‹ Lettres de Gui Patin, 1630-1672Chapitre 197 sur 260 · G.-à-d. de vous rendre la pareille, de m: acquitter · texte numérisé non relu

G.-à-d. de vous rendre la pareille, de m: acquitter

2. Roquelaure {Antoine de), chevalier de Malte, onzième fils du Maréchal de Roquelaure, et le cinquième de son second mariage avec Suzanne de Hassabat ; mort en 1G60. — Très original, u espèce de fou », a dit Tallemant, — « et le plus grand blasphémateur du royaume ». Avait été emprisonné à Toulouse pour divers scandales et était parvenu à s'évader, grâce à la complicité de son gardien. Son frère, Gaston de Roquelaure, ayant obtenu par son crédit l'évocation de l'affaire à Paris, il reprit ouvertement sa vie ds débauche ordinaire et ne tarda pas à être de nouveau arrêté. 11 fut mis à la Conciergerie, et on allait lui faire son procès, quand il réussit de nouveau à s'enfuir avec laide

le malin, envoya prendre prisonniers du Mont et sa femme, leur a os lé leur charge et les a envoyez prisonniers, l'un dans le grand, et l'autre dans le petit Chastelet. Le mesme jour il est arrivé icy nouvelle que le bastar de Monteron \ a tué en duel, près de Tolose, un autre frère de ce M. de fioquelaure ". Le 16 de ce mois, vostre archevesque, M. le cardinal de Lyon \ a perdu son procez pour la deuxième fois, au grand conseil, touchant son prieuré de la Charité. 11 y a, tanlost un an, qu'il en fut dépossédé, par arrêt du grand conseil, au profit de M. des Landes Payen, conseiller de la grand'chambre. Les parents du cardinal avoient dressé une nouvelle batterie et espéroient de luy arracher ce bénéfice de trente mil livres de rentes par une requeste civile, de laquelle ils ont esté déboutez par tous les juges, qui ont esté louez partout de n'avoir rien donné à la recommandation et à la brigue de tous les parents et amis du feu cardinal qui s'enestoient meslez. L'advocat général de ce semestre, nommé M. Bailly, fils d'un maistre des comptes, et ahnepos Michaëlis Marescolïi doctoris medici qui hic obiil anno 1605, fut le premier de cet advis, et fit merveilles par sa harangue à démesler tant d'intrigues et de fourberies qui estoient en ce procez. Gest un jeune homme de vingt cinq ans qui a déjà fort bien fait, en d'autres causes, depuis six mois qu'il a cette charge.

Les deux massacreurs et voleurs ont tout advoué et auroient déjà passé le pas, n'estoit que MM. du Parlement, (j'entends ceux de la Tournelle), en veulent avoir connaissance, et qu'ils ont évoqué la cause à leur tribunal. Du Fresnc est aussi accusé de plusieurs autres crimes, et entre autres, d'avoir fait divers vols sur les grands chemins, en habit

de la geôlière, une ieiiiine Dumoiit, eélèbrc parmi les détenus du temps par sa beauté et ses coquetteries. Elle avait fait pratiquer un trou dans le mur de la forteresse « dans son cabinet » dit Patiti. Cf. aussi, Tallemant. op. cit. T. IV, p. 311-31i.

1. Montauron (Pierre du Puget sieur de). Financier célèbre; un des plus fastueux et des plus effrénés partisans de l'époque. Corneille lui dédia sa tragédie de Cinna. 11 a son ('historiette » dans Tallemant {op. cit. T. \ . p. 89).

2. Roquelaure {Armand de) baron de Biran, treizième fils du maréchal de Uoquelaureet le septième de son second mariage avec Suzanne de Bas^abat.

3. Le cardinal Alphonse de Richelieu, dit le cardinal de Lyon.

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déguisé, avec une fausse barbe et autres outils qui ont esté trouvez chez luy. Luy et Campi ont fait le massacre seuls, et la femme de Campi laquelle ne sçavoit encore rien, pour lors du massacre, leur aida à faire le vol, à partager les pistoles, et à serrer tout ce qui fut volé.

La Reine s'en va faire un voyage à Cliartres,pour la \ostre-Dame du 25 de mars, à laquelle elle a fait un vœu pour la santé du Roy. qu'elle y meine quant et soy '. M. le cardinal Mazarin n'y va point. On parle fort icy de la trahison qui a esté descouverte à Naples contre M. de Guise, dans laquelle se trouve criminellement enveloppé un sien favory nommé de Modène, la nouvelle de la mort duquel n'est point encore venue % combien qu'on tienne pour très certain qu'il en mourra. On dit qu'il vient icy des députez d'Irlande quérir le prince de Galles, afm qu'il aille commander leur armée contre les Parlementaires de Londres. Le duc de Bavière est menacé de nos armes et de celles des Suédois plus qu'aucun autre.

La Polette est icy publiée pour les officiers de finance et pour les Présidiaux. et non pour les Cours souveraines, desquelles il n'est point parlé du tout' : on croit qu'il y aura une déclaration du Roy toute expresse pour eux : néantmoins, les maistres des Requestes en sont nommément et particulièrement exceptez, qui sont ceux auxquels le Conseil semble vouloir plus de mal pour l'opposition

1. Nous avons dit dans une note précédente (Lettre du 7 février 16^8) que le roi avait été atteint de la petite vérole.

2. Modène [Esprit de Raimond de Mormoiron, comte de) né le 1() novembre 1G08, à Sarrans (Comlat ^'enaissin), mort le 1" décembre 1672. Attaché à la fortune du duc de Guise, il le suivit dans son aventureuse équipéede Naples. Sous de vains prétextes, par jalousie, dit Modène, le duc le fit arrêter et traduire devant un tribunal. Tombé comme de Guise, entre les mains des Espagnols, il fut retenu prisonnier par eux jusqu'en 16o0. Tous les moliéristes connaissent la liaison de Modène avec Madeleine Béjart qui tint avec lui sur les fonds baptismaux le second enfant de Molière. — On a de lui Histoire des Révolutions de la ville et du royaume de Maples depuis la révolte de Masaniello jusqu'à la prise du duc de Guise. Pakis, 1066-1667, 3 vol. in-12. La dernière édition est de 1820. Paris, Sautelet, 2 vol. in-8".

3. La pauletle était une taxe — suggérée à Henri \\ parle financier Paulet — prélevée annuellement sur les magistrats et moyennant laquelle ceux-ci acquéraient la propriété de leurs charges. Elle était renouvelable tous les neuf ans, et expirait celte année 1648.

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(|irils ont faite aux nouveaux compagnons qu'on vouloit leur donner, il y a trois mois.

Enfin, M. Thévart nostre compagnon a tant fait qu'il a gagné'le libraire qui. par cy devant, a fait imprimer les œuvres de M de Baillou son oncle, à quoy je n'ay pas peu contribué ' : il commence Icdition d'un 3*^ tome de Conseils du mesmc Baillou (^u'il promet tout autrement meilleur que tout ce qui a esté par cy-devant imprimé de luy : il sera in-4, environ de la grosseur des autres.

11 y a en cette ville, pour le présent, un médecin de Poitou nommé M. Lussau, Carolus Lussaldus, qui estudioit icy l'an lG2o, avec M. Bauhin de Basle, lorsque j'estois archidiacre ", et me souviens qu'ils assistoient tous deux fort soigneusement aux anatomies et dissections de M.Charles. Ce M. Lussau a esté quatre ans avec M. de Rohan aux armées de la Valteline et d'Allemagne : il est icy pour obtenir des lettres de médecin du Roy, afin que cela luy serve à l'exempter de payer la taille en Poitou : il a par cydevant demeuré à Niort, etmaintenant il s'en va demeurer en une petite ville nommée Chéboutonne% laquelle appartient au comte de Roucy, de la maison de La Rochefoucaut* où il espère par le moyen desdites lettres, et par les bonnes grâces du dit seigneur, n'y point payer de taille : mais pour obtenir les dites lettres, il veut icy faire imprimer un petit traité, de Vitali facuUate Fœtus'', qu'il dédiera, pour cet effet, à M. Yautier. Ce M. Lussau vous connoit, et dit qu'il vous a veu à Montpelier. 11 a naturellement beaucoup d'esprit, et bien présent : aussi a-t-il moins destude et mesprise fort hardiment la plus part des bons livres : il n'aime, dit-il, que le raisonnement, et non pas les citations : et

1. Notre autour avait l'ait lui-mèiuc la lyblc des maliùres de cet ouvrage.

2. L'archidiacre dont la foiiction n'avait rien d'ecclésiastique était un prosecleur ciiargé de veiller à tout ce qui concernait l'anatomie. Il était pris parmi le: élèves et élu par eux.

3. Chcf-Boulonne, aujourd'liui ch.-l. de c. dos Deux-Sèvres, à 20 kil. SE. de Molle.

4. La Rochefoucauld {Franrois de) dit de R<>ye, comte de Roucy, lils de Charles II do la Rochol'oucauld. dit de Rove, comte de Roucy et de Claude de Gontault de liiron. — Mort on 1680.

o. Disp, de fanctionibus fœtus officinalibus. P\i\isiis, 1648, in-4".

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tout cela avec beaucoup d'orgueil et d'arrogance, dont j'ay bien de la peine à ni'empescherde rire, quand je l'entends taire de tels contes. 11 voulait m'embarasser à relire tout son manuscript, et à y changer ce qui m'en déplairoit : mais je luy dis : Parcius ista viris, et luy fis connoistre le peu de temps que j'avois de reste de mes affaires, qui est une monnoye dont il ne s'est pas contenté : et ne trouvant pas bon mon refus, est allé cercher M Riolan, qu'il a voulu endosser de la mesme charge ; mais qui s'en est aussi fort bien excusé et deschargé sur l'impression de son livre, sur ce qu'il faut qu'il appreste de la copie à ses imprimeurs, et sur son grand traité de la circulation du sang, auquel il travaille tous les jours, tant à y establir son opinion propre, qu'à destruire et réfuter les autres, et entre autres, celle deFort. LicctLis,en son livre nouvellement arrivé de Venise ; comme aussi le livret que M. Sorbière a fait imprimer en Hollande, que je luy ay mis en mains aussitost quejel'ayeu. Ce M. Lussau desireroit fort d'estre nommé avec éloge dans l' Anthropographie de M. Riolan, si son opinion pouvoit plaire au dit sieur, et mesmes aussi quand elle luy déplairoit, pourveu qu'il ne le maltraite pas tout à fait. Si ce manuscript Lussaldique s'imprime icy, je vous en voue une copie, tout tel qu'il pourra estre ; cet homme se doibt consoler, s'il a de la science, qu'il a aussi de la vanité très bien, et horriblement ; car il juge rudement, et quali stans pede in uno, de tout le monde ab hoc et ab hac et admodum tumultuarie '.

Ce 21 DE :\iARS'. Mr. Naudé m'est venu voir aujourdhuy ;il y avoit un long temps que je ne l'avois veu : j'ai eu le bonheur de l'entretenir trois bons quarts d'heure: c'est tousjours luy-mesme, horsmis que j'ay reconnu une chose de luy dont j'ay regret, veu que toute sa vie, je l'en avois tousjours l'econnu fort éloigné : c'est qu'il commence à se plaindre de sa fortune, et de l'avarice de son maistre, duquel il n'a pu, ce dit-il, encor avoir aucun bien, que

1. Tout le paragraphe ijrécédent, plus d'une page de texte, supprimé dans les édit. antér.

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