maisons, sont trop embarrassez dans le désordre du siècle, dans la bombance et le luxe du temps, et dans les incommoditez que la guerre cause à tout le monde, et la plupart de nos apothiquaircs sont si secs que rien plus. Il y en a ici trois ou quatre douzaines qui ressemblent bien mieux à des gens qui vont donner du nez en terre, faute d'emploi, qu'à de bons marchands
Nous avons ici, jeudi prochain, une thèse dont plusieurs seplaignentqu'elle est fort mal faite; en voici la conclusion: ergo, ihe chincnsium menti confert. Le dernier corollaire parle de ce thé, les quatre autres n'en approchent point. J'ai fait avertir le président que chinensiuni n'est pas latin ; que Ptolémée', Gluvérius ', Joseph Scaliger et tous ceux qui ont écrit de la Chine (qui est un mot dépravé en françois), écrivent sinenses, sinensium ou sinœ, sinarum. Ce président badin et ignorant m'a mandé qu'il avoit bien d'autres auteurs que les miens qui disent chinenses : ses auteurs, je doute s'il y en eut jamais un bon \ Ce pré-
1. Ptolémée (Claude) astronome et géographe grec, né, croit-on, à Ptolémaïs, en Thébaïde dans la première année du ii- siècle avant J.-C. La meilleure édition de sa Géographie, celle que dut probablement consulter Patin, est celle de Montanus avec les cartes de Mercator, Ptol. Geogr. lihri Mil grœco latini. Francfort et Amsterdam, 160o. Réimprimée par Bertius, Letde, 1618. 11 y a une traduction française de l'abbé Halma (1828).
2. Cluverius (Cluvier Philippe), géographe allemand, né à Danizig, en 1580. mort à Leyde en 1623. Un de ses plus importants ouvrages, celui dont est tire le témoignage que cite Patin, est Introductionis in universam geographiam, tam velerem quarn novam, libri sex ; Leyde, 1629, iu-12. 11 fut traduit en français par le P. Labbe (1697) avec les notes de Reskius. -^
3. L'éditeur de 1718 a lu « ses fièvres quartes, s'il y en eut jamais \ un bon «, ce qui rend la phrase incompréhensible. Reveillé-Parise a j écrit assez rationnellement : « Quant à ses auteurs, je doute s'il y en / eut... » Comme il était impossible de laisser subsister une erreur de ( lecture aussi manifeste que celle de 1718, nous avons adopté la version de l'éditeur de 1846.
o68 LETTRES DE Gl'I PATIX
sident n'a fait cette thèse sur cette herbe, sur le thé ', que pour flatter M. le chancellier, duquel est venue la réputation de cette drogue, quœstatim evanuit cum sonitu, et de la bonté de laquelle ceux mêmes qui la vantent n'oseroient jurer, n'en pouvant assigner aucun bon effet. Vous trouverez dans votre paquet une grande thèse de théologie dédiée au cardinal Mazarin, en huit feuilles de papier collées ensemble. Vous ne vîtes peut-être jamais une si grande et chère gravure : la thèse a coûté neuf mille livres. Pour nouvelles de deçà, M. de Lonj^ueville est ici grand ministre d'Etat et du conseil d'en haut; M. le Prince, son beau-frère, est allé à Dijon y tenir les États de la province. Il sera ici de retour devant la fin du mois, et partira au commencement d'avril, pour aller en Flandres avec MM. les mareschaux de la Meilleraye et de Gramont. Je me recommande à vos bonnes grâces de toute mon affection, et suis.
Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Patin.
De Paris, ce 10 de mars 1648.
Edit. de la Haye 1718.
— Pabis 1846.
1. La thèse sur le thé avait été soutenue par Armand Jean de Mauvillain. Le Président <( badin » était Philib. Morisset. Cf. Lettre du 22 mars 16^8.
A Sl^ON ^^^
Mss. 9357, FOL. 30.