Passage précédent supprimé dans les édit. ant
de l'envoyer, dès que je l'aurois reçeu, je le luy envoyay tout-à- l'heure. On le laissa chez luy en son absence. Le matin, dès le point du jour, M. Riolan m'est venu voir, qui m'a dit que ce livre a esté fait à Paris par un homme qui est à Paris ; que ce livre est tout plein de fautes ; que cet autheur n"y entend rien; qu'il n'est point médecin; que c'est pitié de se mesler du mestier d'autruy; et par le long discours qu'il m'en a fait, j'ay reconnu qu'il entend M. Gassendi, et m'a dit que dès qu'il aura reçeu quelques cahiers de la copie de son Anthropographie, qu'il s'en va y respondre par un autre livret en françois, qui sera deux fois plus gros que celuy-cy, d'autant qu'il contiendra la réfutation de toutes les faussetez de celuy-cy et puis après, qu'il y proposera la vraie circulation du sang, dont il establira et estalera les vrais fondemens. Voilà l'histoire du petit livret. Quand j'en sçauroy autre chose, je vous le manderay. M. Riolan dit aussi que Fortunius Licetus, in libro de Quœsitis per epistolam, (il y en a icy quatre parties nouvellement venues d'Italie), a voulu parler de la circulation du sang, mais qu'il n'y entend rien ; que c'est un ennuyeux traité, pour l'importune quantité de citations que Licetus y apporte du Galien et de l'Aristote et qu'il le réfutera tout du long, dans le grand traité qu'il en mettra dans son Anthropographie, et que cette réfutation seule tiendra plus de six pages '.
Un de nos docteurs, qui est bien plus glorieux qu'habile homme, nommé Morisset, voulant favoriser l'impertinente nouveauté du siècle et taschant par là de se donner quelque crédit, a fait icy respandre une thèse du thé, laquelle conclue aussi bien que ce Président à la teste bien faite. Tout le monde a improuvé la thèse ; il y a eu quelquesuns de nos docteurs qui l'ont brûlée, et reproches ont esté
1. Riolan, qui usa son grand talent ot son immense érudition à combattre la plus grande découverte du siècle, attaqua la circulation du sang, non seulement dans son anthropograpliie dont nous voyons qu'il préparait activement une nouvelle édition — Paris, 16t9 — mais surtout aussi, dans ses Opuscula anatomica nova qui paLiureut k Londres la même année, et où Harvey et ses partisans sont pris directement à partie : Lo>dim, lGi9, et dans ses Opuscula anatoinica varia et nova, P.vRisiis, 1652.
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faits au doyen de l'avoir approuvée. Vous la verrez et en rirez. J'attends le présent que me fait M. Ravaud de son Polyanlhea. Et à ce que je voy, vos libraires de Lyon sont bien plus honnestes et plus généreux que ceux de deçà ; je luy en escriray exprès, quand je l'auray reçeu et l'en remercieray, combien que je croye et me persuade facilement que je vous en ay la première obligation, aussi bien que du Drexeliiis de M. Huguetan. Mais vous estes en grand train de m'obliger de toute façon, et moy en estât de mourir ingrat, puisque je n'ay pas moyen de me revancher ' de tant de courtoisies et de bienfaits que j'ay reçeus de vous depuis tantost six ans : nisi mihi Deus tanquam è machina affalserit. Je souhaitte fort que l'occasion s'en présente et que j'en aye les moyens de m'en acquitter comme je le souhaitte de tout mon cœur. M. Ravaud me mande qu'il fera icy un voyage après Pasques, je seray ravy d'avoir le bonheur de le voir, et de m'entretenir un peu avec luy, de vous et de son Sennertus.
La nuit, entre le 15 et le 16 de mars, s'est icy sauvé de la conciergerie où il étoit détenu prisonnier depuis dix-huit mois, un certain M. de Roquelaure, qui s'estoit pareillement sauvé des prisons de Tolose, il y a environ deux ans, où ilestoit détenu pour diverses impiétez qu'il estoit accusé d'avoir faites et proférées. Comme il avoit esté long temps icy prisonnier, il avoit trouvé le moyen de gagner les bonnes grâces de madame du Mont, la geôlière, qui est fort belle femme, et de qaa mala fabula fertar per iirbem, et mesmes on trouve qu'il s'est sauvé par son cabinet'. M. le premier président, en ayant esté adverty dès